UNE LETTRE DE PLANTA
Cette page atteste avec exactitude l'impuissance de Bertolio et de ses deux collaborateurs; elle atteste aussi que l'anarchie, la misère, la révolte sévissent dans les départements. On a pu apprécier la valeur du témoignage de Planta sur la dictature de Bertolio ; on va voir que ce témoignage ne mérite pas moins de crédit pour les renseignements qu'il donne sur la situation de la province. Gomme à Rome, la guerre autrichienne va produit un resserrement de l'autorité: la circulaire du 15 avril^ a institué des commandants de département, — ce sont les commandants de la place la plus importante de chacun d'eux, — qui doivent, chaque quinzaine, envoyer au général français un état nominatif des places qu'ils ont sous leurs ordres, l'état des troupes qui s'y trouvent réparties, l'état des difïérentes forces sur lesquelles il peut compter. Malgré cette concentration des forces officielles, on va voir quelle triste situation présente alors la République.
La Campagne baignée par la Méditerranée était d'autant plus turbulente que l'on approchait de la frontière sud : les pays du Nord venaient d'épuiser leur force dans une lutte acharnée, mais vaine, terminée à Gività Vecchia et à la Tolfa; le Sud était plus directement menacé par l'insurrection napolitaine grandissante. Installé à Cività Vecchia, Merlin n'avait eu rien de plus pressé quede se débarrasser, — imprudemment, — de tous les anciens défenseurs de la place ; il leur avait accorde les passeports qu'ils lui avaient demandés, sans penser qu'il refoulait ainsi dans la campagne, loin de sa surveillance, des hommes fort dangereux'-. Le fait est que, dès la fm du mois de mars, dans les
1. 26 germile. Belaire aux consuls, 26 gerinile. Archivio, 40.
2. Ce que lui repi'ochait Macdonald (30 ventôse. Dépôt, 20 mars).
selves de Ronciglione, de nouvelles bandes avaient reparu'. Et la nouvelle municipalité de Cività Vecchia et les deux cents gardes nationaux 'de la ville étaient impuissants à les réduire ; les autorités républicaines ne se maintenaient plus au milieu de ces populations hostiles que par des attentions imprévues ^ ou de prudents désaveux.
Ce n'était pas l'épuisement de ses forces qui imposait silence à Rome, c'était la concentration des forces jacobines ; les patriotes y étaient plus nombreux et plus audacieux qu'ailleurs, et le fréquent passage des troupes françaises y rendait une révolte difficile et chanceuse. Cependant quelles n'étaient pas les souffrances qu'il lui fallait endurer : les jacobins renonçaient presque à jouer leur mascarade officielle ; c'est tout au plus si, à ce moment, avec la solennité du 20 mars, on peut signaler deux ou trois banquets au théâtre d'Apollon '*. Les 11, 12, 13 mars, la famine sévit dans la ville; le poste de San-Carlo au Corso est désarmé par la foule ; et lirritation devient si vive qu'à la suite d'une conférence tenue le 11 le Quirinal décide de vendre 46.000 écus de biens nationaux et d'imposer aux riches un emprunt forcé de 64.000 écus, afin de se procurer des subsistances \ Pendant la semaine sainte (17- 23 mars 1799), une détente se produit, mais, le jour de Pâques, 2i mars (4 germile), les Romains n'ont ni pain, ni viande^ àse mettre sous la dent; et les riches refusent de souscrire l'emprunt forcé ; et, quoique un convoi de Terracine apporte, le 27, 1.000 roubbes de mais, dès le 30 la famine reprend de plus belle. Le
1. Proclanialion du 25 mars. Collezione, IV, 102. On réclamait contre les imptMâ. Archivio, 184, »aastm.
2. La garde nationale avait été reconstituée le 16 avril. Collezione, IV, 181. Sala, Ilf, 11().
3. Bertolio fil exempter de l'emprunt ecclésiastique les évoques de Viterbe et dAcqua Pendente (Bertholio à Breislak, 14 germile. Archivio, 38). Cf. auprà.