Arch. nat., F
lution par des opinions exagérées. On le surveille de près. » Tel était le sort des républicains qui avaient encore le courage de leur opinion. Ils étaient bien punis, les idéologues, les Volney, les Garat, les Ginguené, qui avaient cru avec Sieyès, au 18 brumaire, se servir d'un général candide et débonnaire, d’un bon républicain ! Féburier ne devait guère trouver d'imitateurs dans son ancienne résidence, en dehors de Sylvain Codet, Juge au tribunal d'appel, dont nous verrons bientôt l’attitude fière et indépendante.
Les républicains d'Ille-et-Vilaine s’abstinrent ou se ralhièrent comme tant d’autres! Durant les mois de germinal et de floréal an XIT, tandis que Bonaparte et ses amis préparaient à Paris le sénatus-consulte impérial, le préfet Mounier sollicitait déjà de ses administrés des vœux et des adresses en faveur de l'Empire. Dans sa correspondance avec le ministre de l'Intérieur, l’ancien Constituant se flatte surtout d’avoir rétabli le calme dans cette ville de Rennes où « les opinions avaient été si longlemps exaltées dans des sens différents ». Il est heureux de les avoir ralliées par l'expérience à des principes « de liberté raisonnable »'. La peur de la démagogie qui le hantait toujours lui faisait apprécier avant tout en Bonaparte l’homme qui avait su rétablir et maintenir la tranquillité publique, et son désir de stabilité gouvernementale allait lui faire accepter volontiers le sénatus-consulte organique de l’an XIT, comme susceptible de donner à la France les conditions de la liberté tempérée et raisonnable qui lui était chère. D'ailleurs il fut encore dupe comme beaucoup d’autres du prétendu libéralisme de Bonaparte: malgré les allures si autoritaires du gouvernement de l'an VIII, certains esprits s'obstinaient à croire que ce nouveau régime impérial qui s'inlitulait toujours, gouvernement de la république, ne deviendrait pas despotique à bref délai. Mounier élevé dans le culte de Montesquieu, lecteur assidu de l'Esprit des Lois, admirateur des institutions anglaises, retrouvait sans doute avec satisfaction l'image du Parlement britannique dans le Sénat organisé en Chambre haute, et dans le Corps législatif qui pouvait discuter les lois.
Aussi encouragées par le préfet les adresses furent-elles nombreuses en faveur de l'établissement de l'Empire. La population des campagnes se rallie volontiers au régime qui a rélabli l'ordre et la religion traditionnelle. Parmi les adresses de germinal à floréal an XII, on peut citer celles des conseils d'arrondissement de Vitré et de Montfort, des conseils municipaux de Bain, Ifendic, Romillé, Saint-Ser-
1. Arch. nat., FlCi1, 9. Lettre de Mounier, 23 floréal an XII (13 mai 1804).
van, Saint-Malo, Treffendel, Saint-Gonlay, Plélan, Saint-Malon. Voici les termes significatifs de cette dernière: « Par vos victoires, citoyen consul, vous avez fixé les limites de la France; vous avez rétabli le culte de nos pères. » Mêmes éloges exprimés par le conseil municipal de Pleumeleuc (arrondissement de Montfort): « Nous devons remercier la divine providence, puisque nous cultivons nos champs avéc sûreté et tranquillité, puisque nous exerçons le culte de nos aïeux et que c'est à vous que nous sommes redevables de tous les bienfaits ; Vivez, général consul, pour le bonheur de l'Empire français, et fixez nos destinées d’un manière plus stable'. »
__ Les adresses militaires furent également très nombreuses : citons celle du 47° régiment d'infanterie à Rennes et une lettre autographe du général Delaborde assurant le futur empereur du dévouement sans limites de tous ses soldats *.
Le plébiscite de prairial an XII ne porta d’ailleurs que sur la question de l’hérédité impériale. Le résultat n’en pouvait être douteux. IL y eut pour les 102 départements français 3521675 suffrages qui acceptaient l’hérédité et 2569 votes négatifs. La commission spéciale du Sénat chargée du dépouillement des registres publia comme annexe à son procès-verbal du 15 brumaire an XIIT (6 novembre 1804), le relevé des votes par départements et par arrondissements, indication importante qui nous fait défaut pour l'an VIIT et l'an X°. Ce tableau donne pour l'Ille-et-Vilaine un total de 20780 suffrages, soit 20769 oui et 11 non‘. Le détail des votes du département se trouve aux Archives nationales”. Nous avons dressé le tableau sur le même plan que pour le plébiscite du Consulat à vie. En faisant le relevé de ces votes on obtient un total de 21 205 suffrages exprimés, soit un chiffre supérieur de 425 votes à celui du tableau officiel. L'augmentation est sensible surtout pour l'arrondissement de Rennes, et la différence provient évidemment de certains registres envoyés tardivement et dont la commission sénatoriale déclare dans son procès-verbal n'avoir pas tenu compte.
Arch. nat., F1Crrr, Ille-et-Vilaine, g.
Arch. nat., BH 8508.
Bulletin des Lois, IVe série. B. 21. 374.
h. Le dossier des Archives nationales BH 853 donne un relevé général des votes avec un total un peu moindre : 3 120 546 oui et 2558 non. Dans la région de Ouest les votes négatifs furent les suivants: Côtes-du-Nord, 19; Finistère, 1; Morbihan, 1 ; Loire-Inférieure, 3 Mayenne, 2; Orne, 10.