LXXXVIII
SOCIETE ROYALE DU CANADA
la mère-patrie; ils ne s^étaient rien réservé, — et le jour néfaste qu'ils craignaient tant, mais prévu par la Cour, arriva dans toute sa laideur: et la France répudia sa dette. (Le juge Georges Baby.)
^^Les Américains exigèrent (1778) que Louis XVI renonçât d'avance à recouvrer le Canada; à ce prix ils lui feraient la grâce d'accepter son alliance. Il eut l'inconcevable désintéressement d'y consentir et brisa à tout jamais les espérances de Français qui brûlaient d'être rendus à leur patrie." (Emile Keller: Histoire de France.) Les Français en question c'était les Canadiens. Il n'est pas du tout prouvé que nos gens eussent généralement le désir de revoir ici le drapeau français. On connaît les scènes qui se sont passées en 1775 lorsque certains seigneurs voulurent donner des ordres à leurs censitaires: il leur fut répondu que le pays n'était plus en esclavage comme du temps des Français. Trente ans plus tard, lorsque les Anglais proposèrent à l'assemblée législative de Québec la création d'une banque, les habitants crièrent contre ce qu'ils appelaient l'ancien régime : le règne du papier-monnaie, tant ils avaient gardé un souvenir pénible de l'administration française.
Ainsi donc nous venons d'avoir sous les yeux le tableau des premiers jours de la conquête et, certes, il n'est pas aussi sombre que l'imagination nous l'a représenté depuis cinquante ans, car la légende créée par Ducalvet et Crémazie ne date pas de plus loin. Ce qui a donné cours à cette croyance de sauvage domination, c'est principalement le souvenir de nos luttes parlementaires, à partir de 1796 et l'ébranlement de 1837. On était loin d'Amherst, Murray, Gage, Burton, Carleton; les esprits s'échauffaient au milieu des combats de la politique; le pamphlet de Ducalvet était remis au jour; Crémazie inventa le Canadien pleurant l'absence du régime français — et nous avons cru tout cela. De cette manière se forment les légendes. L'histoire parle après vérification des faits, parce qu'elle est une science et veut savoir avant que de juger. J'ajoute qu'elle a le courage de dire ce qu'elle sait.