‹ Le regime jacobin en ItalieChapitre 60 sur 579 · CAMILLE JORDAN · texte numérisé non relu

CAMILLE JORDAN

Cette lettre permet d'en supposer d'autres : elle s'explique par cette révolution religieuse dont jo parlais tout à l'heure ; elle en illustre les commencements encore obscurs. A la place du roi très chrétien disparu^ était-il possible que les catholiques de France ne s'occupassent pas eiix-7nêmes des destinées de leur Eglise et de ses rapports avec l'Etat ; était-il possible qu'ils ne se missent pas ainsi en rapports directs avec la cour de Rome ? Joseph savait le contraire ; dans la lettre qu'il adresse au ministre des Relations extérieures, le 2 vendémiaire VI (23 septembre 1797), il dit que le Pape croit exercer une influence en France par l'intermédiaire du Parti de la Religion de nos Pèrei> ^ ; et la même attestation se retrouve dans un mémoire de janvier 1798 sur les attentais de Rome jugés par les agents des puissances de l'Europe ; on y lit que « la congré- « gation a... correspondu avec le député Jourdan [sic) « lors de l'histoire des cloches- ». Le fait est donc bien constaté : des rapports réguliers se sont établis entre Rome et les catholiques français. On comprend mieux alors le coup d'Etat dont ceux-ci sont les victimes, le 4 septembre (18 fructidor) ; les élections sont cassées^ Barthélémy et Garnot déportés... « Cette nouvelle a « produit une sensation très forte », écrit Joseph à Talleyrand, le 23...; le « gouvernement m'a proposé « une conciliation pour les matières de religion et une « exhortation du pape à tous les Français prêtres catho- « liques pour la question de la déclaration que le Corps « législatif pourra exiger d'eux ». Pie VI se ressouvient du conseil de Jordan; mais il est trop tard; quoi qu'il continue de faire fond sur eux, les catholiques de France sont brisés.

Un mois et demi après, une autre arme se brise dans ses mains. L'Europe paraît prête à désarmer, à Rastadt, et l'Autriche vaincue pose les armes à Campo-

\. Aff. étrang. Corresp., Rome, 1 vendém. VI. 2. Aff. étrang. Corresp., janvier 1798.

COUP d'état contre les catholiques 57

Formio, le 17 octobre 1797. Si elle compte, aussi bien que le Directoire, remanier les clauses du traité, restaurer sa domination en Italie, rétablir sa prépondérance en Allemagne, elle ne peut, avant quelques mois, rouvrir la lutte; il lui faut quelque temps pour que sa diplomatie noue des alliances, pour que son armée réorganise ses cadres et instruise ses recrues. Du reste, à l'époque même où elle rentrera en scène, comment espérer son appui ; si Cobenzl insiste, à Rastadt, en laveur du pouvoir temporel, il entend « décharger » le pape des légations, pour lui faciliter les moyens de garder le reste; et l'on devine qu'il se « chargera » de ces provinces ; et c'est précisément l'objet de la mission de Bernadotte de signifier à Vienne que la France ne le permettra pas. Si Pie VI doit aussi peu compter sur la catholique Autriche, il ne peut plus faire aucun fond sur la catholique Espagne ; que ne donnerait-elle pas pour recueillir son héritage? On sait du reste qu'elle est alliée au cabinet de Paris. Rien à attendre non plus de la Prusse protestante, défiante, avide, ni de l'Angleterre, malgré sa haine contre la France; en 1795, Pie VI a bien pu, par l'intermédiaire de Hippisley, établir avec elle des relations régulières, accréditer M*"" Erskine à Londres, faire abroger quelques lois dirigées contre les catholiques, assurer le libre exercice du culte et créer quelques séminaires ^ l'Angleterre reste antipapiste dans les moelles, et elle attend, anxieuse, ce que la France tentera contre elle. Reste à Pie VI l'alliance possible de la cour traîtresse de Naples'; mais quelle en est l'efficacité? les armées de Ferdinand seront-elles plus heureuses que celles de la coalition réunies?

Pie VI incline donc à la paix, comme le Directoire et comme Bonaparte. La coterie impériale que dirige,

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