‹ Le Régime Doumanier et le Commerce Extérieur de l'AlgérieChapitre 56 sur 67 · AA 13 EUR · texte numérisé non relu

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et singulièrement celle du blé, offrait aux agriculteurs les possibilités d’un écoulement rémunérateur et facile de l’autre côté de la Méditerranée. Les besoins de la Métropole en blé, sont et seront encore longtemps considérables. Pour y pourvoir dans une mesure plus complète, l’Algérie doit s’attacher à intensifier le rendement non moins qu’à étendre les surfaces de production. Des études de spécialistes ont démontré que le rendement à l’hectare était, en France aussi bien qu’en Algérie, nettement inférieur à celui de quelques grands pays producteurs étrangers. Par le moyen d’une culture judicieuse, par l’emploi de machines, notamment chez les mdigènes dont les procédés de culture sont encore si rudimentaires, par l’addition d’engrais, on peut améliorer les récoltes et remédier à l’insuffisante et parfois difficile extension des emblavements. Le meilleur rendement moyen obtenu, de 1901 à 1910, a été de 7 qx. 700 à l’hectare ; de 1910 à 1923 de 7 qx. 800, le chiffre de 8 quintaux n’a pas été atteint jusqu'ici. Il semble donc bien que l’on soit en dessous des possibilités réalisables.

Les cultures industrielles, tabac, coton, fleurs, plantes médicinales sont en général très rémunératrices et de nature à favoriser notre commerce extérieur.

En ce qui concerne la vigne, au contraire, la question ne se présente pas sous le même aspect. Dans les années de récolte abondante, la viticulture française, métropolitaine ou algérienne traverse régulièrement une crise dûe à l’insuffisance de la demande par rapport à l'offre, msuffisance qui pèse lourdement sur le prix de vente. Les surfaces plantées actuellement dans la Colonie paraissent assurer largement les besoins normaux de l’exportation, laquelle ne semble pas devoir, à notre avis, dépassér ni même atteindre jamais 9 millions d’hectolitres. Le marché métropolitain offre un large débouché, mais dont la capacité d’absorption est près

d’avoir atteint sa limite optimum. Toute extension des cultures, toute intensification de production doit donc avoir pour corollaire, la recherche dé marchés étrangers, faute de quoi la: viticulture algérienne ne manquerait

pas de souffrir de l’excès même de sa prospérité. Ce m'est certes pas professer une manière de malthusianisme économique que de rechercher, pour les fortifier et les développer, parmi toutes les branches de la production agricole celles seulement qui doivent assurer à la Colonie des gains rémunérateurs parce qu’elles offrent une large marge d’exportation.

Les produits miniers constituent un des éléments les plus importants de nos ventes à l’étranger. Ils favorisent ainsi le rétablissement de notre balance commerciale et la restauration de notre crédit. La mise en valeur ardemment poursuivie des ressources si Considérables du sous-sol algérien apportera une contribution de plus en plus précieuse au commerce extérieur de l’Algérie.

L'industrie algérienne ne paraît pas, du moins dans un avenir prochain, appelée à une large extension. Elle est fortement handicapée par la pénurie de combustible, qui l’oblige à exporter les matières premières qu’elle ne peut mettre en œuvre elle-même.

Les mdustries existantes sont généralement dirigées vers l'entretien et la réparation du matériel agricole et de l’outillage des exploitations, la fourniture de matériaux de construction et d’engrais chimiques, la transformation des produits agricoles. Ce sont surtout ces dernières qui alimentent notre commerce extérieur par des exportations de pâtes alimentaires, de farines, d'huile d'olive, de crin végétal, d’essences végétales,

Enfin les manufactures de tabacs jouent un rôle important dans le développement de nos échanges, ainsi que les fabriques d’allumettes, les ateliers de conserves de fruits et légumes et l’industrie sardinière.

Ainsi les ressources variées du sol et du sous-sol de l’Algérie, le génie industrieux et diligent de ses habitants secondé par l’appui attentif des pouvoirs publics, les grands travaux entrepris pour l’aménagement des ports et l’amélioration des voies de communication, ouvrent à notre belle Colonie les plus heureuses perspectives d’avenir.

$ 2. — La balance commerciale de l’Algérie. — Les milieux administratifs et commerciaux se sont parfois alarmé du déficit que la balance commerciale de l’Algérie a présenté en ces dernières années. L'écart entre nos achats et nos ventes s’est en effet, élevé :

— En 1921 à 415 millions — En 1922 à 533 millions — En 1923 à 694 millions — En 1924à 983 millions — En 1925 à 1.006 millions.

Est-ce à dire que l’Algérie se soit appauvrie d’autant en ces dernières années ? Si une telle signification était accordée aux chiffres qui viennent d’être cités, elle inclinerait les esprits justement soucieux du développement économique de la Colonie à de pessimistes méditations. Mais une interprétation aussi stricte des imdications de la statistique commerciale serait fort éloignée de la réalité des choses, heureusement beaucoup plus rassurante.

Il faut d’abord observer que si la balance du commerce reste un des grands postes du bilan national par rapport à l’étranger, le plus important peut être, c’est

que le déficit commercial se solde nécessairement par des achats de devises ou valeur étrangères qui pesent sur le redressement de notre franc.

Or, en ce qui concerne l’Algérie, l’écart entre nos achats et nos ventes provient de ses échanges avec la Métropole et en reflète fidèlement les fluctuations. Les déficit moyen annuel de la balance de notre commerce avec l’étranger ne dépasse pas, pour l’ensemble des cinq dernières années, 100 millions de franes, et les années 1921 et 1922 se sont même soldées par un excédent d’exportations. N’intéressant que nos relations avec la Métropole, les fluctuations de la balance commerciale n’affectent pas la tenue du franc, étant donné le statut monétaire de l’Algérie et la solidarité du crédit des deux établissements d’émission, Banque de France et Banque de l’Algérie.

On sait au surplus qu’une balance commerciale déficitaire n’est pas forcément un signe d’appauvrissement. Avant la guerre, le commerce de la France comme celui de tous les pays riches se distinguait par un excédent d’importation. C’est qu’il existe d’autre sources de revenus d’ordre extérieur que le produit de nos ventes à l’étranger ; elles échappent en général aux investigations précises de l’Administration et des Pouvoirs Publics, mais elles n’en sont pas moins fort importantes.

Telles sont, en particulier, les valeurs étrangères détenues par les capitalistes d’un pays, constituant une réserve de change très appréciable qui peut intervenir opportunément dans le transfert des dettes à payer au dehors et dont les revenus annuels contribuent à approvisionner la balance des comptes ; les frêts maritimes ; les créances gouvernementales ; les dépenses des touristes ; les secours et similaires, les envois des émigrés, le mouvement des capitaux : emprunts à l’étranger, remboursement des obligations étrangères,

assurances, etè... Ces éléments créditeurs sont évidemment compensés par des éléments débiteurs correspondants : les valeurs étrangères par des valeurs nationales détenues à l’extérieur, les frets obtenus par les frets acquittés aux marines étrangères, les dépenses des touristes par celles des absentéistes nationaux, etc...

Les principales sources de revenu ainsi déterminées et que l’on a coutume de désigner, assez improprement sous ‘le nom d’exportations invisibles, ont en Algérie, une certaine ampleur. Ce sont :

— Le revenu des capitaux algériens placés en valeurs françaises, évalués annuellement à 300 millions de fr. environ.

— Les dépenses de souveraineté consenties par la France en Algérie pour l’entretien de l’armée et le service des Pensions et qui ne s’élève Bee à moins de 200 millions de francs.

— Les profits retirés par la Colonie du mouvement touristique qui échappent à toute investigation précise, mais qu’on s’accorde généralement à évaluer de 80 à 100 millions de francs.

Il faut encore ajouter à cette énumération, d’autres éléments moins importants : frais de manutention des marchandises de transit et d’entrepôt, revenus des valeurs étrangères.

Ces exportations invisibles compte tenu des refactions nécessaires, notamment des dépenses faites par les Algériens dans la Métropole, forment un total im-. portant qui balance la presque totalité du déficit du bilan commercial de la Colonie.

L'Algérie ne s’appauvrit donc pas. Elle est au regard de sa balance commerciale, dans la même situation que sa voisine la Tunisie, et ce que l’on a dit du Protectorat voisin peut parfaitement s’appliquer à elle même,

ST pe

Citons ces judicicuses observations (1): « Abstraction «faite de thèses et de principes qui n’ont rien d’absolu, «il convient de ne pas perdre de vue qu’un pays neuf «comme la Tunisie, qui poursuit d’année en année, «le développement et l’amélioration de son outillage «économique, qui d’autre part, n’est pas encore, ou «n’est que très peu un pays industriel, qui, par consé- «quent, est surtout exportateur de matières premières «aux prix relativement peu élevés, et importateur de «produits fabriqués généralement beaucoup plus chers, «doit nécessairement voir la somme de ses achats «excéder presque toujours celle de ses ventes. Il n’y «a là, bien au contraire, aucun signe d’appauvrisse- « ment ».

Toutefois, si le déficit régulier de notre balance commerciale ne doit susciter aucune inquiétude prématurée, il ne faudrait pas tomber dans l’excès contraire, et accroître démesurément nos acquisitions, surtout celles qui sont d’ordre somptuaire ou secondaire. Produire, dans tous les domaines de l’activité humaine ; créer des richesses nouvelles ; se garder des consommations improductives tels sont les pôles du devoir individuel.

Et le devoir collectif est de tourner les yeux vers la voie où le commerce algérien doit s’engager pour pa niser son activité et accroître ses gains.

Vendre à la France, nous l’avons vu, c’est contribuer au ravitaillement national, libérer le pays de l’asservissement des changes étrangers. Vendre à l’étranger, c’est augmenter nos moyens de paiement au dehors, et apporter sur les marchés étrangers, la bonne renommée des produits algériens. Vendre partout enfin, c’est ména-

(1) Annales des Douanes, 1922, page 154,

ger à notre agriculture stimulée les plus heureuses possibilités.

Mais ce devoir multiple comporte l’obligation essentielle d’organiser notre exportation. À cet égard, les syndicats ou coopératives de producteurs disposant de puissants moyens financiers, peuvent faire œuvre utile, en éclairant leurs membres sur les débouchés rémunérateurs et en orientant leurs efforts, comme le font les

cartels allemands ; en organisant une publicité et une

propagande trop souvent négligée et qui ne se préoccupe pas suffisamment de solliciter dans sa langue et dans ses goûts, la clientèle étrangère ; en facilitant le crédit à l’exportation qui permet de se passer dans une large mesure, des intermédiaires, avantage essentiel en ces temps où la course du producteur au consommateur est trop peu rémunératrice pour entretenir plusieurs échelons de parasites.

Ainsi seront dirigés dans le cadre d'u une activité rationnelle et ordonnée, les efforts individus ou ceux des groupements économiques. On évitera de gaspiller des intelligences ou des richesses matérielles en observant attentivement les faits économiques dans tous les domaines de la production ou de l’échange, et en réglant l’action pratique sur leur enseignement. A cette étude, les grandes enquêtes économiques, notamment celles ayant pour objet les échanges extérieurs et le commerce international, peuvent apporter une contribution utile.

En Algérie, comme en beaucoup de pays, le producteur algérien s’est longtemps confiné dans un individualisme stérile, sauf à faire appel, dans les années désastreuses, à l’aide des pouvoirs publics, à l’État Providentiel.

Mais en ces dernières années la tairualité et la coopération agricoles ont réalisé de magnifiques progrès et l’on assiste en ce moment même, à une éclosion de

coopératives de production et de transformation, de caisses mutuelles de crédit ou d’assurances, qui a dépassé les prévisions les plus hardies.

Il faut se réjouir de ces conquêtes nouvelles de la grande loi de solidarité qui doit inspirer, dans le domaine économique comme dans le champ social, l’œuvre des hommes. L’Algérie poursuivra ses destinées avec d’autant plus de bonheur et de force rayonnante que ceux qui l’aiment et la servent par leur labeur quotidien, se souviendront qu’il faut être unis pour être forts, forts pour être créateurs.

Vu et approuvé : Vu :

Le Président de la Thèse : Le Doyen :

MILLIOT | MORAND

Vu et permis d’imprimer.

Alger, le 23 novembre 1926.

Le Recteur :

TAÏILLIART

ANNEXE I Tableau général du Commerce de l’Algérie avec la France, les Colonies françaises et pays étrangers

en 1925

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