‹ Le Régime Consulaire en BretagneChapitre 197 sur 221 · Voir Ile partie chapitre v · texte numérisé non relu

Voir Ile partie chapitre v

2. Les diverses pièces de cette affaire se trouvent dans les Arch. dép., 8 M r et Arch., nat., FT6447: | ;

3. Déposition du gendarme Mathis devant Mounier (brumaire an XII.

Jacquet. IL allait tous les soirs lire les nouvelles au café Miller, de la rue aux Foulons.

Biget arrêlé rejoignit Faure à La Tour-le-Bât. Delaborde transmit toutes les pièces de la procédure au ministre de la police, mais le général ignorait un détail assez piquant : depuis plusieurs mois Biget appartenait à la police du préfet et émargeait aux fonds secrets de la préfecture. Mounier n’en fut que plus irrité, quand une lettre de Delaborde l’informa de la double arrestation. Il protesta avec force contre ces ordres donnés sans son intervention, prétendit que le cas des deux prévenus relevait uniquement de l'autorité civile, et il écrivit en ce sens des lettres très vives au ministre de la Justice et à Réal’. Bientôt Régnier annonçait au préfet qu'il avait adressé sa réclamation au ministre de la guerre Berthier : « J'ai prié le ministre de prendre les mesures que lui dictera sa sagesse pour contenir l'autorité militaire dans de justes bornes à l'égard de l'autorité civile”. »

Le 24 vendémiaire, Berthier abandonne complètement l'affaire tout en protestant des bonnes intentions de son subordonné. Il reconnaît que le général Delaborde après avoir ordonné l'arrestation des prévenus, aurait dù les mettre dans les 24 heures à la disposition de l'autorité civile. Il ne restait plus à Delaborde qu’à capituler à son tour. Il le fit d'assez mauvaise grâce en avertissant le préfet qu'il Lui livrait les deux inculpés par ordre du ministre de la Guerre”.

L'affaire Faure-Biget suivit alors son cours naturel, et ne parut plus que fort banale après les interrogatoires que Mounier fit subir aux prévenus. La prétendue conspiration se réduisait à quelques propos de citoyens mécontents. Faure fut mis en liberté le 2 frimaire (23 novembre 1804), mais 1l resta sous la surveillance de la police; selon l’avis du commissaire de police du 3° arrondissement de Rennes, chargé de l'enquête, c'était &« un honnête homme, mais d'un patriotisme exalté »; son grand tort fut de ne pas avoir à la veille du couronnement le culte du nouvel empereur des Français. Quant à Biget, c'était un intrigant de caractère peu recommandable ; il cherchait sans doute à se faire payer des deux côtés par des trahisons successives. [l resta détenu; on l’oublia à La Tour-le-Bât ; le 1® juin 1805 1l envoie une lettre de protestation au successeur de Mounier : 1l déclare « qu'une intrigue odieuse a causé son arresta-

1. Rapport de Réal au ministre de la police (minute). Arch. nat., F7 6447.

2. Le Grand Juge à Mounier, 21 vendémiaire an XIII (13 octobre 1804), Arch. dép. 8M 1. ;

3. Delaborde à Mounier, 80 vendémiaire an XIIT (22 octobre 1804). Arch. dép., 8Mr.

tion ». Le nouveau préfet lui conseilla d'adresser sa plainte au ministre de la police. Fouché ordonna enfin l'élargissement du prisonnier le 6 frimaire an XIV (27 novembre 1805) après 1/4 mois de détention, et son départ immédiat pour Angers où il serait soumis à une étroite surveillance.

Le conseiller Réal avait calmé de son mieux le mécontentement de Mounier, et distribué des éloges aux deux rivaux : € Je compte que rien n'a pu essentiellement altérer la bonne intelligence entre deux autorités qui n'ont pas cessé de donner jusqu'ici le même exemple de zèle et de dévouement et que l'intérêt public devrait bientôt réunir, si quelques circonstances passagères pouvaient jamais les éloigner’. »

Ce fut le dernier mot de ce curieux conflit.

IV. — Sur ces entrefaites, l'Ile-et-Vilaine avait sanctionné avec toute la France l’arrivée de Bonaparte au trône impérial. On sait de quels événements la création de l'empire fut précédée. Le procès sensationnel de ce Moreau, né en Bretagne, et pour lequel la ville de Rennes où il fit ses études de droit avait conservé longtemps de si vives sympathies, ne semble pas avoir préoccupé l'opinion dans le département.

Ce général qui fut un moment le rival glorieux de Bonaparte, que nous avons vu figurer sur la liste des notabilités d’Ille-et- Vilaine en l'an IX°, ne trouva guère d'amis à l'heure de l’adversité. Nous ne lui avons trouvé parmi ses anciens concitoyens qu’un seul défenseur. Féburier, l’ex-commissaire du gouvernement près l'administration centrale, dont nous avons loué le courage et l’activité aux jours difficiles de 1799, osa seul élever la voix au milieu des indifférents et des complaisants silencieux. Un bulletin de police du 29 floréal an XIT*, nous apprend qu'il vivait très retiré à Versailles dans une modeste maison avec jardin qu'il avait achetée près de la grille de Trianon. Le 2 germinal (23 mars 1804) il avait adressé une longue lettre au 1* consul pour justifier Moreau et « prouver que l'Angleterre avait cherché à le perdre ». Cet appel généreux ne pouvait qu'attirer sur Féburier la sollicitude de la police de Fouché. On sait combien Bonaparte voyait avec déplaisir évoquer devant lui son passé de jacobin. « Féburier, ajoute le rapport, a marqué dans le principe de la Révo-

1. Réal à Mounier, 11 brumaire an XJIL (2 novembre 1804). Arch. dép., 8 M 1. >. Voir ci-dessus chapitre x.

Page 1