CHAPITRE II
l'imsurrection italiote
21 mai 1799 — 12 juillet 1799
L'insurrection italiote éclata spontanément sur toute l'étendue du territoire républicain. Les administrations éprouvaient peu de sympathie pour le Quirinal, comme elles lui témoignaient peu de dévouement : la crainte des violences les empêchait seule d'appeler les brigands, dont les excès firent toujours peur et empêchèrent toujours Yopposiliondes villes de s'unir à V Insiirrection des campagnes. Entre celles-ci et celles-là, l'histoire avait creusé un abîme; entre la bourgeoisie cultivée, volontiers sceptique et fidèle au système de despotisme éclairé, et les paysans aussi intrépides, mais aussi frustes qu'à l'époque lointaine des guerres Samnites, il y avait une différence radicale de civilisation : des actes différents répondaient à des conceptions différentes ; entre les deux groupes, l'union ne se fit jamais. C'est dire que l'insurrection ne se développa point d'après un plan uniforme inspiré et dirigé par quelques chefs en relation avec les coalisés; elle se propagea selon la capricieuse distribution des nouvelles, au hasard de mille faits locaux dont il serait chimérique de prétendre retrouver la trace. Les anciens sujets du Pape étaient las du régime jacobin qui blessait leurs consciences et vidait leurs bourses; l'armée partie, ils dirent tout haut ce qu'ils pensaient tout bas ; sans qu'ils eussent besoin de se concerter, ils se trouvèrent tous en révolte ouverte.
POLITIQUE DE HERTOLIO 491
L'action du gouvernement central cesse de se faire sentir ; les ordres du Quirinal n'étant plus transmis, la machine politique est en miettes. Rome n'exerce plus d'influence au-delà de la banlieue immédiate, et les administrations qui y résident n'étendent plus leur regard au delà. Veut-on savoir à quoi se réduit, durant les deux mois qui suivent l'évacuation française, la politique de rambassadeur-dictateur? Il cherche des recettes, il cherche des soldats ; surtout il falsifie les nouvelles.
Le 23 mai, une loi établit un impôt mi-proportionnel, mi-progressif sur la richesse', calculé sur le nombre des domestiques et des chevaux de luxe, sur les portes cochères et sur la population des villes; le 25, une autre loi décide que les poudres et salpêtres ne seront plus affermés, mais exploités en régie par l'Etat-; ce qui n'empêche pas d'affermer la taxe perçue sur les sels étrangers -^ le lendemain même. Mais toutes ces mesures ne sont pas exécutées ; les délais que le gouvernement accorde attestent son impuissance'^; s'il parvient à Rome, à Ancone et à Gività Vecchia à se faire obéir, partout ailleurs ses ordres sont lettremorte"*.
Il en est de même des mesures militaires qu'il prend. Le 4 juin, il invite les habitants à s'armer et à se former en gardes nationales'', mais il néglige" d'organiser la milice citoyenne, comme il néglige d'organiser la cavalerie volontaire qu'il prétend lever en