‹ Le régime de l'enseignement supérieur des lettres: analyse et critiqueChapitre 1 sur 3 · LES ORIGINES · texte numérisé non relu

LES ORIGINES

Le régime de l^enseignement supérieur des lettres a ses racines dans l'Université du moyen âge; mais aucun ensei* gnement d'Université ne s'est éloigné autant du type primitif. La Faculté des arts était une école préparatoire pour les trois facultés professionnelles, théologie, droit, médecine; elle enseignait le latin qu'il fallait savoir pour suivre les cours des autres Facultés en un temps où tout s'enseignait en latin. Elle s'était peu à peu dispersée dans les collèges où les jeunes garçons apprenaient la grammaii*e et la rhétorique, et s'était détachée de l'Université. Elle se perpétue sous la forme de notre enseignement secondaire.

L'enseignement supérieur portant sur les mêmes matières que celles de l'ancien enseignement des collèges n'a été vraiment organisé qu'au xix* siècle. Pour le constituer, la France et l'Allemagne, qui jusque là suivaient le même système, ont adopté deux méthodes différentes et il s'est créé deux types d'enseignement supérieur, le français et Tallemand. . L'Allemagne a conservé le mécanisme extérieur du moyen âge. La Faculté de philosophie, où sont réunies toutes les études théoriques, reste partie intégrante de l'Université. Mais cette Faculté, très maigre et peu considérée au xviii* siècle, a été grossie et relevée dans l'estime publique par la création d'un grand nombre de chsûres. Toutes les branches de la science y ont été introduites une à une; on y a fait entrer

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toutes les sciences matli^atiques, physiques, naturelles (de notre Faculté des sciences), toutes les études historiques, philologiques, philosophiques (de n(^e Faculté des lettres), et même les arts plastiques et la musique. Lliabitude s'est prise d'y nommer professeurs les savants connus par leurs travaux personnels. Peut-être n'était-ce qu'une tradition îrréflédûe, fondée à l'origine sur cette idée naïve que, pour enseigner la science, il faut des savants. Le résultat a été de transformer la Faculté de philosophie en un établissement supérieur de science. Comme on n'avait pas créé d'écoles spéciides, tous les étudiants qui, pour se préparer à leur carrière, avaient besoin d'apprendre une des sciences enseignées par les professeurs de la Faculté, sont venus à la Faculté; la plupartse destinaient à être professeurs de l'enseignement second^re (Lehrer). La Faculté de philosophie allemande est devenue lainsi l'établissement où se rencontrent tous les savants et tous les étudiants, elle est à la fois le centre de la production scientifique et l'école de préparation professionnelle^ Bien qu'elle reste officiellement au dernier rang, elle surpasse les trois autres Facultés par le nombre et l'illustration de ses professeurs; presque tous les grands noms de la science dlemande lui appartiennent.

Le régime français a été fondé sur deux idées plus raffioées'^ la division du travafl et la sélection des meilleurs sujets. On a voulu distinguer entre l'enseignement et la science; on a voulu trier une élite d'étudiants. On a donc décidé de choisir par un concours un petit groupe de jeunes gens destinés à une même carrière et de le mettre sous la direction de professeurs chargés d'enseigner la science, non de la faire. Ainsi ont été créées les Écoles spéciales avec un personnel peu nombreux de professeurs et d'étudiants : d'abord l'École nor-^ maie pour préparer les futur$ professeurs de renseignement secondaire» puis l^Icofo des chartes pour préparer les futurs i^chivistes. La science restait confiée à un étabUssèment sans étudiants, le CoU^ de France.

Cependant Napoléon, voulant restaurer l'appareil exté-.

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rieui* des'Uifiveititéâ de Tandén régime, avait créé ia Faculté des sciences et ia Faculté des lettres (qui représentaient les deux sections de la Faculté des arts). Ces Facultés des lettres, formées de cinq professeurs chairgés chacun de Tensemble dune science (philosophie, histoire, langue et littérature antique, française, étrangère), isolées dans Une ville sans autre établissement scientifique, n'étaient que dés collèges supérieurs sans élèves. N'ayant aucun travaU à leur dOûner, on les chargeait de faire passer les examens dç Tancienùe Université, le doctorat, la licence, et surtout le baccalauréat devenu le contrâle des études d'enseignement secondaire, depuis que ies collèges s'étaient détachés de l'ancien corps de l'Université. Le reste de l'année, les professeurs, à défaut d'étudiants, faisaient des cours publics pour les oisifs de la Ville. La division du travail entre la science et l'enseignement avait donné des écoles spéciales sans enseignement scientifique et des Faciidtés sans étudiants.

La pratique modifia un peu le régime. Ces écoles spéciales se trânsforâièrent pour donner à leurs élèves une instruction scientifique. Ainsi l'École normale est devenue^ une «petite Université», la seule qui eût des étudiants; l'Ecde des chartes a été un fragment d'université pour l'étude du moyen %e, la seule qui ait eu une production régulière de travaux scientifiques (^). Mais la Faculté des lettres re$tait un bureau d'examens pour les études d'enseignement secon* daire et une université populaire pour la bourgeoisie. Les Ecoles spéciales ne recevant qu'une petite élite, la grande majorité des apprentis professeurs restaient répétiteurs, sans autre contact avec la Faculté que l'examen de licence; ils devenaient professeurs sans avoir jamais été étudiants, n'ayant reçu dans leur vie d'autre enseignement que celui du lycée qu'ils allaient donner à leur tour. Le régime faisait le

. ^>\t Avant 1870, rÉcole historiqae française était sartout, à cause de l'École des chartes, représentée par des médiévistes* • Gh.-V. Lan^ois, Manuel de biblio^aphie kutorUfue, p. 889.

vide dans renseignement supérieur et déprimait l'enseignement secondaire.

La France a eu, même avant ia guerre de 1870, l'impression que Texpërience avait condamné son régime et prononcé en faveur du régime allemand. Duruy, avec les moyens restreints dont il disposait, a introduit en France le type d'établissement qui venait d'assurer à l'Allemagne une supériorité incontestée dans les sciences pMologiqpies et historiques. Ne pouvant ni supprimer ni transformer l'ancien appareÛ, il a créé à Paris ¥ Ecole pratiqae des hautes études qui, malgré son titre, est, non une école à la française, mais une Facidté à l'allemande, car tous les étudiants y sont admis et les professeurs sont des savants chargés d'enseigner par la pratique les procédés du travail scientifique.

La guerre de 1870 a accéléré le mouvement. L'Université allemande a passé dès lors pour le type idéal d'école supérieure. Alors la France et l'Allemagne, qui depuis la Révolution suivaient deux voies divergentes, se sont rapprochées. La France, abandonnant son régime, a adopté le régime formé en Allemagne par l'évolution du xix* siède; eUe a reconstitué des Universités.

La Faculté des lettres a été transformée plus profondément qu'aucune autre. On a augmenté le nombre des professeurs et des enseignements, créé des bibliothèques, des instituts, des sdies de travail. On y a attiré les étudiants, surtout, comme en Allemagne, les futurs professeurs des établissements secondaires. On y a organisé un enseignement approprié aux étudiants. La Faculté des lettres française est devenue semblable à la Faculté de philosophie allemande. E31e a moins de professeurs, moins d'étudiants, beaucoup moins de cours; mais, dans ses dimensions plus petites, elle a les mêmes caractères.

Ce nouveau régime a été créé par une succession rapide de réformes de détail , dirigées sans doute par une conception d'ensemble, mais sans qu'on ait procédé à une refonte mé* thodique. A côté de la Faculté transformée, tout l'ancien

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