‹ Le regime jacobin en ItalieChapitre 427 sur 579 · AGITATION POPULAIRE · texte numérisé non relu

AGITATION POPULAIRE

fraternelle; on présente à l'ambassadeur du Directoire les vingt-quatre jeunes filles, qui reçoivent chacune quarante écus en cadeau ; puis les autorités se rendent auprès du sarcophage, que l'on couvre de guirlandes et de feuilles de chêne, tandis que l'on chante des hymnes funèbres et que le canon tonne... Enfin le cortège rentre dans la ville, et chacun se disperse : il semble que chacun ait hâte de rentrer chez lui.

Depuis la prise de Naples, en eiïet, la situation s'est assombrie : c'est la dernière grande cérémonie patriote que cette fête du 15 février : tandis qu'on la célèbre, l'émeute menace. Rome ne présente plus, comme au mois de janvier, un aspect différent, suivant que l'on envisage les souffrances populaires ou les fêtes jacobines ; sa physionomie s'est simplifiée : la misère s'accroît, la famine redouble et, d'un moment à l'autre, le peuple peut se soulever contre ses maîtres barbares autant que grotesques. Les 1*', 2 et 3 février, il n'y a pas de pain dans la ville; les Montigiani s'agitent; sans leur curés qui les retiennent, jusqu'où ne s'emporteraient-ils pas? On leur a pris leurs Madones, on a pillé leurs églises ; et voici maintenant qu'on les fait mourir de faim !

Dès la fin de janvier, la police militaire a entendu parler, dans les cafés, de conspirations et de massacres, tramés contre les patriotes et les Français ^ ; comme elle surprend des bruits alarmants tendant à faire croire que Ghampionnet est écrasé, Bonaparte perdu, la France envahie-, elle s'est demandée si ce n'est pas le jour de la Fête Nationale qu'on tentera de se débarrasser d'un seul coup de tous les tyrans réunis : quelques jours auparavant, grâce à une dénonciation anonyme partie de Naples, on met la main sur un

1. Valterre à Brémond, 28 niybse (Archivio, 48). Tin coup de canon devait donner le signal de ces vêpres romaines.

2. Collezione, III, .S88, ^89, 418, 420, 424. Aussi le carnaval est-il supprimé. Collezione, 1(1,413. Ghampionnet aux consuls (ArcAtmo, 40). Giacomo Simonetti arrêté le 12 février.

dépôt d'armes, caché chez Lorenzo Deodati, patron du four de San Carlo à Catinari '>-.

Apeurés, les consuls et Bertolio s'occupent de prendre une mesure qui calme les esprits : le 4 février, ils frappent une contribution de 100.000 piastres sur les riches, le jour môme oij. des députations de femmes vont chez les grands édiles se plaindrede leurmisère^: les convois attendus du Musone et du Tronto n'arrivaient pas. Le 5, la disette augmente : « le concours « du peuple aux fours fait pitié » ; le 11, dans beaucoup de fours, le pain manque complètement; le 12, afm de montrer à la population que les autorités ne restent pas inactives, elles ordonnent une réquisition de voitures pour transporter des subsistances 3; elles enjoignent aux commissaires de police de visiter les fours, de surveiller les farines, de contrôler la fabrication du pain, et elles publient l'ordre qu'elles adressent aux autorités du Cimino d'expédier à Rome tous les grains dont elles disposent^. Le 14 pourtant, la disette est effi'ayante : quinze fours sont fermés ; à celui de San Carlo, sur le Corso, la foule désarme la garde; le consulat ordonne de nouvelles recherches de farines et déchire que, désormais, on délivrera du pain gratis à toutes les familles dont les curés attesteront l'indigence ■' ; il publie en même temps une lettre de Championnet datée du 5, qui annonce l'arrivée d'importants convois''. Les 17 et 18, la famine persiste : les municipalités d'arrondissement ont perdu confiance dans les administrateurs des subsistances, — dont on ne saurait dire ce qu'ils font, — et môme dans les grands édiles : elles élisent, le 19, des commissaires de section, qui se chargeront de trouver des vivres".

\. Chamj)ioniiet aux consuls- 21 pluviùse, 9 février {Arehivio, 40^. 2. Le 3 février, Mgr Boni a supprimé l'interdiction de la viande pendant le carême.

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