RÔLE DE JOSEPH A ROME
qu'il obtient de lui de s'occuper de la question romaine : les dispositions très explicites de l'arrêté du 6 prairial V, confirmé en maintes circonstances, et notamment le 19 vendémiaire VI •, lui donnent la haute main dans cette affaire. La lettre qu'il écrit, le 3 août, aux ministres du pape, leur démontre qu'il leur est aisé de se rapprocher de la France et laisse clairement deviner qu'il souhaite ce rapprochement. Une brochure curieuse, parue à Venise à cette époque, atteste le même souci. « Ton armée est aux portes de Rome», lui dit-on, « pourquoi ne daignes-tu pas y entrer? « Alexandre, en Phrygie, alla pleurer sur le tombeau « d'Achille; les cendres de Junius Brutus méritaient « bien un hommage de Bonaparte... Bonaparte fait la « guerre aux statues et, dans ses lettres, baise les san- « dates d'un vieil augure... Peuples italiques, ne vous « hâtez pas de proclamer Bonaparte votre libérateur... « Bonaparte ! ou tu ne devais pas commencer le grand « œuvre de la régénération politique de l'Italie, ou tu « devais achever ton ouvrage. » La brochure- est datée de l'an VI ; elle est donc postérieure au 21 septembre 1797 ; elle ne contient pas une allusion à Duphot; elle est donc antérieure au 28 décembre de cette même année; entre ces deux dates, Bonaparte était aussi « romain » qu'au moment de Tolentino. Et comment s'en étonner : n'est-ce pas alors qu'il dit à Miot, en quittant l'Italie : « Je ne puis plus obéir; j'ai « goûté du gouvernement, et je ne saurais y renoncer. « Mon parti est pris ; si je ne puis être le maître, je « quitterai la France'^ » ; n'est-ce pas alors qu'il modère les fructidoriens tout enivrés de leur victoire. « De « l'énergie sans fanatisme, dit-il aux Directeurs, des « principes sans démagogie », et il écrit de même à
1. Joseph avait l'ordre de suivre les indications que lui donnerait son frère {Mémoire au Directoire exéc. sur la conduite des agents politiques du gouvernement français en Italie. Aff. étrang. Mém. Doc, Xll, 171).
2. Elle est intitulée : Correctif à la gloire de Bonaparte ou lettre à ce général. Elle est signée P. S. M. l'H., s. d.