‹ Le regime jacobin en ItalieChapitre 496 sur 579 · ÉVACUATION DU TRONTO · texte numérisé non relu

ÉVACUATION DU TRONTO

(( de l'administration, celle-ci expédiera dans vos com- « munes respectives la force armée afin de vous traduire (( à Fermo, »

C'était parler à des sourds ; lorsque les édiles s'assemblaient, ils reprenaient pour la sixième ou la huitième fois les mômes questions, recommençaient à les discuter longuement, décidaient de faire ce qu'ils n'avaient pas fait; mais ensuite ils s'endormaient jusqu'à la séance prochaine, où ils recommençaient pour finir toujours par ne rien conclure'. Leur dernière séance se tint le ' 4 mai, en présence de six d'entre eux; Acquaviva, San Benedetto, Monte Prandone, Spinetoli n'avaient envoyé personne; sur les propositions consignées au procèsverbal, aucune discussion ne s'engagea. Une autre tentative paraît avoir eu lieu après celle-ci ; on en trouve la trace, sinon la date, dans les actes publics ; étaient présents les seuls Massi, président, et Doria, adjoint, assistés du préfet consulaire. Désormais tout était désordre et anarchie : la contre-révolution triomphait.

Le l"'' mai, en effet, la garnison française d'Ascoli, conduite par son chefCleviot, s'était retirée sur Ancône; Sgariglia, commandant de la garde nationale, avait décliné l'honneur de garder ses canons; Cleviot en avait oncloué deux, en avait chargé quatre autres sur quatre voitures et avait repris la route du Nord. Aussitôt s'étaient rapprochées les bandes qui tenaient la campagne; de jour en jour, elles resserraient le blocus de la ville. Aujourd'hui, on parlemente à la porte Gartara avec le marquis Malaspina, agent de Ferdinand IV (6 mai); et demain, c'est la fusillade qui se fait entendre à la porte Tuffila. On répand le bruit que les Français sont battus à Visso, à Norcia ; on assure qu'à San Benedetto ils ont perdu 100 hommes et 2.000 à Gascia; ce qui est certain, c'est que Donato de Donatis occupe Ancarano et Maltiniano et campe à la Vibrata. Sciabo-

1. Cf. Grivelluci, 171. Centrale al min. Fin., 21 fiorile {Archivio, 301), intrigues contre Silvestri.

lone n'y tient plus, il reprend la campagne; il passe par la Veina di San Marco, se dirige, tambours battants, sur Civitella, puis sur Maltiniano; et le 23 mai, au soir, tandis que la municipalité s'occupe d'appeler les Français à l'aide, il entre dans la ville, côte à côte avec Donato, à la tête de 400 hommes i.

Jusqu'au dernier moment, on le voit, les Marches sont demeurées paisibles, le Tronto aussi bien que le Métaure, malgré les rébellions voisines de Donato et de Lahoz. Il est même à noter qu'Ascoli rappelle les Français"^ le jour où elle tombe au pouvoir des brigands. Au découragement qu'ont fait naître les insuccès des précédentes révoltes, il est donc vraisemblable que s'ajoute la crainte de brutalités et de violences. Les Jacobins, en effet, n'ont pas su se concilier ce pays ; la lutte sourde couve partout, silencieuse, mais obstinée, invisible, mais vivace. Les Marches se signalent par leur ténacité et leur acharnement dans cette guerre obscure : plus vivement que les autres provinces, elles se plaignent même des agents franco-romains ^. On ne voit pourtant pas que les exigences officielles y fussent plus dures qu'ailleurs, La vérité, c'est que dans les Marches, comme dans la Campagne, comme dans la Montagne, la tranquillité n'est qu'apparente; le gouvernement du Quirinal est partout haï, partout honni; maintenant que la retraite de Macdonald est terminée et que les Français sont montés au Nord, il n'y a plus de péril à secouer leur joug et à chasser les autorités jacobines : à la résistance administrative et paperassière, on peut faire succéder sans crainte la lutte ouverte, la guerre déclarée. A la retraite de Macdonald éclate l'insurrection italiote.

1. Pastori, 76 sq., dapré» Crivelluci, 171, 174. Cf. Centrale, 17 mai, et liapporlo al Consolalo, 22 mai (Arcltivlu, 295).

Page 1