‹ Le regime jacobin en ItalieChapitre 551 sur 579 · CAPITULATION DE ROME · texte numérisé non relu

CAPITULATION DE ROME

« manèges, de criminelles correspondances et prévarica- <( lions ^ ».

Il était temps de négocier. Déjà, le 15 septembre, le capitaine Louis avait sommé Garnier de se rendre au nom de son chef, le commodore Troubridge ; le conseil de guerre, réuni le 17, inclinait à une capitulation; les nouvelles qui lui parvinrent de la campagne et lui montrèrent les progrès de l'insurrection le décidèrent à l'accepter au moment même oià, pour la dernière fois, la fête de la République était célébrée sur la place d'Espagne et sur la place Saint-Pierre. Du reste, il fallait se presser, l'émeute grondait dans Rome; entre le 9 et le 21 septembre 23 fruttifero — 5 compl.) avait paru la seconde édition d'un violent pamphlet dirigé contre les Jacobins les plus notoires : c'étaient les Congressi del Monte Sacro. Le 25 septembre, Reaufils avait dû arrêter Jaccouci et Mutarelli. Le 28, Garnier fit donc répandre le bruit qu'il était malade; il courut à Gività Vecchia et arriva à temps pour résoudre de graves difficultés survenues entre Troubridge et Belair; le 29, au soir, la capitulation était signée, et le lendemain matin, 30 septembre, au point du jour, l'armée napolitaine faisait son entrée par la porte Saint-Jean et occupait Rome-.

Si le général Monnier devait en être réduit à une aussi dure extrémité, ce ne devait être qu'après une défense vigoureuse, trois sommations ropoussées, de nombreuses pertes infligées à l'ennemi. Le résultat de ces belles courses du mois de juin avait été, sinon de

1. Proclamation du 15 septembre. CoUezione,\, 196. Aflichée aussi à Roirc cette même procjamation est supprimée par Garnier.

2. Sur la capitulation, cf. Collczione, V, 206, 208, 210, p. 95. Galiniberli, septembre, passim. Mcm. Stor., 189, 210.

pacifier les Marches adriatiques, du moins de reculer la ligne de défense très loin du corps de la place ; de Macerata, d'où le général Lucotte surveillait au sud l'armée naissante de Lahoz, jusqu'à Fano, oii le commandant Chevalier tenait en échec les bandes bigarrées qui battaient les Romagnes, une ligne de postes s'étendait, appuyée sur la place de Jesi, couvrant toute la banlieue d'Ancônc. Tandis que Lahoz organise ses brigands, leur donne un uniforme blanc à revers noirs, s'efforce de leur inculquer les premières notions de la manœuvre et nomme , généraux de brigade Gellini, Vanni, Sciabolone et de Donatis, il ne néglige aucune occasion de mener ses hommes au feu et de les aguerrir par de continuels combats; autour de Fermo, dont il fait sa place d'armes, ses colonnes coupent les ponts de la Tenna, soulèvent Sant' Elpidio, Montegranaro, Apirio, Matelica et s'établissent à Tolentino môme, à quelques kilomètres de Macerata.

Dans cette longue plaine qui sépare les deux villes, et qui verra, seize ans plus tard, la défaite et la ruine de Murât, il semble qu'une rencontre se prépare. Le 23 juillet, Lucotte reconnaît la droite ennemie du côté de Porto di Fermo, que garde Nanni ; le 24, il va tâler Sciabolone, campé au Montegranaro ; le 26, il quitte de nouveau Macerata, mais pour se heurter, cette fois-ci, à une résistance beaucoup plus vive. La première de ces deux colonnes, après avoir enlevé Monteolmo, s'y trouve bientôt attaquée et si dangereusement compromise qu'elle va être écrasée lorsqu'elle est enfin secourue ; Lucotte luimême, après avoir concentré toutes ses forces, doit se faire jour à la baïonnette. Les leçons de Lahoz ont porté leurs fruits, et l'on peut se demander si devant les progrès de ses troupes la position de Macerata sera assez forte pour compenser l'infériorité numérique de ses défenseurs. Mais il arrive que la batai|le n'a pas lieu; sans combattre, Lucotte doit évacuer ses positions :

MONNIER A ANCÔNE b47

la perle inattendue de Fano, découvrant la droite de Monnier, le contraint à la retraite'.

Le 27 juillet, en effet, pour la troisième fois, la malheureuse ville de Fano était attaquée par les rebelles ; dix-sept barques canonnières, protégées par des frégates et des bâtiments légers, mouillaient devant le port et le couvraient d'obus, tandis que d'autres embarcations s'embossaient à l'embouchure du Métaure et que deux escadrons et un corps nombreux d'insurgés occupaient la route d'Ancône afin d'intercepter la venue des renforts. Trois assauts furent vigoureusement repoussés par la garnison, mais ils épuisèrent toutes les munitions dont elle était pourvue. Lorsque Monnier parvint à Mondolfo avec l'espérance de soutenir Chevalier, il aperçut, sur la plus haute tour de la ville, le drapeau blanc; le chef de brigade d'artillerie, Alix, avait été envoyée en parlementaire au camp de Voinovitch, qui le retint prisonnier contre le droit de la guerre. Une autre fois, du reste, ce même Voinovitch devait encore manquer à sa parole : au lieu de renvoyer en France, ainsi qu'il l'avait promis, le commandant Chevalier et ses quatre cents braves, il les retint captifs et les fit filer sur Venise^ (28 juillet).

Fano pris, sa droite découverte, la ligne de défense de Monnier tombait d'elle-même. Il la reporta en arrière avec beaucoup de décision sur Camurano, Osimo, Jesi et Fiumicino, à l'embouchure de l'Esino; il abandonnait, sans combat, Senegallia et Macerata, mais la faiblesse de ses effectifs lui prescrivait cette mesure. On le vit bien les jours suivants : après huit jours de combat, il dut abandonner encore sa nouvelle ligne de défense, trop étendue encore pour ses bataillons amaigris. Si, le 2 août, l'aide de camp Madier repoussait d'Jési les soldats de Vanni, les bandes romanioles, renforcées des troupes esclavonnes, turques et russes

i. Mangouiit, 1, 206.

Page 1