Dépôt, 20 février (registre B. M., f
FÉVRIER 1798 ll3
l'exportation du blé et autres denrées d'une commune à l'autre eût été réglementée avec soin, la cherté des vivres faisait murmurer le peuple, et rien ne permettait de prévoir qu'elle dût cesser bientôt : le 20 février, une poule se vendait un écu, un poulet trente-trois pauls ; le chevreau valait vingt bajoques la livre; le pain blanc, une bajoque l'once; les « broccoli », vingtcinq bajoques le bouquet^. La situation n'était pas rassurante, on le voit; et Berthier avait bien d'autres soucis.
L'armée n'était pas payée et n'était pas entretenue. Au début de la campagne, il écrivait à Bonaparte qu'en 98 comme en 96 le soldat était pieds nus 2, et le 2 mars^ il écrivait au Directoire : « La solde de l'armée est « arriérée, et pourtant elle ne reçoit que la moitié delà « solde qu'elle reçoit lorsqu'elle est en France. » Un fait précis accuse la gravité du mal : le 12 février, Rome étant prise et la campagne finie, Berthier est contraint de prendre un arrêté d'urgence : les équipages d'artillerie sont sur le point de se débander : ils n'ont pas touché un sol depuis trois mois^. Ces besoins extrêmes de la troupe le livrent, pieds et poings liés, à l'administrateur général de l'armée d'Italie, au fils du célèbre naturaliste, Haller. Haller appartient à cette race des « fournisseurs des guerres », les grands seigneurs de l'époque^ », les « fermiers généraux » de la Révolution. Banquier à Paris avant 89, il a fait une fortune dans le midi de la France, grâce à l'amitié de Robespierre ; compromis, comme Bonaparte, après le 9 thermidor, il a relevé la tête en même temps que lui ; il a régulièrement organisé cette bande de pirates patentésqui s'appellent les ^<7e/i.s' chargés de V argenterie