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CHAPITRE IV. — LA PÉRIODE TURQUE

$ 1er. — La Course et le déclin du commerce extérieur. — Une ère nouvelle commenca pour l’Algérie, lorsque les Turcs appelés par Barberousse vinrent, à l’aube du XVI® siècle, remplacer les dynas- Lies locales.

Les Arabes du Moghreb, sans atteindre à la civilisation des Maures d’Espagne, avaient du moins montré un certain souci des intérêts généraux du commerce. Les Turcs, eux, ne s’efforcèrent jamais de susciter le goût du travail industriel et agricole, ni de développer, chez leurs sujets, le sens et l’activité du négoce.

La Course, qui ne s’était manifestée jusque là que par des actes de piraterie individuels, stimulée par l’extension du commerce chrétien, après les Croisades, fortifiée par l’absence de marines nationales, devînt un brigandage collectif et organisé.

Loin d’être un objet de réprobation pour la conscience publique, le corsaire, le reisest, en ce temps-là, unanimement honoré. La faiffa, sorte de syndicat des reis et de leurs équipages, est toute puissante et elle détient même le pouvoir durant de longues années. Au XVIIIe siècle la course & le rang et le prestige d’une industrie d’Etat, jouissant de la protection officielle du Pacha pour qui elle constitue d’ailleurs une source importante de revenus.

Cette situation n’était guère favorable, on le conçoit, au développement des transactions. Aussi l’Angleterre, la France, l'Espagne, cherchèrent-elles dans les clauses des traités, un abri qui fut toujours précaire, ces arrangements étant souvent violés avant que l’encre n’en fût séchée. Les nations durent acheter un

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peu de tranquillité à prix d’or, tant les deys considéraient la course comme légitime et sujette à négocia-

tions.

$ 2 — Capitulations et traités. — Les capitulations passées entre les Turcs et la France en 1517 posaient les principes de la liberté du commerce et de la navigation de la piratèrie : des clauses repressives visaient spécialement les corsaires des Etats Barbaresques. Les autres nations suivirent et se firent concéder par la Porte un régime semblable, également garanti par les Capitulations. C’est alors, dit M. Boutin (1), que la France crut devoir insérer dans les actes de renouvellement de ses privilèges, une clause nouvelle et spéciale lui permettant d’invoquer le traitement de la nation la plus favorisée.

Mais ces Capitulations ne furent pas respectées par les reis d'Afrique, et l’autorité de la Portefut impuissante à les imposer. Les nations furent ainsi conduites à traiter directement avec le Moghreb, suivant en cela l’exemple de la France, qui, en 1605, négocia avec la Régence de Tunis. En sorte qu’avec le régime des Capitulations, coexista un régime spécial de traités particuliers négociés avec les Etats Barbaresques.

Ces traités furent de deux sortes. Les uns, habituellement consécutifs à une période de troubles et d’hostilités étaient des actes généraux, conclus de nation à nation, destinés à régler les rapports de paix et de commerce ; ils disposaient de la condition des personnes et des biens, du régime douanier et de la liberté commerciale. Celle-ci est ainsi définie par le traité de 1767, art. 2, avenu entre le Dey d’Alger et la France.

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(1) BouTIN. — Relations commerciales et diplomatiques de la France avec la Barbarie.

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«Les sujets respectifs des deux empires pourront trafiquer en toute assurance et partout où bon leur semblera, dans la domination des deux empires, sans crainte d’être molestés ou empêchés, pour quelque motif que ce soit.» Quand au régime douanier, que nous étudierons en détail plus loin, il mettait sur le pied d'égalité les négociants français et les négociants indigènes.

En dehors de ces traités généraux de paix et de commerce, des accords de toute neture, étaient conclus directement avec les Etats Barbaresques et des particuliers relativement aux concessions et pêcheries. L’histoire de ces concessions est inséparable de celle du commerce de l’Algérie, étroitement associé à leur fortune et à leurs vicissitudes.

$ 3. — Les Grandes Compagnies en Afrique. — On sait en quelle faveur le colbertisme tenait le système des compagnies de commerce qui ont joué un rôle important dans l’histoire coloniale de la France.

. On y voyait, au XVICet au XVIIesiècles, le seul mode rationnel d’exploitation des colonies, alors qu'il fût souvent funeste à leur développement. Les Compagnies . d’Afrique jouirent de la protection attentive des gouvernements qui se succédèrent jusqu’à la Révolution.

Les Capitulations de 1517 accordaient déjà aux Français des Pêcheries dans la mer de Stora. Mais la fondation des premiers établissements est postérieure à 1550 et leur exploitation véritable ne commença qu’après la naissance, en 1599, de la Chambre de Commerce de Marseille, qui devait jouer un rôle de tout premier plan dans le commerce méditerranéen.

En 1604, est formée la Compagnie du Bastion de France, concessionnaire exclusive des Pêcheries de corail sur les côtes orientales de l’Algérie. L’établissement central du Bastion est édifié à la Calle ; il fut plusieurs fois détruit et restauré,

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De nombreux accords intervinrent avec la Régence,

relativement à ces exploitations, dont le prototype est celui négocié avec la Régence d’Alger par l’habile envoyé du roi de France, Sanson Napollon, le 29 septembre 1628. Il accorde l’autorisation de réedifier le Bastion, détruit une première fois en 1604, l’année même de sa fondation. Il réserve aux Français le privilège exclusif de tout trafic dans les Echelles concédées, lesquelles comprenaient le littoral de la Calle à Bougie, avec, outre ces deux ports, ceux de Bône, Stora, Collo, Djidjelli. Il place en outre les navires de commerce du Bastion sous la protection du Divan de la Régence. - En échange de ces avantages, et pour tenir lieu de droits d’entrée et de sortie, la Compagnie concessionnaire devait payer une redevance fixée annuellement à 13.000 livres, sur laquelle 5.000 livres étaient versées au trésor de la Régence et 8.000 à la Bourse des Finances pour assurer le paiement des soldes de la Milice.

Onretrouve ces dispositions essentielles, dansles stipulations des traités intervenus au cours du XVIIe siècle, notamment en 1640, 1679, 1684, 1690. La convention signée avec la Régence le 3 janvier 1694 par Pierre Hély, un habile directeur des établissements du Bastion, ne fut pas renouvelée moins de 14 fois jusqu’en 1754. Le monopole exclusif de la pêche et du commerce y est défini en ces termes par l’article 6 : «Aucun navire d’une nation étrangère ne devra prendre en chargement la plus petite partie de suif, miel, cire, cuirs ou autres choses analogues ; le commerce en est interdit aux étrangers et les négociants français, conformément à ce qui est stipulé et écrit, en feront le trafic». Les autres -prescriptions embrassent la sécurité des navires et des biens, la condition des personnes. Ixs redevances acc uittées consistent en droits obligatoires ou legma

dûs au gouvernement de la Régence d’Alger et en

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droits coutumiers ou aouids, débattus avec le Bey de l'Est ou son représentant local. En outre, une taxe de 10 % ad valorem est perçue sur l’argent monnayé apporté pour rémunérer un chargement de cuirs ou de cire.

L'administration des compagnies ne fut pas exempte d'erreurs ou de malversations. L’ingérence de la politique, l’ambition des uns, l’envie ou la rancune des autres firent commettre les plus lourdes fautes. En outre, de nombreux conflits avec les indigènes, trop souvent portés à des actes de violence, vinrent plus

d’une fois réduire à néant l’œuvre de longues années de labeur et d’habileté diplomatique.

$ 4 — Nature et importance des échanges. — Aussi le commerce de l’Algérie, dans les Echelles concédées, connût-il des alternatives de prospérité et de marasme. Au cours des XVIe et XVIIE siècles, il fut, par instants, réduit à peu de chose et la moindre Echelle du Levant faisait avec la France un trafic bien plus considérable. Il faut ajouter que la découverte de l’Amérique et des Indes, en déplaçant les routes commerciales, avait écarté beaucoup de chrétiens des marchés du Moghreb.

Au XVIII siècle, une ère de prospérité relative s’ouvrit pour le commerce de l’Algérie Orientale et de la Tunisie, dûe notamment aux efforts dela Compagnie Royale d'Afrique qui fut la seule à maintenir longtemps son activité et à prospérer (1). Mais la Révolution, après avoir supprimé lé monopole de la Compagnie Royale lui substitua en l’an IT, une Agence d'Etat, mal administrée dont les affaires périclitèrent rapidement.

(1) La Compagnie Royale d’Afrique dura de 1740 à 1793. Elle fut dissoute et remplacée l’Agence d’Afrique par arrêt du Comité de Salut Public du 19 pluviose an II,

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La nomenclature des produits sur lesquels s’exerçaient les transactions et qui fournissaient la matière du commerce d’exportation, non seulement des Echelles concédées, mais de toute l’Algérie, n’est pas très étendue. « Il n’est pas étonnant, dit M. P. Masson (1), que les pays dont les habitants vivent longtemps figés dans un même état de civilisation continuent de fournir au commerce les mêmes produits déterminés par la nature du sol et de leur climat. Or, les pays du Levant, et de la Barbarie étaient voués, depuis le Moyen-Age, à l’immobilité ; l’influence de la religion, l’inertie politique, la décadence de l’activité et de l'initiative y perpétuaient le même genre de vie et les mêmes modes d'exploitation du sol. Tout concourait donc pour que, à travers la succession des temps, malgré les vicissitudes politiques et économiques, les marchands européens dussent retrouver à acheter les mêmes articles ».

La principale marchandise d’exportation était le blé, embarqué surtout à la Calle et à Bône. Le blé des Echel les de Barbarie vînt souvent approvisionner, à point nommé, la Provence, gênée dans son ravitaillement en céréales par les entraves que le Colbertisme apportait à la libre circulation et au commerce des grains. Le tonnage annuel du froment exporté d’Algérie, par les Compagnies, ne semble pas avoir dépassé 150.000 à 200.000 quintaux, c’est-à-dire le dixième de notre exportation moyenne actuelle.

Le corail est expédié à Naples et à Livourne. Les peaux et cuirs, pour l’entrepôt desquels Collo a remplacé Bougie, déchue de sa splendeur ancienne, alimentent en majeure partie les industries provençales de la peausserie. On exporte encore de la cire, de l’orge, des laines et des fèves.

(2) Paul Masson. — Histoire des Etablissements et du Commerce français dans l'Afrique barbaresque.

Les chiffres ci-après relevés dans un des bilans de la Compagnie des Indes qui eût de 1719 à 1730, le monopole du commerce des Echelles de Barbarie, indiquent l’importance relative des transactions effectuées annuellement sur des articles d’exportation :

Cora en le 144.000 livres Bis een SATA 44,000 — CSN Er 105.000 — D RER UN NS a ee 54.000 — PAS en 21.000 —

Les Compagnies fournissaient elles-mêmes aux musulmans, les denrées coloniales et les produits manufacturés que les ressources du sol et l’industrie indigène étaient impuissantes à leur procurer.

Le commerce qui s’exerçait hors des Echelles, à Oran et à Alger, était de moindre importence. Oran était fréquentée par des navires espagnols qui venaient y charger du blé. Quant à Alger, son principal commerce était celui des prises et des esclaves, commerce d’ailleurs minutieusement réglementé, et dont les pachas, nous l’avons dit, tiraient de gros revenus.

La véritable importance du commerce d’Alger est assez mal connue. La célèbre orientaliste Venture de Paradis nous a cependant laissé (1) quelques renseignements précieux sur les relations du royaume d’Alger avec les marchands chrétiens au XVIIIe siècle. Selon lui, il sortait d’Alger annuellement environ :

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