MARS-MAI
« impossible do ne pas frissonner en songeant à tous « les maux qui sont à la veille de tomber sur cette « pauvre petite République romaine, et, par contrece coup, sur un grand nombre de Français. Je reçois à « chaque courrier de cent à deux cents lettres des <( départements où tout respire la misère et le déses- « poir ; quelques-unes laissent entrevoir des ressenti- « ments concentrés et dont l'éclat serait terrible, sans « doute, si l'on en juge par ce qui vient de se passer « à la Tolfa, à Gastelluccio et à Borghetto, où les « paysans ont montre une intelligence et une obslina- « tion que nous ne sommes pas habitués à rencontrer (( même chez les troupes réglées. La rébellion est plus « que jamais vivante dans les Abruzzes et dans les « déparlements limitrophes; elle n'est pas, h beaucoup « près, éteinte dans le Clitumno, le Circeo; elle est « peut-être au moment de s'éveiller dans Home môme ; « depuis deux jours, le peuple n'a plus de pain: « aujourd'hui, les fours sont fermés, les femmes « crient à la porte des boulangers, mais vainement; il « n'y a pas un sac de grain à la disposition du Gouver- « nement. Quarante et quelques corsaires barbaresques, « quelques Anglais et quelques autres honnêtes gens « croisent sur nos côtes, qui nous ont déjà pris des bàti- <( ments. Reste Ancône : mais où prendre des trans- « ports, des chevaux, l'argent?... La troupe romaine, " les employés du Gouvernement n'ont pas reçu un '( sou depuis quatre mois; les soldats désertent et vont « grossir le nombre des brigands; les commis meurent « de faim devant leur écritoire... Les vivres, les hopi- « taux, l'habillement et les transports militaires pour « la troupe, tant française que romaine, ne sont même " pas compris dans l'état des dépenses... Jugez la posi- « tion de la République et de l'armée, mon général : « j'aurais honte de vous parler de mes embarras, de « mes soucis vraiment cruels pour la chose publique... « Je meurs à petit feu. »