LES TROUBLES DE LA SECONDE CHOUANNERIE (ANS VII ET VIII
disposition du citoyen Chapuy, adjudant général et commandant de place, pour y établir un casernement*.
La grande ville de Rennes elle-même se croit un instant sérieusement menacée. Le général Michaud avait annoncé aux administrateurs l'entrée des chouans au Mans et le meurtre du général Simon, commandant le département de la Sarthe. Il les engageait à prendre toutes les mesures nécessaires pour la sûreté de Rennes *. A la suite de cette fâcheuse nouvelle les postes furent doublés ; les imaginations étaient très surexcitées.
On disait que d’après un rapport fait au général Roulland les rebelles devaient attaquer la ville dans la nuit du 20 au 21 vendémiaire (12-13 octobre). Un garde national, demeurant près du pont de la rue Saint-Malo, avait vu à la brume douze à quinze hommes vêtus en laboureurs entrer dans la ville. Pour l'esprit inquiet du soldat citadin ces laboureurs deviennent les émissaires des chouans et il fait part de ses craintes au chef de brigade (colonel) de la garde nationale, Moro, qui informe à son tour le général Roulland. L’administration municipale sous la présidence de Parcheminier est convoquée à dix heures du soir; les membres de l'administration centrale assistent à la séance. Le général demande des visites domiciliaires immédiates dans le quartier Saint-Malo ; les administrateurs s'y opposent et déclarent que d’après l’article 359 de la Constitution le domicile des habitants est inviolable pendant la nuit*. Cette résistance de l’autorité civile épargna à plusieurs Rennais, des vexations inutiles, car les craintes étaient fort exagérées : la nuit se passa sans incident notable et tout se borna les jours suivants à quelques escarmouches contre les faubourgs.
A Saint-Servan aussi l'administration municipale avait pris de sérieuses mesures de sûreté pour préserver la commune d’une invasion nocturne. La générale et le tocsin devaient prévenir les citoyens ; le canon d’alarme serait tiré. Au signal donné chaque habitant devrait illuminer ses fenêtres ouvrant sur la rue et les capitaines de la garde nationale rassembleraient leurs compagnies *. Quelques jours plus tard, le 6 brumaire, l'administration municipale sous la présidence de Moras se déclara en permanence et il en fut ainsi jusqu'au 28 brumaire.