LE THEATRE DE LA GUERRE
Des environs d'Orvieto jnsqu'à Rome, la vallée du Tibre suit une direction générale Nord-Nord-Wesl — Sud-Sud-Est : à mi-distance de ces deux villes, à peu près, elle sépare deux pays dont la proximité souligne, en quelque sorte, le curieux contraste : c'est là que l'aile droite française doit détruire l'armée ennemie. Sur la rive droite du Tibre, un bassin circulaire adossé au soulèvement volcanique de Bracciano, du Venere et du Cimino, fermé au sud par la masse abrupte du Socrate, tout blanc de neige à ce moment, réunit ses | eaux dans mille petites rivières qui ruissellent à sa surface, qui convergent vers Cività Gastellana et Nepi dans le gros ruisseau de la Treja et qui, ainsi concentrées, vont grossir le Tibre. C'est un pays d'abord facile auquel les ravins creusés par les commotions volcaniques donnent un très curieux aspect. Sur le rebord occidental, sont assises les vieilles cités gibelines de Sutri et de Ronciglione et le palais de Caprarola, jalonnant la route de Rome à Florence. Sur la rive gauche, au contraire, abrupt et sauvage, s'élève le massif du Buono (San Pancrazio, aujourd'hui) : nettement dessiné par la Farfa au sud et la Nera au nord, le Velino à l'est et à l'ouest par le Tibre, il élève jusqu'à 1.026 mètres sa crête la plus haute; Rieti, Terni, Poggio, Mirteto, Orte occupent les quatre angles du carré ; au centre, dans la montagne, c'est un pays escarpé, difficilement abordable, où les brigands se sentent chez eux; c'est la vieille Sabine, bastion avancé de la haute citadelle des Abruzzes.
Avec la division Macdonald divisée en trois corps, la brigade de Kellermann, la brigade de Lahure et la réserve de Maurice Mathieu, Ghampionnet décide de s'établir dans le bassin de la Treja en occupant les trois belles positions de Nepi, de Cività Castellana et de Rorghetto : elles sont situées l'une derrière l'autre, échelonnées toutes trois sur la môme route, ce qui rend la concentration plus aisée. Ainsi posté, il couvre
la route de Toscane à sa droite, prêt à tomber par Viterbe sur les derrières de l'ennemi assez imprudent pour s'y engager; il est à proximité de son centre, dont deux marches le séparent et qu'il est maître de renforcer comme il veut, franchissant le Tibre à sa gauche, sous le canon de Borghetto, par le Ponte Felice ; il défend enfin sa ligne de retraite, par laquelle lui arrivent à la fois les provisions et les renforts, par laquelle, en cas de malheur, il se repliera sur Spolète et Foligno, après avoir rallié la division Lemoine : en même temps, il maîtrise tout le haut pays, et il en interdit l'accès. Son adversaire, aussi maladroit maintenant que tout à l'heure, à l'ouverture de la campagne et que, plus tard, dans la guerre de Souabe, ne songe ni à manœuvrer sur la droite de Macdonald, pour lui faire quitter sa belle postion, ni à aborder sa gauche afin de le couper de Lemoine* : sa tactique trop simpliste ne lui suggère d'autre idée que de marcher sur le centre de la ligne qu'il a devant lui : manœuvre qui a le double inconvénieat d'aborder de front une position très forte, et, au cas oij elle réussirait, de réunir la droite française à son centre.
Arrivé le 29 novembre à Cività Gastellana, Macdonald se haie d'assurer sa liaison avec le quartier général, placé au centre de l'armée : il envoie un bataillon occuper Borghetto, Ponte Felice et les marais de Magliano qui maîtrisent le passage du Tibre. Il eût voulu faire davantage; mais, depuis le début de la retraite, « la moitié et plus du bataillon romain a déserté ainsi que beaucoup d'officiers- », et il craint, en disséminant trop ses forces, de ne pouvoir plus faire front du côté de l'attaque principale. — Cette prudence exagérée lui coûte assez cher : les paysans insurgés, qui '< sont plus braves et qui l'inquiètent plus que les Napolitains-^ », se joignent à une colonne que ceux-ci
1. Par la route de Rome à Cantalupo qui longe la rive gauche du Tibre (Donnamy, 21-22).
2> 3. Macdonald à Ghampionnet* 9 frimaire, de G. Gattellana. Championnet, 384.