Le hameau du Bran fut réuni à Gaël en
3o4 LES PRÉLUDES DE L EMPIRE
IT. — Le clergé insermenté l'avait emporté de beaucoup dans la nomination des nouveaux prêtres, comme le prouve un document postérieur de quelques mois à la nouvelle organisation ecclésiastique. C'est une liste par arrondissements, des prêtres du diocèse qui ont donné leur adhésion et prêté serment à l'empire. On y Dove s'ils appartiennent au clergé constitutionnel ou au clergé réfractaire‘.
Arrondissement de ‘Rennes: 81 prêtres cités; 76 réfractaires, 5 constitutionnels: Fontaine à Cesson, Bailleul à Bazouges-sous- Hedé, Tricault à Gahard, Georgeonnet à Livré, Pichon à Servon.
Arrondissement de Redon : 46 prêtres cités : 46 réfractaires.
Arrondissement de Montfort: 43 prêtres cités: A2 réfractaires, 1 constitutionnel : Peigné à Bécherel.
Arrondissement de ut Malo : 61 prêtres cités: 60 réfractaires, 1 constitutionnel : Dairon à Sains.
Arrondissement de Fougères : 55 prêtres cités: 51 réfractaires, 4 constitutionnels : Dautry dans la commune de Le Loroux, Hemery à Sant-Hilaire-des-Landes, Gendrot à Saint-Aubin-du-Cornmer, Sorette à Saint-Ouen-des-Alleux.
Arrondissement de Vitré : 53 prêtres cités: 49 réfractaires, 4 constitutionnels, Le Roux à Couesmes, Roullé à Essé, Christoffet à La Guerche, Lancelot à Retiers.
Au total, sur 339 ecclésiastiques en fonctions, 324 appartiennent au clergé insermenté et on ne compte que 15 constitutionnels, dont la plupart sont desservants de modestes paroisses ; quatre seulement sont curés titulaires à Saint-Aubin-du-Cormier, La Guerche, Retiers et Bécherel. Ce résultat était fatal. Le préfet qui était d’abord résolu à mieux défendre le clergé constitutionnel, l'avait peu à peu abandonné, devant la résistance obstinée de l’évêque et surtout le vœu des populations qui, presque dans toutes les communes, réclamaient les anciens prêtres. Il ÿ avait cependant quelques réclamations en faveur des prêtres constitutionnels. M. Delarue dans son intéressant ouvrage sur le clergé du district de Dol pendant la Révolution cite une lettre de la municipalité de Bazouges-la-Pérouse à Mounier, afin de lui recommander pour les fonctions de desservant, le citoyen Legallais curé assermenté. Une adresse analogue fut envoyée au préfet par le maire de Rimoux, Morel, pour AT le maintien du prêtre assermenté Huet, curé dans la commune depuis de longues années”. L'une et l’autre de ces requêtes furent d’ailleurs inutiles,
1. Germinal an XIII (mars 1805). Arch. dép., 2 V 15. 2. Delarue, Le Clergé du district de Dol, t. T, p. 213 et 229.
car les recteurs concordataires des deux paroisses sont en 1803, à Bazouges-la-Pérouse, Paul-Charles Meignan, età Rimoux, Guillaume Marie. Les bulletins de police nous indiquent quelques tentatives du même genre pour les départements voisins : dans la Manche, les communes de Graignes et de Remilly refusent de recevoir les desservants désignés par l'évêque et témoignent leur attachement aux prétres constitutionnels ; dans Les Côtes-du-Nord, les paroisses de Merzer, de Plouézec, de Plévenon adressent une pétition au préfet pour réclamer contre l'expulsion de leurs pasteurs € qui ont maintenu, disent-elles, la tranquillité dans leur territoire pendant toute la révolution et qui sont remplacés par des étrangers". »
Mais ce n'étaient que des manifestations isolées et toutes locales : elles permirent pourtant à quelques constitutionnels particulièrement aimés de leurs paroissiens, d'échapper à la vindicte générale, et de s'imposer au choix des évêques. Tel Lancelot-Dubourg, curé de Retiers depuis 1782 qui avait été député à l'Assemblée constituante et fut maintenu dans sa paroisse où 1l mourut en 1807*°.
D'ailleurs la lutte ne cessa pas sur-le-champ entre les deux clergés hostiles, même quand les prêtres concordataires eurent été désignés après accord de Mounier et de M. de Maillé. Les réfractaires voulant compléter leur triomphe se montraient intraitables. A La Bazougesdu-Désert le desservant refuse de célébrer un service funèbre pour la mémoire d’un prêtre constitutionnel décédé plusieurs années auparavant. Le préfet lui écrit pour l’engager à céder aux objurgations de ses paroissiens qui en réclamant la célébration de ce service ne Jui adressent qu'une demande très légitime; mais, chose curieuse, l’évêque informé du conflit prend en main la cause du desservant ; il l'approuve d’avoir montré une haine plus forte que la mort, et pour cet incident d'ordre très secondaire, M. de Maillé invoque tous les droits de l'épiscopat. &« Permettez-moi de vous faire remarquer, écrit-il au préfet, que suivant l’article 30 de la loi du 18 germinal an X, les curés sont immédiatement soumis aux évêques dans l’exercice de leurs fonctions : que par conséquent avant d'obliger le desservant à céder aux demandes injustes de quelques-uns de ses paroissiens, il eût été convenable de m'instruire de cette affaire *. » Le ton
; = : me ile 1. Arch. nat., F7 9305. Bulletins du 16 nivôse ét du 19 floréal an XI. >. Le chanoine Tresvaux dans son ouvrage déjà cité, dit « que Lancelot entretient à Retiers le mauvais esprit qu'il avait communiqué à son troupeau ». Il serait plus juste de dire que sos grandes qualités lui avaient valu l'affection unanime de ses parois siens.
3. Arch. dép., 1 V2. Lettre du 2 germinal an XII (23 mars 1804).
de cette lettre prouve que l’évêque de Rennes n’entendait pas laisser une grande extension aux droits du pouvoir civil.
De leur côté les constitutionnels dans les rares communes où ils étaient soutenus par la population vexaient et tracassaient de toutes les façons les nouveaux titulaires envoyés par M. de Maillé. Les maires et adjoints les secondaient de tout leur pouvoir. Il ÿ avait alors parfois à propos de ces rivalités de clocher, des scènes presque burlesques. Nous en avons trouvé un exemple dans le curieux dossier concernant la petite commune de Trémeheuc, située dans l’arrondissement de Saint-Malo, à quelques lieues de Combourg, son chef-lieu de canton”. Elle avait mené jusque-là une existence modeste et paisible, à peine troublée dans la paix des campagnes, par quelques lointains échos des rumeurs citadines, durant la période révolutionnaire, mais elle allait perdre son calme séculaire durant l'hiver de 1803 à 1804. Il y avait dans cette paroisse rurale ignorée avec ses 347 habitants, un prêtre constitutionnel, l'abbé Trincot, établi là depuis sept ans, et très aimé du petit groupe de fidèles qui l’entouraient. Îl avait approuvé l'établissement du Consulat à vie; mais l'heure de l'application du Concordat étant venue, M. de Maillé nomma dans la succursale de Trémeheuc un nouveau prêtre, l'abbé Blanchard: grand émoi dans le village. L'autorité civile résolut d'agir et le maire Meignan adressa au nouveau desservant, comme don de joyeux avènement une lettre typique qui devait le renseigner sur les sentiments de ses futurs paroissiens à son égard. « Je ne suis point allé quêter un notaire pour vous faire réponse; votre lettre n'en mérite même aucune. Cependant quoi qu'il en soit, je vous réponds et je vous dis que je me trouverai à votre installation pour vous surveiller et voir si votre conduite et vos discours sont conformes au Concordat. Vous avez l'air de vouloir nous intimider. Nous ne sommes plus dans le temps où l’on forçait l'opinion, l'épée à la main. Il parait que vous n'avez pas lu l'ordonnance de l'évêque. Elle ne défend pas au prêtre remplacé de dire sa messe : au contraire elle dit qu'il ne pourra la dire que dans le lieu où il a fixé son domicile. Or son domicile est acquis à Trémeheuc depuis 3 ans. Salut et respect”. »
Après un tel souhait de bienvenue, l'installation de l'abbé Blanchard ne pouvait être que difficile : elle le fut, malgré la présence du curé doyen de Combourg, le dimanche 12 frimaire an XII (4 décem-