Id., I
l'ingénieur briche 549
lins à bras pour les forts, fournissant 7 à 800 livres de farine en vingt-quatre heures et deux grands moulins à mécanique pour la ville, et il transforme en meules les colonnes de granit qu'il trouve dans la cathédrale. Son ingéniosité lui inspire d'autres projets. La ville manque de numéraire ; il s'improvise fondeur, construit un fourneau à réverbère et convertit en bajoques les vieux canons hors d'usage. Les mortiers de la place, usés par un tir continuel, viennent à crever; Briche trace les plans de trois mortiers, à chambre conique, à la gomère, coule dans le sable ces mortiers et leurs crapaux en bronze et les essaye sur les assiégeants à leur grand étonnement et pour leur grand dommage. Voici que la poudre manque à son tour, et le salpêtre est si rare que le gouvernement papal en a dû abandonner l'exploitation. Briche ne désespère pas d'en fabriquer; il établit deux vastes ateliers de filtration dans un couvent supprimé ; les eaux passent des batteries dans les chaudières, déposent de superbes cristaux, et l'on raffine bientôt, d'après les procédés de Chaptal, un salpêtre de première qualité': et la garnison, bien munie de poudre, peut tenir tôte à l'ennemi.
Monnier a raffermi son courage par une proclamation énergique : « J'ai juré, dit-il, de sauver la division « d'Ancône, et j'appuie mon serment sur votre intré- « pidité, votre discipline et votre confiance. Nous avons « de terribles moyens de défense, nous avons des vivres « et nous sommes Français. » En môme temps, et tandis que Lahoz couvre prudemment son camp d'abatis et de redoutes, Monnier creuse un fossé le long du rempart depuis la citadelle jusqu'au fort du Capucin, qu'il entoure d'une chemise de gazon. 11 y installe la 8* et le 55" aux ordres de Lucotte; il confie aux Cisalpins de Pino le Monte Cardetto ; à Gazan et à
1. Mangourit, II, 60, 62. Le Couturier, l'i. Notez que le commissaire Martin dirige la fabrication d'une eau-de-vie davoine, qu'on distribue chaque jour aux troupes (Mangourit, II, 58).
quatre compagnies de la 16% il donne la citadelle en garde; il place le lazaret sous le commandement de Ouérin-Sercilli, la porte de France et la porte Inirine JE sous le commandement de Gravier et de Madier, Le ™ <lemi-bataillon de droite de la 16" reste dans l'intérieur de la ville ; les gardes avancées sont confiés aux plus jlj intrépides soldats de tous les corps formés en Colonne infernale : « On appelait leur brevet provisoire des « condamnations à mort, car le général les donnait « moins comme une récompense des belles actions déjà « faites que comme un encouragement à en faire des « plus belles encore ^ » Monnier ne s'en lient pas là; il construit un chébek, des bateaux plats et des chaloupes canonnières afin d'éloigner les vingt-deux bâtiments autrichiens qui bloquent la rade ; il veille à ce que les hôpitaux soient les premiers fournis; il institue un comité de fraternité^ présidé par Mangourit, qui ouvre une souscription pour donner aux convalescents et aux blessés, en outre des «douceurs*» qu'ils aiment, des souliers et des chemises.
Cependant après les premiers travaux d'approche, les attaques ont commencé ; une grande batterie élevée par Lahoz à 600 toises de la place a changé la citadelle en un monceau de décombres que Gazan, du reste, n'entend pas abandonner : « Mon devoir est d'y <( coucher, dit-il, en dépit de ces coquins, et j'ycouche- « rai. » Le bombardement qui, chaque nuit, trouble la ville, ne l'émeut pas plus que la garnison. Le 18 et le 27 août, une tentative que fait Lahoz pour s'établir sur le mont Galéas aboutit au plus piteux échec : sa gauche est enfoncée et son centre poursuivi par Palombini et de Coquerel, jusqu'au pied de la grande redoute. Le 12 septembre, il est plus malheureux encore ; il a fait
1. Le Couturier, p. 30,31. Le 62» et les Romains occupaient le Lazaret. La Colonne infernale bivouaquait au faubourg Farine; elle était principalement constituée par les carabiniers de la lli", autrefois les chasseurs de Roussillon (Le Couturier, 7"2). Le tambour de la Colonne infernale Jean-Louis battait la charge , delà main droite, en tenant son pistolet de la main gauche.