PROJETS DE BONAPARTE
Augereau : « Ce n'est qu'avec de la sagesse et une modé- (( ration de pensée qu'on peut asseoir d'une manière (( stable le bonheur de la patrie •. » Quelques semaines auparavant Grégoire lui écrivait : Au milieu de vos triomphes^ il vous reste une gloire nouvelle à recueillir : c'est de concourir à éteindre les divisions religieuses ou plutôt antireligieuses qui déchirent la République-.
Le pape était contraint de répondre pacifiquement à la politique pacifique de Bonaparte et du Directoire. L'effort qu'avait fait l'Etat romain n'avait abouti qu'à la défaite de Faenza et à la capitulation de Tolentino; l'expérience était faite, si tant est qu'on eût besoin de la faire ; entre Rome et Paris, la lutte armée n'était pas possible '^ Il se trouvait qu'au même moment il fallait que Rome renonçât encore au concours des catholiques de France et de l'empereur d'Allemagne. Les progrès de ceux-là avaient ranimé leurs adversaires, et la confusion qui mêlait peu à peu les deux idées de catholicisme et de monarchie allait assurer leur ruine. Que des rapports se fussent établis entre les chefs du catholicisme français, c'est-à-dire les députés catholiques des conseils et la Papauté romaine, c'est ce qu'invite à penser le fait de la révolution religieuse, conséquence de la Révolution française : c'est de plus ce qu'obligent à admettre deux documents inédits, qui
\. Cité par Sovel, Bonaparte et Hoche en 1797, 172, 173.
2. Jd., 168. Ses rapports sont très froids avec les Directeurs frnctidoriens. Cf. entre autres sa lettre du 10 octobre 1797 {Corr., III, 494). Sur la pacification reHgieuse, cf. Journal du Concile national de France, tenu à Paris, le 15 août 1797. De ces faits, je crois devoir rapprocher un très curieux passage de Sala (Diario, I, 23Ô, 236, 29 mai 1798). Peu de temps avant l'invasion cisalpine et la mort de Duphot, Bonaparte se trouvant à Milan manifesta son désir à l'envoyé pontifical Gorirossi que Rome reconnut l'Eglise constitutionnelle. L'affaire "fut étudiée par la congrégation composée d'Albani, de Gerdil, d'Antonelli et de Mi^ di Pietro : les discussions durèrent un mois; on transmit à Bonaparte une réponse négative. Celui-ci pourtant, lors de son passage à Paris, en reparla à Massimi : il demanda qu'un cardinal, moins inflexible qu'Antonelli, s'occupât de la question: le Saint-Siège désirait qu'un négociateur français vînt à Rome, afin de traiter avec Doria. Gerdil et di Pietro. Sur ces négociations problématiques de novembre 1797, je n'ai trouvé aucun autre texte: la correspondance diplomatique est muette à cet endroit. Il est pourtant difficile d'admettre que l'information de Sala soit en l'air. Avis aux chercheurs.
3. Rapport de Gilly à Pellegrin, 11 thermidor {Archivio, 31): « Le traité de Tolentino est un frein qu'elle ronge, ne pouvant le briser. » Cf. le Mémoire de Massimo au Directoire : « Le soin de sa propre conservation faisait à la Cour de Rome un devoir de maintenir la bonne harmonie entre elle et la France (11 janvier 1798. Aff. étrang. Cooresp., Rome).