LES TROUBLES DE LA SECONDE CHOUANNERIE (ANS NII ET VII
mière des révoltés. Le triste échec de l’entreprise de Quiberon, les exécutions de deux chefs résolus, Charette et Stofflet, l’inertie du comte d'Artois n'osant risquer un débarquement, tout avait contribué au succès de la pacification habilement dirigée par le général Hoche. Il semblait donc que le gouvernement directorial pût compter sur le rétablissement complet du calme dans les contrées bretonnes et vendéennes. Mais les fautes des directeurs, les imprudences de leur politique extérieure qui leur fit dangereusement compromettre le glorieux héritage légué par la Convention, relevèrent bientôt le courage des chefs royalistes et les décidèrent de nouveau à tenter la fortune avec l’aide de l'Angleterre ; les troubles recommencèrent dans l’flle-et-Vilaine dès le mois de ventôse an VII (février 1799) : ce furent ceux de la seconde chouannerie dont nous retracerons ici les principaux épisodes.
Une milice, toujours dévouée à soutenir la cause des insurgés, était fournie par les prêtres insermentés très nombreux dans les départements bretons, où beaucoup se tenaient cachés ; ils annonçèrent partout que la République allait être bientôt détruite par les puissances coalisées : aux armées de l'Autriche et de l'Angleterre devaient se joindre les troupes russes; on venait d'apprendre nos premières défaites d'Italie et d'Allemagne, Stockach et Magnano. N'était-ce pas la fin prochaine d’un gouvernement détesté? Ils facilitèrent ainsi par leur influence la tâche des chefs émigrés qui purent bientôt recruter de nombreuses compagnies dans les cantons ruraux.
D. Archives nationales.
F1C nr, Ille-et-Vilaine, 5 (Esprit public).
F7 6284 (Dossier de La Prévalaye).
F7 3679? (Police générale, Ille-et-Vilaine, an VIT-1826).
FT 5686 (Id.).
29 DocuMENTS CONTEMPORAINS IMPRIMÉS.
Féburier, ouvrage cité.
Délibérations du Conseil des Anciens (dans Archives nationales AD xv1, 41). Bulletin des Lois, 2° série, 290, 295, 297, 312. Chausseblanche, Journal du Nord-Ouest de la République française.
30 Livres RÉCENTS.
Aulard, État de la France en lan VIII et en l’an IX (Documents publiés par la Société d'Histoire de la Révolution française, 1897). Bibl. nat., L/2808.
Rocquain, État de la France au 18 brumaire.
Lemas, Un district breton pendant les querres de la chouannerie. Paris, 1894, in-8, Bibl. nat., Lk5/348.
Du Breil de Pontbriand, Un chouan : le général du Boisguy. Paris, 1904, in-8. Bibl. nat., Lr?7/51201.
Vandal, L’avénement de Bonaparte, 2 vol. Paris, 1905-1907, in-8. Bibl. nat., 8° L'#/1662.
Le mécontentement général favorisait d’ailleurs les progrès de l'insurrection. Les grands fournisseurs venaient de suspendre leurs paiements qui pouvaient monter à plus'eurs millions dans le département et exposaient ainsi à une ruine entière des milliers de familles ‘ ; le droit de passe ajoutait encore à la misère publique et révoltait les habitants des campagnes indignés de payer un droit dont le produit n'était nullement employé à la réparation des routes. Parmi les mécontents, les plus décidés allèrent se réunir aux rebelles dont les chefs promettaient 150 livres pour un engagement et dans la suite une solde de 15 sous par jour ; les autres plus respectueux de la légalité ne quittèrent pas leurs demeures, mais se refusèrent à seconder les administrateurs républicains et ne firent rien pour préserver des incursions des chouans les territoires de leurs communes respectives. Les chouans, encouragés par une telle situation, se réunirent en compagnies de 300 ou 4oo hommes et furent bientôt les maîtres du département. « La chouannerie, écrit le ministre de la police Fouché, est régularisée dans l’Ille-et-Vilaine par une organisation militaire. Ce département est partagé en divisions, cantons et compagnies. Les ordres partent des comités centraux qui correspondent avec le prétendant et le gouvernement anglais”. » Un des grands chefs de l'insurrection était Charles Thiéry de La Prévalaye, qui habitait ordinairement le département de Maine-et-Loire. Après un séjour en Angleterre, durant la guerre de Vendée, il était venu en 1799 prendre le commandement des bandes insurgées d’Ille-et-Vilaine : il eut pour principaux lieutenants, Picot Limoelan, Lambilly du Broutay, Ruben Grimaudière, Botherel, La Haye de Clouer, Bizien, les deux frères du Boisguy, Aimé et Louis, Girard de Chateauvieux, Marnière de Guer, Lambilly-Kerveno, hardis chefs de partisans décidés à tout entreprendre pour terroriser les timides et décourager les défenseurs de la République”. Leurs bandes envahirent plusieurs communes pour
1. États de mois du ciloyen Feburier, commissaire près l’adm. municipale de Rennes, p. 11.
2. Rapport de Fouché, 12 vendémiaire an VIII, cité par M. Aulard, État de la France en l'an VIU et l’an IX, p. 7.
3. Arch. nat., FT 6284. Dossiers des chouans amnistiés. La Prévalaye indique lui-même dans une lettre à Bonaparte du 17 thermidor an IX les noms des officiers qui ont servi sous ses ordres. Il accepta de poser les armes le 6 pluviôse an VITE, puis fut rayé de la liste des émigrés le 12 germinal suivant. Quelques intrigues le firent arrêter le 28 nivôse an IX. Fouché, après 29 jours de détention au Temple, le fit mettre sous la surveillance de la police à Paris, puis à Angers. En 1803 cette surveillance est supprimée par ordre du ministre de la Justice. Le général Gouvion Saint-Cyr dans une note du 6 nivôse an XII sur les anciens chefs de chouans déclare que La Prévalaye « très âgé voit peu de monde et n’est nullement dangereux ». La Prévalaye, comme tant d’autres, était décidément un rallié.