‹ Le régime de la production en Russie des Soviets 1917 à 1925 ses résultats, ses conséquencesChapitre 2 sur 70 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Depuis le début du x1ix° siècle, jusqu’au milieu de 1914, l'ordre économique existant dans tous les pays reposait sur la satisfaction des besoins sociaux par le libre jeu de l'initiative privée ayant pour seul et unique guide la recherche du profit. Ce régime, appelé par M. Allix, régime d'ordre spontané, exigeait pour fonctionner la liberté économique avec toutes ses conséquences : libre concurrence, libre développement des hommes et des choses, libre communication des marchés économiques entre eux. Seule, la variation des prix régularisait automatiquement l'activité entre les différentes branches de la vie économique. Le capital et le travail se trouvaient ainsi attirés vers les emplois les plus rémunérateurs, généralement Îles plus utiles au point de vue social.

Si cette règle souffrait parfois quelques exceptions lorsque l'initiative publique devait se substituer aux initiatives privées insuffisamment stimulées par la perspective d’un bénéfice, l'intérêt personnel n'en demeurait pas moins, avant la guerre de 1914, « le grand principe organisateur et

régulateur de la vie économique ».

Guérin.

SLT ERERE

Loin de maintenir l'égalité entre les industriels, ce libre jeu de la concurrence était un moyen d'élimination des faibles par les forts. En poussant à la concentration des entreprises, il était d’ailleurs avantageux pour le consommateur, car il permettait la production en masse et à bas prix (1).

En devenant moins nombreux, les producteurs sentirent la nécessité de s'entendre pour obtenir un cours plus régulier de la production par la suppression, dans une certaine mesure, des crises de surproduction suivies des phases de dépression. Imbus cependant des théories classiques, ils s'y décidèrent seulement à la fin du siècle dernier et créèrent ces associations d’industriels appelées « cartels », « consortiums » ou « trusts ».

Tout en évitant à leurs membres les oscillations de leurs bénéfices, ces dernières donnèrent plus de stabilité et de sécurité à l’ouvrier dans son travail, sans porter généralement préjudice aux consommateurs. La concurrence illimitée n’est pas toujours, en effet, souhaitable. Loin de diminuer le prix de revient des produits, la multiplication du nombre des fournisseurs peut souvent le faire augmenter. En réduisant uniquement leurs profits, elle ne peut créer pour l'acheteur une baisse intéressante du prix des marchandises en raison de

son instabilité. Comme le disait spirituellement M. de Foville,

(4) La supériorité de la standardisation est si bien reconnue que les fabricants français se sont déjà préoccupés de la réaliser après la guerre, tout au moins pour l'exportation. Sa réalisation à l'intérieur est plus difficile en raison du désir des consommateurs français de se distinguer de leurs semblables, ce qui n’est pas la moins fâcheuse des formes de l'individualisme

(Gide).

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« la concurrence des marchands fait monter les prix, de même que celle des arbres dans les hautes futaies les fait monter vers le ciel pour y disputer l'air et la lumière » (1). | L'agriculture, par contre, évoluait en sens inverse. Il était hors de doute, même pour un marxiste (Bernstein), que « partout le nombre des entreprises agricoles, petites et moyennes, augmentait au début du xx° siècle, et celui des grandes et géantes diminuait ». Cette évolution s'explique assez facilement par la théorie du rendement non proportionnel de Ricardo et de la population de Malthus. La production agricole, en effet, n’est pas extensible à volonté. A l'inverse de l’industrie, sa vente ne se règle pas, sur le coût de la production le plus bas, mais sur celui de la production le plus élevé en raison des besoins grandissants de la population (2).

Au moment de la guerre, l’économie de la production agricole et industrielle était donc en pleine transformation. Si l’évolution de la première était lente, la concentration hori-

zontale et verticale de l’industrie (3) suivait une marche rapide

(1) Si entre deux villes on construit deux lignes de chemins de fer concurrentes, le trafic qui est constant devra supporter double frais d'établissement et d'exploitation.

(2) Si l’on désire se représenter le régime agricole futur, c’est plutôt vers la Chine que vers l'Amérique qu’il faut regarder. C’est gràce, en effet, à la

petite culture que la Chine réussit à nourrir sa population grouillante. On assure que les Chinois en repiquant chaque épi de blé, en triturant la terre et en la faisant passer au tamis, peuvent obtenir jusqu'à 150 quintaux de blé à l’hectare (Gide).

(3) Par concentration horizontale il faut entendre la fusion ou la fédération de toutes les entreprises appartenant à un même stade d'industrie en : fédération de toutes les aciéries.

Par intégration verticale, il faut entendre l'union de toutes les branches

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