INTRODUCTION
Toute entreprise de colonisation est une œuvre de lonque haleine, exigeant presque toujours des sacrifices considérables de la part de la nation qui s’engage dans cette voie; les frais d’établissement sont généralement très élevés et se continuent souvent pendant nombre d’années. Un jour vient cependant où la métropole peut rentrer dans ses frais, jour plus ou moins proche, suivant que le territoire colonisé présentait des ressources plus ou moins considérables, suivant aussi que l'affaire a été plus ou moins bien conduite. Car la première vertu colonisatrice est l'esprit de suite, la longue persévérance, et une nation sera assurée du succès si elle a su comprendre, dès les débuts de son entreprise, qu’elle faisait un placement à intérêt lointain. R
La tâche de l’administration est immense dans les colonies nouvelles ; il ne faut pas cependant Pexagérer ni entraver la liberté des colons qui est une des conditions essentielles de la prospérité. L'État, pour important que soit son rôle, ne peut prétendre à l’universalité, et il
agira sagement en laissant sa part à lintüative privée, une part aussi aux autorités municipales et provinciales, dès qu’elles se seront constituées. Ïl gardera pour lui la direction générale, évitant les changements trop fréquents (inévitables cependant au début) dans l’organisation, la méthode et les plans. Il se chargera des services d’un intérêt collectif, fera face aux dépenses de premier établissement, et, disposant seul de capitaux, fournira, sous forme de grands travaux publics, le plus souvent, l’ouüillage nécessaire à la mise en valeur de la colonie. Les colons devront être naturellement consultés sur ces dépenses, dont il est difficile d'apprécier de loin Putilité et l’opportunité. Enfin, les dépenses conservatoires tomberont aussi à la charge du Trésor.
Pour diminuér le poids de ses dépenses, l’importance de ses sacrifices, la métropole songe naturellement, dès que la chose est possible, à imposer sa colonie. Rien n’est plus délicat que cette question de taxation : il faut agir avec prudence et une sage lenteur, trop de hâte pouvant tout compliquer; le corps colonial est si fable dans son enfance qu’un impôt mal établi peut arrêter pour toujours ou compromettre pour longtemps l'essor de la colonisation.
Tous les impôts, au reste, ne sont pas également applicables dans une colonie nouvelle. L’octroi de mer semble un des meilleurs à cause de son impersonnalité ; il est très facile à percevoir et a avantage d'éviter aux colons des dérangements et des lenteurs funestes. L’impôt foncier, auquel on songe tout d’abord, est une ressource dont il faut user avec une extrême réserve; s’il est mal établi ou si le tarif est exagéré, il en résulte un arrêt dans le défrichement. Le colon a généralement em-