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Le contrôle ouvrier se trouvait ainsi réduit « à l’union des travailleurs de chaque entreprise pour le rétablissement de la discipline dans le travail et la nomination des représentants aux diverses institutions gouvernementales » (1).
Pour rendre sa prospérité à l’industrie, il ne suffisait d’ailleurs pas au Gouvernement de rétablir l'unité de direction . (effective seulement en réalité en 1924), il fallait également y restaurer la discipline dans le travail, entièrement supprimée depuis 1917.
Pour flatter les passions populaires pendant la période du Gouvernement provisoire les bolcheviks avaient, en effet, réclamé des réformes dans l’organisation du travail, et les avaient presque toutes obtenues. Le travail aux pièces et les amendes pour absence injustifiée de l'usine avaient été supprimés. L'établissement immédiat de la journée de huit heures avait été cependant refusé par le Gouvernement provisoire par souci de la défense nationale (2).
Aussitôt leur avènement au pouvoir, les bolcheviks décrétèrent la réduction de la journée de travail avec interdiction générale de toute heure supplémentaire, sauf quelques dérogations extrêmement rares.
De telles réformes ne pouvaient tarder à porter leurs fruits.
(4) E. J., n° 259, 4919. L'ordre du jour du deuxième Congrès stipule : « les devoirs du contrôle ouvrier doivent être limités à la surveillance de la marche des travaux dans l’entreprise? Ils seront exécutés seulement post-factum, c’està-dire postérieurement à l'exécution des travaux. Leurs représentants parliciperont uniquement avec voix consultative aux séances de l’administration de l'usine ». 3
(2) Décret du 29 octobre 1917.
ALES Le rendement de la main-d'œuvre tombant extrêmement bas, le Gouvernement comprit dès le mois de février 1918 la nécessité de réagir contre les excès de ce laisser-aller dans la discipline du travail, et pour essayer d’y parvenir il réclama l’aide des Comités directeurs des Unions professionnelles (1). Soucieux de sauvegarder leur situation privilégiée, leurs mem-
bres accédèrent volontiers à son désir. Ils lui laissèrent ainsi diriger l’esprit de leurs adhérents dans la limite où eux-mêmes en avaient le moyen.
Dans son discours « Pas de crise, mais évolution », le camarade M. Milioutine attribuait aux syndicats la tâche de :
1° Faire la propagande pour obtenir l’augmentation de la production ;
2° Contrôler la direction des entreprises ;
3° Élaborer les tarifs des salaires :
4° Participer à l'élaboration du programme économique ;
5° Organiser le travail et en maintenir la discipline au moyen de tribunaux spéciaux.
Par leur intermédiaire, le Gouvernement fit ainsi accepter aux ouvriers (uniquement d'ailleurs dans les grands centres) le rétablissement du salaire aux pièces. Par décret du 9 juin 1918 (2), il déclara la nécessité pour les « ouvriers d'exécuter
le travail aux pièces chaque fois que l'administration de l’usine
(1) Groupant 1.475.949 adhérents le 20 juin 1917, les Unions comptaient en 1919, 3.638.093 membres, en 1920, 4.826.000 adhérents, car l’affiliation était obligatoire depuis le premier Congrès panrusse de janvier 1948. Les cotisations étaient prélevées directement sur les salaires des ouvriers.
(2) Les ouvriers cherchèrent à résister, Le 8 août 1920, le Congrès de Unions
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le jugeait indispensable au maintien normal de la production et que la Gommission de l'évaluation l’approuvait » (1).
« Si l’ouvrier, ajoutait-il, ne fournit pas la norme indiquée pour un certain travail donné et payé aux pièces dans les conditions techniques possibles, il recevra seulement les deux tiers du salaire indiqué au tarif » (2).
Pour expliquer l'acceptation par la classe ouvrière de la suppression des réformes dans l’organisation du travail et sa rémunération pour lesquelles les ouvriers de tous les pays ont toujours lutté, il suffit de songer à la pénible situation alimentaire où ils se trouvaient par suite du chômage consécutif à la démobilisation faite sans aucun plan de l’industrie et de
l’armée.
Situation du marché de la main-d'œuvre à Moscou dans le dernier trimestre de 1918.
PÉRIODES MAIN-D'ŒUVRE Offres Dead Octobre) IBM RE 203.439 133.019 NOYeMDrO MOIS EEE Tree 176.029 136.439 DÉCOMDIe PAR riete 138.088 122.815 517.556 392.264
professionnelles de Pétrograd vota la résolution de «lutter énergiquement contre la transformation de l’organisation centralisée des Unions en bureaucratie gouvernementale ».
(4) Décret réglementant les conditions du travail métallurgique de ia région de Moscou. :
(2) Il est intéressant, à ce propos, de comparer cet article 26 du 9 juin avec celui du décret du 17 juillet 1918 pour se rendre compte de l’évolution de la politique soviétique à l'égard de la main-d'œuvre. Ce dernier était ainsi conçu : « Il ne peut y avoir qu'un seul prix du travail pour la production des mêmes
produits ».
Importance du travail aux pièces dans le salaire des ouvriers de Pétrograd en mai 1919.
(E. J. du 12 mai).
DÉNOMINATIONS SALATRE SURPRIMES POUR TRAVAIL
des établissements. de base AUX PIÈCES ”
en roubles. Roubles. % du salaire de base.
1° Manufacture Pahl......... 181.000 10.000 D:D 29 Fabrique de bas de Kersten. 282 .000 68.000 24,1 3° Filature de Newsky........ 464.000 178.000 38,5
4° Usine Alexandroff......... 123.000 85.000 60
HoUsmerRaPOtChy eee 50.000 31.000 62,1 6° Chantiers Okhta........... 34.000 24,000 70,7 7° Usine Sckorokhod.......... 1.458.000 1.558.000 106,9 80 Tannerie Ossipoff.......... 46.000 50.000 108,6 00 Usine Tudor ere Ce 12.000 15.000 125,0
Ces différentes réformes n'étaient cependant pas effectives en 1919. Si dans les grands centres, le Gouvernement parvenait lentement à les appliquer, les Comités ouvriers étaient encore tout-puissants dans les lointains départements (1).
Maître de la production et des échanges, l’État était ainsi accablé par une besogne à laquelle il n’était nullement préparé. Ne parvenant pas à organiser une exploitation rationnelle desentreprises industrielles. Ses différentes administrations, aux attributions mal délimitées, versèrent uniquement dans la bureaucratie.
Besoins en papier des administrations soviétiques en 1919. 7.000.000 pouds. Production totale du Glavboum (Direction principale de
l'industrie du papier) englobant 32 entreprises. ........ ONU AENEES
Ce régime transforma l'Economie nationale en une entre-
prise exclusivement de consommation (2).
(1)L'E. J. du 2 mai 1919 reconnait : « Le rétablissement du travail aux pièces a donné d’excellents résultats dans la commune du Nord de Pétrograd. L'augmentation de la production est importante ». Le C. S. E. N., ajoute-t-elle, a mis en application un système de surprimes qui a donné d'excellents résultats augmentant la production moyenne du travail à l'usine de Poutiloff de 50 0/0.
(2) Les Isvestia, n° 100, 1919. « Les Directions, les Centres s'étendent et
UT
Origine des membres
des différentes institutions industrielles du pays. (Extrait du discours de Milioutine : Pas de crise, mais évolution, de 1919).