‹ Le Régime de Circulation sur les Routes FrançaisesChapitre 9 sur 145 · PAÉNTIS EN ER EURE · texte numérisé non relu

PAÉNTIS EN ER EURE

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Avec les invasions des Barbares, ce fut le délaissemen® à peu près complet (1) du riche réseau routier établi sur notre sol par nos Maîtres Romains et considéré par eux comme la huitième merveille du monde.

Les cavaliers francs, trop robustes hommes de guerre pour se faire traîner sur des chariots comme le feront leurs descendants, regardèrent avec le plus grand dédain ces longues avenues qui facililaient pourtant leurs invasions. « Chemins d'esclaves », appelèrent-ils ces voies agrippées de Rome sur le sol des Gaules à la manière d’une main qui enserre.

On ne s’en préoccupa pas mieux lorsque les cohortes armées eurent passé. Ces belles routes ne pouvaient qu’apparaître comme du superflu au regard des peuplades primitives et peu stables, nouvellement installées sur notre Territoire, auxquelles des sentiers suffisaient pour leurs déplacements à cheval, à dos de mulet ou de chameau (2):

(1) À vrai dire, ce délaissement avait déjà commencé aux dernières années du Bas-Empire, époque de pleine décadence. S'adressant à l'Empereur Constantin, le panégyriste Eumène s'exprime ainsi :

« Tu as pleuré sur cette contrée, et tu n’y as pas vu, comme « dans les autres pays, des terres bien cultivées, d’un accès « facile, les routes spacieuses, des fleuves navigables, baiïgnant

« les ports mêmes des villes; mais depuis le coude que forme la

« voie qui se dirige vers la Belgique, tout est dévasté, inculte, « hideux, plongé dans le silence et les ténèbres. La voie mili- « taire est tellement hérissée de pierres et counée de rochers et « de précipices, que des chariots même à demi pleins, ou même « à vides, peuvent à peine y cirouler. » (Eumène. — Actions de grâces rendues à l'Empereur Constantin. Chap. 7.

(2) Les chameaux avaient été acclimatés dans les Gaules par les Romains. D’après Frédégaire, la Reine Brunehaut, avant d’être attachée à la queue d’un cheval, fut promenée sur le dos dun chameau dans le camp de Clotaire.

« taire est tellement hérissée de pierres et coupée de rochers et « de précipices, que des chariots même à demi pleins, ou même « à vides, peuvent à peine y circuler. » (Eumène. — Actions

Les Puissants continuèrent bien à se servir des anciens vébicules romains, réduits à leur structure élémentaire : « basternes », « quarrada », « carpentum »; mais, comme le rappelle la légende des « Rois Fainéants », ces chars furent traînés ou portés par des bœufs. Leur allure lente n’exigeait pas des chemins aménagés.

Quant aux vaincus, leurs misères et aussi ieur décadence

au contact des Barbares, leur firent abandonner l’usage et

l’entretien des routes.

Tant bien que mal, plutôt mal que bien, l'institution romaine de la poste impériale, avec ses stations de relais (« mutationes ») et de séjour (« statliones » ou « mansiones »), se maintint sur quelques parcours (1). Grégoire DE Tours fait encore ailusion à des « voitures publiques » existant sous le règne de Childéric IT (660-673). On rapporte encore qu’en 716, Childéric II, celui même qui fut déposé par Pépin Le Bref, ordonna de remettre chaque année « par évection » aux envoyés du Monastère de Corbie, des chevaux et divers objets pris aux « mansiones » et aux lieux d’élapes.

A cette époque barbare où l’industrie se réduisait aux métiers de première nécessité et où le commerce ne pouvait se faire qu’à main armée, comme l’atteste l’histoire du franc Samon (2), chef de caravanes de marchands, qui sa fravait par la guerre un chemin à travers la Germanie jusqu’à Constantinople, certains Rois comprirent \pourtant tout l'intérêt qu'il y avait à disposer, pour la défense de

leur territoire, d’un réseau de routes principales. Il leur -

suffisait d’ailleurs de faire remettre en état quelques-unes des vieilles voies romaines qui, grâce à leur solide construction, avaient résisté aux dégradations du temps.

(1) La chronique de l'Evêque espagnol Idace, qui vivait au Ve siècle, rapporte qu’à l’occasion de la paix conclue entre

Aétius et Clodion, vers 432, ce dernier envoya à Ravenne le.

jeune prince Mérovée à la tête d’une ambassade pourvu d’un rescrit impérial ordonnant de pourvoir, dans les diverses « stationes » et « mansiones », aux dépenses de l'Ambassade avec une profusion de nature à étonner des Barbares (Dictionnaire encyclopédique de France-Lebas).

(2) Script. rer. gallic.‘et franc. T. II, p. 432.

Ainsi l’intelligente Reine d’Austrasie, BRUNEHAUT (534 à 613) (1), s'inspirant du système romain, fit recouvrir les chaussées existantes de larges dalles en pierre.

Mais en général ce fut assez pour les besoins de l’époque que la largeur des routes soit maintenue.

Aussi, en ce qui concerne les Rois de la première Race, l’histoire ne mentionnera-t-elle qu’un petit nombre d’ordonrances destinées surtout à combattre les empiètements.

On remarque notamment un Edit de DAGOBERT I°* (628- 638), aux termes duquel tout empiètement est puni d’amendes dont l’échelle tient compte de la catégorie du chenrin (2). Cet édit nous apprend que les chemins publics étaient, à cette époque, divisés suivant leur importance, en trois catégories rappelant la classification romaine : les « viae publicae » ou grandes routes, les « viae convicinales » ou chemins vicinaux et les « semitñe » ou sentiers.

Sous les Rois de la deuxième Race, la reconstitution du réseau routier fut tentée d’une manière sérieuse par l’Empereur CHARLEMAGNE, Roi des Francs, de 771 à 814.

Ayant rêvé de rétablir à son profit l’Empire d’Occident, dont il se fit d’ailleurs couronner Empereur en l’an 800, il reprit les traditions romaines, qu’il s’agisse de la police, de l’entretien ou de la construction des routes. Il chargea des Commissaires spéciaux (« missi domici ») de visiter les lieux et de prescrire les travaux les plus nécessaires. Les troupes et les particuliers furent employés sans interruption sur les chemins. Personne ne devait être exempt de contribuer aux réparations suivant les conditions que l’usage avait consacrées (Capitulaire de Mai 793) (3).

(1) Celle même qui fut attachée à la queue d’un cheval indompté, par Clotaire. Son œuvre a été niée par plusieurs auteurs, notamment par Nicolas Bergier. Mais la certitude est maintenant acquise que, si elle ne construisit pas de nouvelles routes, elle eut toutefois le mérite de faire réparer quelquesunes des anciennes voies romaines. Là preuve en est donnée par le revêtement en dallage des chaussées dites Brunehaut, qui diffère sensiblement de celui des chaussées romaines.

(2) Le Clerc du Brillel. — Continuation du Traité de police de Delamare (1738). L. VI, tit. XIII, ch. II, p. 472. (3) Le Clerc-du-Brillet. — Continuation du Traité de Police

de Delamare (1738). L. VI, tit. XIII, ch. IV, p. 49.

Mais, malgré leurs nombreux capitulaires, de 819, 823, 829, 830, 854, etc... (1), les faibles successeurs de Charlemiagne ne purent continuer son œuvre. Faute d'autorité, les mesures édictées restèrent lettre morte.

Puis ce fut le chaos.

Le pouvoir central est dnenibre par les petits potentats locaux. Les guerres intestines rendent les relations de pays à pays impossibles. Les routes deviennent inutiles. Les végétations envahissent les chaussées qui disparaissent pour toujours dans le secret des forêts.

Ainsi se termine l’époque franque par la disparition des routes et de la circulation.

(1) Le Clerc-du- ue — Continuation du ie de Police de Delamare (1738), L. VI, tit. XIII, ch. IV, p.

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