‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 2)Chapitre 22 sur 184 · DOUCEUR. BIENFAITS A TOUS · texte numérisé non relu

DOUCEUR. BIENFAITS A TOUS

« Si tu veux être entouré d'affection, n'éloigne pas de toi celui que tu approches ; » parle-lui seul à seul, afln de ne pas paralyser ses moyens. Discute avec lui après lui » avoir laissé le temps de bien se pénétrer de ce qu'il a à dire. S'il l'ait montre de fai- » blesse et te donne occasion de l'humilier, témoigne-lui plutôt de la douceur et ne » prends pas un visage contracté * . »

Plus volontiers même admet-il un geste d'impatience qu'une parole emportée, il prélude au « Frappe mais écoute » de Thémistocle, par cette formule moins laconique mais de fond analogue : « Lève la canne, mais retiens la parole » -. L'auteur des maximes du papyrus de Boulaq constate à son tour les résultats heureux de la douceur : « Si tes discours conciliants sont » pour le mieux, les cœurs inclinent à les recevoir » ^ Préfèret-on consulter l'expérience, qu'on écoute ce que la sienne dicte à Zodkhonsou :

« J'ai purifié ma bouche pour discuter avec qui me discute. — Ma bienveillance trans- » forme mes ennemis en amis, — ayant pris garde à ma bouche, travaillé de la tête : — » en réphquant je n'aime pas une chose mauvaise. — ... Ayant purifié ma bouche pour » discuter, mes amis s'en sont augmentés en quantité *. »

Pour mériter l'amour de tous et s'entendre appeler « l'ami des » hommes », on se montre bon pour tous. N'y a-t-il pas lieu toutefois de distinguer? On aime d'abord sa famille, c'est tout naturel, mais insuffisant; car, comme dit un moraliste du P'" siècle de notre ère, « on ne mérite pas miséricorde parce qu'on est généreux seule- » ment pour ses fils » ^ On étend donc de proche en proche cet amour et les services qui s'ensuivent. Le voisinage ®, la cohabitation créent des contacts perpétuels qui exercent la vertu et prouvent la sympathie mutuelle. Dans la maison, les propriétés, les exploitations rurales, vivent pour les grands et par eux des inférieurs

1 Ptah-Hotpou, Préceptes (Pap. Prisse, xiv, 6-10; cf. Loret, R. Tr., XIV, 112). — Cf. 1 16 (infra, p. 486) et /nstructions au vizir (infra, p. 483).

2 I'tah-Hotpou, Préceptes (Pap. Prisse, xiu, 2).

3 Ani, Maximes (Pap. moral de Boulaq, xu, 9-10 : Amélineau, | 61, p. 201).

* Stat. de Zod-Khonsou-aoufànkh à Louqsor, 1. 4, 10-11, xxu« d. (R. Tr., XVI, 58).

ô Phib-ef-hor, Sentences (Pap. moral dém. Leide, ch. vi, 16-17 : Revillout, J. As., 1905, p. 200).

6 Ourkouou, v« d., « féal à l'égard de ceux qui sont avec lui » : amkhu kher ntu hnâ-f (L. D., II, 43; supra, p. 473, n. 2) — « J'étais un homme qui fit l'amour de mon père, » l'honneur de ma mère, la joie de mes frères, l'amitié de mes voisins, khnum hnu-f. » St. du Caire (Brugsch, Dict., p. 904). — « Je fus maître de maison pour mes voisins, neb pi henu » Zémâït (Louvre G 117 ; Pierret, Rec, II, 12; Piehl, /. H., pi. 24, p. 29).

de toute sorte et de tout nom, serviteurs \ esclaves^, serfs, paysans, etc., qu'il faut aimer et traiter avec bonté. Aussi un grand prêtre d'Amon fut-il « un bon père pour ses serfs ^ faisant exister » leur génération, donnant la main à ceux qui étaient malheu- » reux, faisant vivre ceux qui étaient pauvres. » Un nomarque a « satisfait ses paysans » ^ ; im gouverneur a « gardé ses pay- » sans "% car il fut bon chef de sa ville. » La vie des champs a bien des misères et même des dangers : aussi, à l'instar du roi, un grand protège les cultivateurs contre les pillards ^ et « écarte la » destruction des champs » ^ . Les devoirs s'accroissent en même temps que l'autorité. Le chef d'une ville ou d'une province se doit à tous ses administrés. 11 aime sa ville ^ ou son nome ; il travaille pour eux, il les sert et les rend prospère.

Téfabi a hérité de la popularité de son père : il l'explique car il a hérité aussi de ses vertus :

« J'ai été le généreux qui a donné à tout le monde... ; j'ai été le sage en ses desseins, » utile à sa ville... Ainsi j'agrandis Siout... et quand mon fils vint en ma place, ses habi- » tants lui marquèrent leur zèle ; il régna en homme équitable, et l'État se réjouit de lui » et pense bien de lui. Car tout noble qui lait le bien aux gens et qui passe en le taisant, » il est le premier en honneur au tombeau ; son fils est en la place de son père ; sa » mémoire est bonne dans l'État ; et les enfants de sa maison rendent un culte à sa sta- » tue s. »

Ainsi pense-t-on à l'aurore de l'empire thébain, ainsi parle-t-on encore aux temps saites.Un fonctionnaire de Psammitik,le prince Hor-ar-àà, remémore ainsi ses mérites et sa philanthropie :

« J'ai été les déhces {snosem hâti) des hommes et la joie des dieux..., celui qui pour- » voit au bonheur de sa ville et à la perfection de son nome..., celui qui ouvre le poing, » qui est large de récompenses, qui fait du bien aux êtres sans être arrêté par per- » sonne..., celui que tous les nobles apprécient et qui agit splendidement [ar khouou) » vis-à-vis des hommes... ; son souvenir est parlait dans la bouche des vivants!". »

' Bokou : Ourkhouou, vi« d., ?/ieri n bokou-f (supra, p. 473, n. 2).

2 Honou : Za-ba-neb-didou-namou, xxvii" d. : « G vivants, amis de vos esclaves » mei^tten honou-ten (Stat. de Mendès, Berlin, 280 a; Piehl, ^. Z.,4887, 123).

3 Samdotou : Boknikhonsou, xix« d. (Statue, Munich : Devkri.4, B. Eg., IV, p. 286).

■4 Mei-at/ou : Téfabi, w d. (Tombe 4 à Siout : de Rougé, /. H., pi. 292, 1. S; Mariette, M.D., pi. 69, p. 22; Griffith, Siut, pi. 11).

5 Anonyme (Mahiette, Abi/dos, III, p. 97, n» 545).

6 Antef, Louvre G 20, 1. 17.

7 Kemnefhorbeka, xxx" d. (Piehl, /. //., pi. 89, p. 15).

8 Amoni, supra, p. 474, n. 2.

9 Téfabi, 1. U-U (Mariette, M. D.. pi. 69, p. 22; etc.).

10 Mariette, M. Z>.,29 a (Piehl, ^. Z., 1887, 120-122).

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