CHAPITRE I. — LA FRANCE
$ 1. — L’union douanière. — Nous avons vu, en suivant les étapes parcourues par la législation douanière de l’Algérie, comment le vœu des populations et les clartés de la raison l’avaient conduite au régime de l’union douanière, aujourd’hui complètement réalisé et dont le principe paraît à l’abri de toute atteinte.
Les avantages de cette union sont trop évidents et trop positifs pour que l’on s’avise jamais de la remettre en question. Simplification des formalités douanières réduites, on l’a vu, à la délivrance d’un passavant d’accompagnement au port d'embarquement et à une reconnaissance sommaire, sans dépôt d’une déclaration de détail, à l’arrivée; par suite, dispense de recourir au ministère d’un courtier ou commissionnaire en douane dont la rémunération alourdit le prix de revient ; disparition de cet élément d’instabilité que constitue le droit de douane dont l’action perturbatrice est si préjudiciable aux échanges internationaux : voilà les moindres raisons de l’attachement de la population et du commerce algériens à la charte douanière de la Colonie.
L’absence de barrière douanière est encore de nature à exercer la plus heureuse influence sur le régime des transports. Elle facilite la réexpédition rapide, si importante pour les primeurs par exemple, des marchan-
dises débarquées ; elle permet plus aisément d’unifier les tarifs, d’en établir de réduits pour les envois à longue distance d’un point quelconque du territoire algérien à un autre point du continent métropolitain, et de combiner enfin des tarifs soudés pour les expéditions mixtes par terre et par mer.
Mais pour l’économiste, soucieux de l’avenir, attentif à l’observation raisonnée des faits comme aux constructions doctrinales de l’esprit, il n’est point d’argument qui milite avec autant de force en faveur de l’union douanière, que l’avantage économique résultant du doublement, en quelque sorte, du marché métropolitain, par le marché algérien.
De ce fait, le marché intérieur national se trouve singulièrement étendu et cet élargissement n’est pas sans avoir une heureuse répercussion sur l’économie nationale : il entraîne une orientation nouvelle des activités, facilite la concentration des capitaux et, par suite, les progrès de la technique industrielle. Surtout, il procure à la France un marché franc et tout proche, à l’Algérie un débouché vaste et sûr.
La statistique apporte, ici encore, son enseignement. Elle fait apparaître la fusion, les liens de solidarité très étroits des capitaux et des intérêts économiques, réalisés à la faveur du régime actuel, entre la mère-patrie et sa grande colonie méditerranéenne, en nous indiquant que la part de la France dans le Commerce global, importations et exportations réunies, de l’Algérie, n’a jamais été inférieure à 76 % au cours de ces vingt-cinq dernières années.
$ 2. — Caractères du trafic avec la Métropole. — Que demande l’Algérie à la Métropole ? La majeure partie des produits fabriqués qu’elle importe : colis postaux ; voitures automobiles ; pièces détachées et
ouvrages divers en métaux; chaussures ; vêtements et tissus ; savons, parfumeries et articles de luxe : fer et matériaux de construction ; et des matières alimentaires : alcools et marcs ; produits sucrés ; farines et pommes de terre,
Le négociant alvérien, on le voit, est un client empressé et considérable de l’industrie et du commerce métropolitains. Il n’est pas une colonie qui puisse fournir à la France un débouché aussi important et aussi lucratif. Le montant global des ventes effectuées en 1924 par la France, à l’ensemble de ses colonies s’est élevé à 5.300.063.000 fr. (1). L'Algérie seule entre dans la composition de ce chiffre pour 2. 508. 929.000 francs, soit plus de 47 % ; elle achète donc à elle seule à la France à peu près autant que l’ensemble des autres possessions françaises et beaucoup plus que la Tunisie et le Maroc réunis, le Sénégal, Madagascar, l’Indo- Chine.
Parmi les pays où la France dirige habituellement ses exportations, l’Algérie s’est placée en 1925 au sixième rang, après la Grande-Bretagne, l’'U.E. Belgo- Luxembourgeoise, l’Allemagne, les Etats-Unis et la Suisse.
En retour, les producteurs algériens sont assurés du placement de leurs produits dans la Métropole qui constitue un marché proche, à l’abri des fluctuations de la politique douanière internationale, peuplé d’acheteurs dont il est facile de s’enquérir des désirs et des goûts. Cette situation se présente aujourd’hui sous un jour plus favorable que jamais, la tension des changes faisant à la Métropole une obligation impérieuse de rechercher les produits coloniaux aux lieu et place des
(1) Ces chiffres sont ceux de l’administration métropolitaine,
produits étrangers, de manière à réduire nos paiements à l’extérieur qui pèsent si lourdement sur le rendement de notre devise.
La part de la France dans le total des exportations de l’Algérie, a toujours été supérieure à 70 %.
Les vins ordinaires occupent, en tonnage comme en valeur, la première place dans ces envois. Pendant les cinq années de 1921 à 1925, la France a importé une moyenne annuelle de 7.494.000 hectolitres dont 5.634.000 d’Algérie, le surplus provenant principalement d’Espagne et de Portugal. L’Algérie paraît en mesure de fournir à la mère-patrie, une quantité encore plus considérable de vins. Le chiffre de 8 millions d’hectolitres a en effet été dépassé en 1915 et il le sera sans doute à nouveau, ce qui n’est pas sans inspirer de vives inquiétudes aux viticulteurs du Midi. Les principaux ports de destination des vins algériens sont, par ordre d’importance : Rouen, Cette, Marseille, Dunkerque, Nantes, Brest et Bordeaux. Alger et Oran sont d’autre part les principaux ports de chargement.
Les céréales, à la culture desquelles on ne saurait porter trop d'intérêt ni consacrer trop d'efforts, forment après les vins l’élément le plus important des ventes à la Métropole. Le territoire que l’antiquité latine appelait le Gremier de Rome doit ambitionner de devenir le Grenier de la France.
Ici, le marché métropolitain est ouvert, sans limites à l’effort des colons algériens, car en l’état actuel des cultures, la production de la France en céréales et surtout en froment, est et restera sans doute longtemps encore inférieure aux besoins toujours croissants de la consommation.
Le mouvement des importations de blé en France, au cours dés cinq dernières années, a été le suivant :