Aganti generali al liremond. 3 glaciale (Arc/uuïo
â4 NOVEMBRE — 6 DÉCEMBRE 17^8 359
colonne de 3.000 hommes d'infanterie napolitaine, appuyée par 300 chevaux et 7 pièces de canon, descend sur Rieti et le Marmore. C'est la petite division de San Filippo. Lemoine, qui n'a sous ses ordres qu'un bataillon de la 64% prévient les administrateurs de Terni qu'il devra battre en retraite sur Spolète : à tout hasard, il envoie courriers sur courriers au général Dufressc, qui arrive à marches forcées de Cisalpine et attend crânement l'ennemi. Son audace est récompensée. Dufresse arrive le 26 novembre; de concert avec lui, il attaque les Napolitains aussitôt qu'ils se présentent; il les culbute à quelque distance de Terni, leur enlève leur artillerie, leur prend leur chef, onze officiers et 300 soldats, après en avoir tué à peu près autant. La droite de Championnet est sauvée, sa retraite assurée en cas de malheur ^
A peu près au même moment, la gauche française n'était pas moins heureuse que le centre. La petite garnison d'Ascoli, composée du l*"" bataillon de la 2""° légion Cisalpine, se retirait sans encombre devant la division Micheroux, le 24 novembre, à quatre heures du soir. Le surlendemain, 26, malgré la folie de Gasabianca, la brigade Rusca, qui occupait la route de la mer, repoussait à la baïonnette les colonnes napolitaines, du côté de Porto di Fermo, grâce à la prudence de Thiébault et à l'intrépidité du lieutenant Wouillemont ; tandis que la 17" demi-brigade nettoyait la route de la montagne et rejetait en désordre sur Pescara l'aile gauche du chevalier de Micheroux. Victorieuse malgré l'impéritie de son général, la division de gauche de l'armée de Rome se réorganisait le 1" décembre, à Ascoli, sous l'active impulsion de Monnier et de Rusca; elle avait reconquis la rive gauche du Tronto et se tenait prête à l'offensive, lorsque, le 6 décembre, arriva son nouveau chef, le général Duhesme-.
1. CoUezione. UI, -.-'9-030. Sîinsi, 3-2-33. Bonnamy, 12. Thiébault, II, 275.
2. Le 3 décembre, à midi, Casablanca avait été envoyé à Ancône et Rusca
360 CIIAMPIONNET ÉVACUE ROME
Mais c'était la droite française, la plus compromise, qui devait combattre avec le plus de bonheur; si Rome fut tumultueusement évacuée, elle fut bientôt reconquise. Dans la nuit du dimanche 25 au lundi 26, vers une heure du matin, commençait à s'écouler le torrent des fuyards, Riganti, la Santa Croce, la Cesarini, Bufalini, les ministres, les consuls, les commissaires, tout un monde d'intrigants et d'intrigantes, d'administrateurs, de patriotes, entassés dans des voitures de toute espèce avec des bagages de toute sorte : comme le jour parait, les dernières franchissent la porte du Peuple et courent sur la voie Flaminienne ; à voir cette terreur panique, à contempler ce départ à la débandade, on se croit revenu à dix-huit siècles en arrière, alors que, sur la route de Brindcs, les derniers républicains fuient le retour des triumvirs ^
C'est la môme anarchie; ce sont aussi les mômes désordres : dans la basilique du Latrah, les soldats entrent et dansent. Pour dire la messe, les chanoines doivent se réfugier à la sacristie; et, dans la ville, patriotes et Français, sentant venue leur dernière heure, font en sorte qu'elle soit au moins fructueuse et que le profit qu'on en tire compense l'amertume qu'elle apporte : il y a une bagarre à la grande questure, oîi l'on assure que 1 demi-million se trouve encore. Cependant, à travers le Corso, passe l'étatmajor quittant le palais Ruspoli, le général en chef à sa tète : sa dernière parole a été pour promettre aux Romains son retour avant que quinze jours se soient écoulés. C'est donc enfin la délivrance : le peuple salue de ses acclamations ironiques les derniers rangs qui disparaissent dans la poussière; il se rue sur les arbres
avait eu, par intérim, le commandement de la division. Sur cette courte campagne, cf. ïhiébault, II, 260, 274. CoUezione, III, .'i25-527, 543, 544. CoUezione, I, 39(i, 400. Bonnamy, 11-12. Servan, V, 48-49. Crivellucci, 148-149. Monnier à la Centrale du Métaùre, 8 glaciale. La Centrale aux patriotes, 9 glaciale {Cullezioiie Napoléon. Lumbroso).
1. Galimberti et 8ala, 2(3 novembre. Macdonald à Cnampionnet, 7 frimaire {Champi0Hnet,29i^l-im).
de la liberté, il fait découvrir les Madones, et les cloches sonnent à toute volée. Dans les environs du palais Farnèse, au Campo di Fiori, à laRegola, au Trastevere, un jeune homme circule qui enflamme Tardeur des passants : on le dit commissaire du roi de Naples : le fait est qu'il s'appelle Gennaro Valentino et qu'il crie Evviva il rit di Napoli. On l'entoure, on l'acclame : deux dragons français qui passent sont massacrés en un instant. Le mouvement gagne de proche à proche, à la place de Venise, sur le Corso, dans les rues voisines, le peuple agenouillé chante les litanies et invoque les images.
Mais voici que s'ouvrent les portes du rouge et massif palais que l'Empereur possède : il y a encore des Français dans Rome : ce sont des dragons qui escortent un convoi de subsistances. Le peuple les hue, le toscin sonne, les gardes sont bousculés, et des charriots s'échappent, qu'on cache dans les cours. Décidément, ces Romains se croient délivrés, comme jadis ils se sont crus libres. Les dragons chargent; un bataillon se range en bataille sur la place de Venise : le peuple fuit et se disperse dans les rues avoisinantes. Les Polonais, qui ne sont pas encore partis, campent sur la place Navone et occupent les rues qui mènent à la porte du Peuple, tête de leur ligne de retraite ; ils recherchent Valentino, qui se cache à la Chiesa Nuova; ils saccagent les vignes, ils massacrent les révoltés' ; ils renvoient au château Saint-Ange les otages qu'à pris Championnet et qu'on a délivrés la veille. Le moment n'est pas encore venu de chanter les Te Deum : Rome se couche dans la terreur.
Et le lendemain (mardi, 27 novembre, 7 glaciale) elle apprend que les massacres ont continué pendant la nuit, ainsi que les réquisitions : le fort Saint-x\nge est muni de tout : on y transporter le corps du colonel lliinibe;l, du 11)" chasseurs, mort pendant les troubles.
A la porte Saiiit-Jcaii.
ECHAUFFOURÉES A ROMÉ
Cependant, afin de rassurer les habitants et de garantir la tranquillité de sa retraite, Macdonal convoque au Quirinal les huit tribuns restés à Rome. Il leur promet qu'il ne mettra pas la ville à sac; mais il exige qu'elle se contienne tant qu'il ne l'aura pas quittée : devant le palais Ruspoli, deux canons sont chargés à mitraille; une proclamation annonce au peuple que quatre personnes « conversant ensemble seront fusillées sur-le- « champ ; toute maison d'où Ton tirera un coup de « feu sera sur-le-champ incendiée; les gardes nationaux « remettront leurs armes, sous peine d'être fusillés, sauf « ceux qui resteront à la disposition des grands Ediles, <■( chargés de l'approvisionnement et de la police : les « otages retenus au château Saint-Ange répondent sur « leur tête de la sécurité des Français, de ceux notam- « ment qui sont dans les hôpitaux ». Aussi, tandis que l'artillerie française part au grand trot suivie de l'avantgarde (la 12% un bataillon de la 1" et deux escadrons de dragons), les boutiques ferment, les cloches restent muettes. Le corps de bataille de la division s'ébranle à son tour, conduit par Maurice-Mathieu et Kellermann, afin de rejoindre Girardon, tandis qu'à la tète de sa cavalerie Macdonald traverse Rome au galop : il veut pousser une reconnaissance du côté des Napolitains, dont l'avant-garde est signalée à 2 milles de la place du Latran, oiî il est vite arrivé. Il aperçoit dans la compagne paisible et muette, cheminant à travers les ruines, au pied des monts xVlbains, les têtes de colonne du prince de Saxe et de Bourcard' : il se replie avec ses dragons et quitte Rome par la porte du Peuple.
Au même moment les Napolitains y pénètrent par la porte Saint-Jean : des applaudissements enthousiastes les accueillent à leur passage ; les cloches sonnent à toute volée, et la ville résonne du chant des actions de grâces psalmodiées devant les Madones. Les arbres de la
i. Mack assure qu'il a envoyé Metsch recueillir les fuyards de San Filippo (Ku7'se Geschichte).
liberté sont arrachés, la colonne de Duphot renversée sur la place du Capitole. Cependant le maréchal de Bourcard se dirige vers la place Saint-Pierre, où son logement se prépare au palais Accoramboni ; c'est là qu'il accueille le vice-gérant. M''''" Passari; c'est là que, devant la foule et les troupes qui n'hésitent pas à suivre son exemple, celui-ci s'agenouille afin de remercier Dieu de la délivrance de Rome; c'est là qu'il est charge du gouvernement provisoire de la ville. Mais, tandis qu'il fait préparer une illumination générale, il se voit impuissant à retenir le peuple, qui court à sa vengeance. Si le Ghetto n'est pas mis à sac, on brûle sur la place de la Pescaria le dernier arbre de la liberté ; Mutarelli, l'ancien administrateur du Tibre, voit saccager sa maison; l'horloger Averoni, et deux de ses amis jacobins, sont dénoncés aux Napolitains; comme ils passent sur la place du Vatican. — « Qui vive? » leur demande-t-on. — « Vive la liberté », répondent-ils, et ils meurent fusillés.
Les Papalins doivent se hâter de jouir de leur victoire : elle n'est pas sûre. Les soldats de Bourcard paraissent exténués de fatigue ; ils se plaigaent des marches forcées, du mauvais temps, des mauvaises routes; beaucoup de fantassins vont pieds nus ; beaucoup de cavaliers sont démontés; une partie de l'artillerie est restée en route, avec les voitures d'approvisionnement. Et, à la surprise générale, le château Saint-Ange tient toujours : les ponts-levis sont levés, les herses baissées ; et le commandant Valterre, afin de bien marquer ses intentions, envoie quelques salves sur les maisons de la rive gauche ^ . Il a raison de tenir ainsi : dans quinze jours, grâce aux belles manœuvres de Championnet, sa petite troupe aura été délivrée.
1. Sala. Galimberti, 27 novembre. Mack protesta contre le tir du chAteau Saint-Anfîe; il a.ssnrait qu'une convention avait été conclue entre un général Pœpp (? d'après Galimberti) et lui, interdisant à la garnison du chAteau de combattre. Collezione, III, 293, 297. Je n'ai rien trouvé dans les textes qui coufirme le» assertion» de Mack. Valterra avait un bataillon de la 30% plus Komai.ns : en tout 8U0 hommes. Chodzko, II, 00.