VOTES NÉGATIFS
PRÊTRES AYANT VOTÉ
Ed ei be
CANTONS
Le Theil.
COMMUNES
Le Theil.
Essé.
Sainte-Colombe.
Thourie.
NOMS DES MAIRES
Bouttier.
Demée.
Harel.
Verron.
AFFIRMATIFS
NÉGATIFS
PRETRES
AYANT VOTÉ
Louvigné-de-Bais.
Louvigné-de-Bais.
Cornillé.
St-Aubin-des-Landes.
Torcé.
Vergéal.
Marcillé-Robert.
Votants : 46 (151-98).
‘Marcillé-Robert.
Visseiche.
Moulins.
Desvaux.
Testard.
Rétif.
Corbeau.
Robin.
Fournier-Migaudie.
Lamoureux.
Roussigné.
Martigné-Ferchaud.
Votants : 179 (5932-19).
Reliers.
Martigné-Ferchaud,.
Eancé.
Forges.
Ducrest.
Jousselin.
Beaugeard.
Retiers.
Coesmes.
Arbressec.
Vitré.
Votants : 445 (824-216).
Vitré.
Pocé.
Montreuil-s-Pérouse.
Jaunay.
Bercegeay.
Giré.
Lemoine de la Borderie.
Perrussel.
Guesdon.
62 communes ont voté sur 62.
L'examen de ce tableau nous conduit à des remarques intéressantes, si nous le comparons à celui du plébiscite de l’an X. D'abord on constate que le chiffre des votes négatifs est devenu presque insignifiant : il y avait eu dans l'Ille-et-Vilaine 72 opposants à l’établissement du Consulat à vie, 11 seulement ne veulent pas sanctionner l'hérédité impériale. Quant aux votes approbatifs, 1ls nous témoignent une augmentation très sensible pour les suffrages du clergé : 389 prêtres, curés ou desservants de succursales, c’est-à-dire la majeure partie des ecclésiastiques pourvus de fonctions officielles
dans le département, s'empressent de reconnaître l'établissement de l'Empire, et parmi eux l’évêque, tout le chapitre de la cathédrale Saint-Pierre à Rennes, et les curés des grandes églises de la ville épiscopale, tandis que le plébiscite de 1802 n'avait recueilli que 39 suffrages du clergé. À Vitré on relève les signatures de Breteau de la Gueretterie, curé de Saint-Martin et de François Levêque de la Mesrie, curé de Notre-Dame ; à Dol, celle de l’abbé François Symon, à Retiers, celle du curé Lancelot, tous deux anciens députés à l’Assemblée constituante ; d’ailleurs les très rares prêtres, anciens membres du clergé constitutionnel, qui ont pu garder leur ministère, votent comme leurs confrères, et cette unanimité du clergé est l'effet naturel du Concordat. Les ecclésiastiques donnent l'exemple de cette admirable discipline qui est l’une des principales forces de ik Ég lise romaine. Une fois le mot d'ordre venu de l'évêché, à tous les de de la hiérarchie, depuis le chanoine de Rennes jusqu'à IE nn desservant d’une paroisse rurale, 1ls votent tous pour l’allié de la papauté, ils signent en tête de liste sur les registres des muni cipalités, pour entrainer les suffrages des ne encore dociles à leurs inspirations ; ils sanctionnent avec empressement ce régime impérial auquel la présence de Pie VIT, à Notre-Dame, assurera bientôt l’alliance et la consécration officielles de l'Ée glise.
Mais en revanche, si nous considérons Donne du plébiscite, on est frappé du nombre restreint des votants". Pour le Consulat à
e, 40866 suffrages avaient été exprimés; en 1804, il n'y en a plus que 21 205; c'est-à-dire que la moitié des électeurs de 1802 se sont abstenus. Quelle est la raison de cette différence surprenante? Nous sommes un peu réduits aux conjectures par la rareté des documents. Cependant dans une lettre à Mounier, le sous-préfet de Fougères se plaint de l’insouciance singulière de ses administrés? ; à Coglès, le maire Berthelot fait observer en note sur le registre qu'il n'ya que 13 votes affirmatifs pour sa commune, et il ajoute: & mais je suis sûr qu'ils consentent tous, car les laboureurs veulent bien tout ce que l’on veul. » À Saint-Jacques-de-la-Lande et à La Mézière, communes de l'arrondissement de Rennes, les maires déclarent que personne ne s'est présenté pour voter. Assurément la population d’Ille-et-Vilaine était assez indifférente aux mamifestations de la vie politique ; les registres n'avaient été ouverts que peu de temps chez
1. Dans 5 cantons seulement le nombre des votants est un peu supérieur aux chiffres de l'an X: Montfort, Bourg-des-Comptes, Guipry, Combourg, Saint-Servan (voir le tableau). 2. Arch. nat., Bl5308, lettre du 4 messidor an XII (23 juin 1804).
les juges de paix, les notaires et aux secrélariats des municipalités, et à une époque où les communications étaient longues et difficiles les cultivateurs n'avaient pas quitté les travaux des champs pour venir voter dans les délais voulus; cependant le plébiscite de 1802 avait eu lieu à la même époque de l’année, dans des conditions analogues, et les votants avaient été une fois plus nombreux. On arrive alors à conclure que la rareté des votes s'explique un peu par l’apathie de certains habitants et surtout par l'abstenlion commune des républicains et des royalistes. Ces derniers n'avaient évidemment pas voulu sanctionner l'hérédité impériale qui ruinait leurs espérances d'un retour à la dynastie légitime. Dans les listes de votes, nous avons vainement cherché les noms des nobles de la région, des anciens propriétaires du pays; nous n'en avons trouvé que quelquesuns, une dizaine au plus, principalement dans l'arrondissement de Rennes, et parmi eux, de Tredern, Hay des Netumières, Gouyon de Vaurouault, ancien officier de marine‘. Ce sont les ralliés, ceux qui acceptent les avances des fonctionnaires de Bonaparte et espèrent être employés par l'empereur.
Mais la plupart des royalistes déçus dans leurs rêves de restauration bourbonienne, des amnistiés de floréal, revenus depuis peu dans le département, s'abstiennent, et avec eux leurs fermiers et les gens qu'ils font vivre. Quant aux républicains mécontents, il en est peu qui osent, comme Sylvain Codet, exprimer leur opposition sur des registres ouverts à tous les regards, et rompre en visière au maître déjà tout-puissant de la France. Codet, juge au tribunal d'appel de Rennes, n'avait pas voulu voter le Consulat à vie, et quelques-uns de-ses collègues avaient imité sa franchise”: cette fois il reste seul. Dans la colonne réservée aux votes négatifs, il écrit non en caractères lisibles et tracés d'une main ferme, et il jusbfie son vote”. « Peutêtre suis-je dans l'erreur sur la grande question politique qui nous est présentée : il peut se faire qu'un jour, Je voie autrement, mais quant à présent ne pouvant dire ow, sans trahir ma façon de penser, ce qui me rendrait méprisable à mes propres yeux, à ceux du peuple, et de Napoléon lui-même je dis, non. Rennes, 19 prairial (8 juin 1804). »
Beaucoup d’autres assurément n'ont pas eu les scrupules et le courage de ce magistrat rennais ; ils se laissèrent ignorer sans vouloir
r. Celui-ci exprima deux fois son vote, à Bruz et à Rennes (registre du notaire Pocquet).