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gleterre et les Pays-Bas, qui voulaient également s’y livrer au commerce, c’est-à-dire, à cette époque, à la traite des noirs.
Si les Portugais se montrèrent habiles navigateurs, ils ne furent ni des explorateurs, ni des colonisateurs : ils ne firent aucune tentative pour pénétrer à l’intérieur des terres, et, pour avoir sur elles des renseignements précis, il faut attendre les grandes explorations du KIx S1eCLe.
Parmi celles-ci, nous pouvons citer en France celle du commandant Bouet Willaumez qui vers 1844 fonde notre colonie du Gabon; cellesen 1856 de P.du Chaillu qui explore les embouchures du Gabon et de l’Ogoué, de Griffon du Bellay et de Serval qui en 1862 visitent le cours inférieur de l'Ogoué.
Enfin, sans parler ici des voyages entrepris par Savorgnan de Brazza, sur lesquels nous reviendrons, rappelons les expéditions organisées par Marche de Compiègne, Genoyer et Aymes.
En Allemagne, les Rohlfs, les Nachtigal, permettent à leur patrie d'étendre son influence en ces régions lointaines.
L’Angleterre de son côté ne reste pas inactive: en 1816, le capitaine Tuckey visite le Bas-Congo ; en 1857, Burton et Speke découvrent le lac Tanganyka.
Les explorateurs que nous venons de citer n’ont fait que contourner le bassin du Congo : Livingstone, Cameron, l’Américain Stanley ont l'honneur d’en indiquer le cours.
Ces glorieuses expéditions, ces découvertes sensationnelles, ne tardèrent pas à produire dans l'opinion publique européenne un très vif sentiment de curiosité
en faveur du continent mystérieux. On s’intéressa aux récits des explorateurs, on admira leur courage, la mort si belle et si noble de Livingstone sur les bords du Bangwello, on s’apitoya sur les misères de la traite et de l'esclavage.
D'autre part, comme la description des riches contrées traversées faisait ressortir les avantages politiques et économiques qu'une nation civilisée pourrait retirer du Congo, des ambitions coloniales ne devaient pas tarder à poindre de part et d'autre, ajoutant ainsi à des sentiments philanthropiques et humanitaires, des conceptions plus matérielles.
Il faut reconnaître qu'entre tous les hommes d'Etat, les juristes, les philanthropes qu'occupait la question du Congo, $. M. le roi des Belges fut celui qui envisagea avec le plus de pénétration la complexité du problème africain. Il pensa qu’il serait noble d'introduire la civilisation chez ces races indigènes qui vivaient dans la plus complète barbarie depuis si longtemps et sur qui pesaient les horreurs de la traite. Si ce n’est pas le calomnier, que de le traiter en cette circonstance de très fin politique, peut-être entrevit-il le rôle prépondérant que la Belgique pourrait être appelée à tenir un jour : en tous cas ilse rendit compte que les efforts faits individuellement par les explorateurs des différentes nations pour assurer à celles-ci la souveraineté dans ces régions nouvellement découvertes, auraieut pour seule conséquence de provoquer des conflits internationaux.
Envisageant ainsi la situation, il voulut réunir en un seul faisceau toutes les bonnes volontés et les dévouements qui se présentaient, et, pensant par là obtenir un résultat pratique, agissant, remarquons le bien, à
titre personnel et non comme roi des Belges, il convoqua à une Conférence qui devait se tenir à Bruxelles de uombreux explorateurs, les présidents et membres des plus importantes sociétés de géographie de lEurope, des hommes politiques et en général tous ceux qui s’intéressaient ou qui pouvaient se rendre utiles à cette nouvelle croisade organisée au nom de la science et de l'humanité.
Dans sa lettre d'invitation, voici comment $S. M. Léopold s’exprimait: «Jusqu'ici les efforts que l’on a tentés ont été faits sans accord ». Il ajoutait: «J'ai cons- « taté récemment en Angleterre que les principaux « membres de la Société de géographie de Londres « sont très disposés à se rencontrer à Bruxelles avec « les présidents des grandes Sociétés de géographie du « continent et les personnes qui se sont par leurs « voyages, leurs études, leurs goûts philanthropiques « et leur esprit de charité, les plus identifiées avec les « tentatives d'introduire la civilisation en Afrique. Cette « réunion donnerait lieu à une sorte de conférence dont « l’objet serait de discuter en commun la situation « actuelle de l'Afrique, de constater les résultats « atteints, de préciser ceux qui restent à atteindre. »
Tous les pays s’empressèrent de répondre à l’invitation royale, et de déléguer à cette Conférence des particuliers chargés de faire connaître leurs idées en matière de colonisation et plus spécialement leurs opinions sur les questions que leur soumettrait le roi des Belges.
L'Allemagne se fit représenter par le docteur Schweinfürth, qui avait longtemps séjourné en Afrique ; l'Angleterre par le lieutenant-colonel Grant et le comman-
dant Verney-Lovett-Cameron ; la Belgique par le baron Lambermont, la France par le vice-amiral baron de la Roncière de Noury.
La réunion qui devait se tenir n'était pas cependant une assemblée de plénipotentiaires délégués par les puissances, mais simplement une réunion de particuliers n'ayant aucun mandat public ; son but était purement privé : il ne s'agissait pas du partage de l'Afrique, il s’agissait d'étudier en commun les moyens les plus propres à y faire pénétrer la civilisation en groupant les bonnes volontés individuelles ; il s'agissait de se réunir et de conférer en vue de régler la marche, de combiner les efforts, de tirer parti de toutes les ressources, d'éviter les doubles emplois.
La Conférence se tint à Bruxelles le 12 septembre 1876, et S. M. Léopold, qui en était le président, prononça à la première séance un discours où Elle exposa le programme complet de l’œuvre internationale qu’Elle préconisait.
« Ouvrir à la civilisation la seule partie de notre « globe où elle n'a pas encore pénétré, percer les « ténèbres qui enveloppent des populations entières. « Discuter et préciser les voies à suivre, les moyens à « employer pour planter définitivement l’étendard de la « civilisation sur le: sol de l'Afrique centrale (1), » tel était le but qui l'avait porté à réunir les hommes éminents qui l’entouraient.
Dans ce même discours, afin d’endormir les susceptibilités et les méfiances nationales, il affirmait que cette conférence géographique n’avait qu’un caractère inter-
(1) Discours d'ouverture à la conférence géographique de Bruxelles.
national, et qu’il ne venait s'y mêler aucune vue égoïste.
€ Il m'a paru, disait-il, que la Belgique, Etat central et neutre, serait un terrain bien choisi pour une semblable réunion et c’est ce qui m'a enhardi à vous appeler tous ici, chez moi, dans la petite Conférence que j'ai la grande satisfaction d'ouvrir aujourd’hui.
« Ai-je besoin de vous dire qu’en vous conviant à Bruxelles je n’ai pas été guidé par des vues égoïstes ? Non Messieurs, si la Belgique est petite elle est heu: reuse et satisfaite de son sort, je n’ai d'autre ambition que de la bien servir. Mais je n’irai pas jusqu’à affirmer que je serai insensible à l'honneur qui résulterait pour mon pays de ce qu’un progrès important dans une question qui marquera dans notre époque fût daté de Bruxelles. Je serais heureux que Bruxelles devint en quelque sorte le quartier général de ce mouvement civilisateur. »
Enfin le roi attirait l'attention des membres de la Conférence sur les points suivants, qu'ils auraient à examiner : la désignation précise des bases d'opérations à acquérir ; entre autres, sur la côte de Zanzibar et près de l'embouchure du Congo, soit par conventions avec les chefs, soit par achats ou locations à régler avec les particuliers ;
La désignation des routes à ouvrir successivement vers l'intérieur et des stations hospitalières, scientifiques et pacificatrices à organiser comme moyen d’abolir l'esclavage, d'établir la concorde entre les chefs, de leur procurer des arbitres justes et désintéressés ;
La création, l’œuvre étant bien définie, d’un comité international et central et de comités nationaux pour
en poursuivre l'exécution, chacun en ce qui le concerne, en exposer le but un public de tous les pays, et faire au sentiment charitable un appel qu'aucune bonne cause ne lui a adressé en vain. Certes, quand on considère l'Etat Indépendant du Congo stigmatisé du nom de Congo Léopoldien, quand on relit les paroles prononcées par le roi, en 1876, qui justifient si bien le tre de Léopold l’Africain qu’on lui décerne parfois, on ne peut que s'étonner de voir qu à des phrases exprimant des sentiments si désintéressés ont succédé des vues infiniment personnelles. Aussi ces paroles ont-elles été l’objet de vives critiques: on leur a reproché d’être des déclamations creuses; on a reproché au Roi de n'avoir pas été sincère. Mais, remarquons que, si dans la suite, le plan tracé a perdu malheureusement son caractère international, il n’est pas Juste d’en faire remonter toute la responsabilité au roi des Belges. Les grandes puissances, en effet, se montrèrent toujours un peu sceptiques sur les résultats que la Conférence pourrait donner et bientôt cherchèrent à agir pour leur propre compte. Aussi S. M. Léopold, sous peine de renoncer à toute œuvre en Afrique, fut-il obligé de délaisser l’idée première, pour entrer résolument dans une voie nouvelle.
C'est sur la création d'un certain nombre de stations, qui devaient être à la fois hospitalières, scientifiques et pacificatrices que portèrent tout d'abord les discussions au sein de la Conférence. Elles ne furent pas très animées, car ce moyen de pénétrer en Afrique ne souleva aucune objection.
Les célèbres voyageurs qui assistaient à la réunion furent unanimes à déclarer que la création de telles
institutions rendrait à leurs successeurs d’inappréciables services et avancerait activement l’œuvre de l’exploration scientifique. L'un d’entre eux, Robhlfs fit même observer que Les Anglais avaient déjà fondé sous la forme de missions religieuses ou de comptoirs commerciaux, quelques établissements qui pouvaient être comparés à ceux que l’on voulait créer.
Ces stations furent chargées de missions diverses, correspondant aux buts multiples que la Conférence se proposait. Celle-ei avait l'intention, non pas d'organiser elle-même des explorations, mais de venir en aide aux initiatives privées. C’est pourquoi elle décida que ces stations seraient avant tout des postes hospitaliers. Etablies d’abord sur le littoral, elles devaient s’avancer peu à peu vers l’intérieur, tout en restant en communication avec la côte. Elles devaient servir de points d'appui aux voyageurs de toute nation qui pénétreraient en Afrique ; leur servir d'entrepôts pour compléter ou renouveler leurs provisions, enfin les recevoir comme les hôtes de l'Europe et leur permettre de se reposer Jusqu'au jour où ils reprendraient leur voyage.
Elles devaient être scientifiques, c’est-à-dire qu’elles devaient être un centre d’études et de recherches de toute nature, sur le climat, les populations, les mœurs, la flore et la faume, et en général sur toutes les manifestations d’un ordre quelconque qui se passeraient dans le périmètre soumis à leur direction. Des plans devaient être levés, des rapports devaient être faits et tous ces renseignements acquis devaient être mis à la disposition des voyageurs de passage.
Elles avaient enfin la mission non moins importante d'être civilisatrices, c'est-à-dire qu’elles devaient être
des garanties de paix pour les populations au milieu desquelles elles s’établiraient. On ne voulait pas leur donner comme rôle, celui d’initier les nègres aux arts de la civilisation ; on ne voulait pas en faire des écoles professionnelles, des ateliers d'apprentissage, mais on espérait que le fait seul de leur présence, l'exercice journalier de quelques industries, l’ascendant que prend tout naturellement le blanc sur le sauvage, auraient une heureuse influence sur les indigènes, qui comprendraient peut-être la nécessité du travail et l’idée de progrès.
Ces stations avaient encore d’autres caractères : elles devaient être pacificatrices et, selon la parole de Sir Bartle Frère, agir en toute circonstance par la douceur et la persuasion. Leur but n’était pas de s’imposer par la force aux populations environnantes ; Le chef qui était placé à la tête de chacune d'elles devait maintenir son autorité non par la crainte et la force, mais par ses actes de bonté et d'humanité.
On jugea qu'un grand appareil militaire était inutile : de même le personnel de chaque station ne devait pas être bien considérable ; un chef, un médecin, cinq ou six artisans devaient suffire dans la plupart des cas.
Enfin ces stations ne devaient pas être des centres religieux : à ce sujet les déclarations de la conférence furent fort nettes. «Il ne faut pas, disait Sir R. Rawlinson, donner à ces stations un caractère exclusivement religieux, politique ou commercial ; ce seront des centres de renseignements, des postes hospitaliers, des foyers de civilisation. » C’étaient là des paroles répondant bien aux sentiments de la Conférence ; bien que n'étant pas hostile à l'introduction de l'Evangile en
Afrique, et tout en reconnaissant l’heureuse influence que des missions religieuses pourraient avoir sur la régénération des indigènes, elle tenait néanmoins à ce que les stations fussent essentiellement laïques.
Leur attribuer un caractère religieux, c'était, à coup sûr, rompre la bonne entente que l’on espérait durable entre les grandes puissances : aucune n'aurait voulu admettre des missions n'appartenant pas à ses nationaux et les postes auraient alors perdu leur caractère international qui était la base même de l’œuvre entreprise par la Conférence.
Le principe, les caractères des stations ayant été définis, on se demanda où, tout d’abord, il faudrait les établir.
Plusieurs projets furent présentés : il y eut notamment celui de M. de Semenow, présenté au nom des membres allemands, autrichiens et russes et qui s’occupait surtout du point de départ.
Il avait une haute portée économique et politique et était d'une envergure grandiose : il s'agissait d'établir une ligne de communications entre les deux côtes orientale et occidentale de l’Afrique, de Bagamoyo à Saint- Paul de Loanda ; des stations devaient être alignées le long de son parcours. Deux stations étaient déjà désignées : Udjiji, sur le lac Tanganyka et Nyangwé, sur le cours supérieur du Lualaba. De plus, sur cette artère principale, devaient venir se greffer trois tronçons qui se dirigeraient l’un vers le Congo, l’autre vers le Zambèze ; et les sections terrestres de ces deux dernières devaient être reliées au moyen de bateaux à vapeur lancés sur le Nyassa, le Tanganvka et le Victoria- Nyanza. On n’adopta pas ce plan, par suite, sans doute,
des difficultés immenses que son exécution présentait et l’on s'arrêta à un autre qui avait sans doute une portée bien moins étendue, mais qui était plus manifestement dominé par l'intérêt scientifique : il consistait à organiser l'exploration du centre de l'Afrique en confiant cette tâche à des voyageurs qui se seraient appuyés sur un certain nombre de stations : deux devaient être installées sur les côtes, à Saint-Paul de Loanda et à Bagamoyo ; les autres à l’intérieur en suivant approximativement la route parcourue par Cameron.
Ce système fut arrêté par un comité mixte dont le savant secrétaire général de la Société de géographie de Paris, M. Maunoir, fut le rapporteur. Ce document constitue la déclaration officielle de la Conférence au sujet de la mission donnée à l'Association Internationale qu’elle allait créer avant de se dissoudre, et qui devait être chargée par elle de mettre à exécution ses différents vœux ou résolutions, et, en général, de continuer son œuvre d’une façon permanente.
Voici les principaux passages de cette déclaration :
«Pour atteindre le but de la Conférence Internationale « de Bruxelles, c’est-à-dire explorer scientifiquement « les parties inconnues de l'Afrique, faciliter l'ouverture « des voies qui fassent pénétrer la civilisation dans lin- « térieur du continent africain, rechercher les moyens « pour la supression de la traite des nègres en Afrique, @ il faut :
« 1° Organiser sur un plan international commun « l'exploration des parties inconnues de l'Afrique en « limitant la région à explorer à l'Orient et à l'Occident « par les deux mers, au midi par le bassin du Zambèze,
au nord par les frontières du nouveau territoire égyptien et le Soudan indépendant. Le moyen le mieux approprié à cette exploration sera l'emploi d’un nombre suffisant de voyageurs isolés partant de diverses bases d'opérations.
« 2° Etablir comme base de ces explorations un certain nombre de stations scientifiques et hospitalières, tant sur les côtes de l'Afrique que dans l’intérieur du continent. De ces stations, les unes devraient être fondées en nombre très restreint sur les côtes orientale et occidentale de l'Afrique aux points où la civilisation européenne est déjà représentée, à Bagamoyo et à Loanda par exemple. Les stations auraient le caractère d’entrepôts destinés à fournir aux voyageurs des moyens d'existence et d'exploration. Elles pourraient étre fondées à peu de frais, car elles seraient confiées à la charge des Européens résidant sur ces points. Les autres stations seraient établies sur les points de l’intérieur les mieux appropriés pour servir de bases immédiates aux explorations. On commencerait l'établissement de ces dernières stations par les points qui se recommandent dès aujourd’hui comme les plus favorables au but proposé. On pourrait signaler par exemple Udjiji, Nyangwé, ou un noint quelconque situé dans les domaines de Muata- Yamvo. Les explorateurs pourraient indiquer plus tard d’autres points où il conviendrait de constituer des stations du même genre. Laïssant à l'avenir le soin d'établir des communications entre les stations, la Conférence exprime surtout le vœu qu’une ligne de communication autant que possible continue, s’éta-
blisse de l’un à l’autre Océan, en suivant approximativement l'itinéraire du commander Cameron.
«€ La Conférence exprime également le vœu que dans la suite, s'établissent des lignes d'opérations dans la direction du Nord-Sud. La Conférence fait appel dès aujourd'hui au bon vouloir et à la coopération de tous les voyageurs qui entreprendront des explorations scientifiques en Afrique, qu’ils voyagent ou non sous les auspices de la Commission Internationale instituée par ses soins. »
Mais, cette œuvre esquissée par la Conférence, un or-
ganisme nouveau était jugé indispensable pour l’achever, pour explorer d’une manière méthodique l'Afrique, et y créer des stations hospitalières et scientifiques, pour faire cesser la traite et faire triompher la civilisation.
L'initiative de l’œuvre africaine revenait à une réunion
d'hommes éminents, présidée par S. M. Léopold IT : L'Association Internationale Africaine sortie de sonsein, allait mettre en exécution les diverses résolutions prises par la Conférence géographique.