BONTÉ, VERTU
On se fera aimer en aimant soi-même et en «'inspirant de cet amour dans sa conduite. On se fera aimer en pratiquant la vertu sous toutes ses formes. On se fera aimer de tous en faisant le bien à tous.
La vertu, ma, attire l'estime et la reconnaissance ; qu'elle se manifeste par la parole comme vérité, ou par les actes comme justice, elle plaît aux dieux et aux hommes. Ourkhouou, sortant de ce monde « où il a dit la vérité et fait la justice », demande à sa postérité de lui rendre ce témoignage : « C'est le bien qu'il a » fait^ » D'autres proclament : « J'ai dit la vérité, amie de Dieu, » chaque jour- », ou « J'ai fait la justice que Dieu aime »^ On voudra dire au moins : « Je suis un juste » *, ou « J'ai possédé la » vertu » ^
C'est par le cœur qu'on gagne les cœurs, par la bonté qu'on se concilie l'affection. C'est pourquoi Horarââ « détourne son visage » de celui qui n'a pas de cœur » ^. Au contraire, s'agit-il d'un homme généreux, « on dit de lui : Qu'y a-t-il en fait de cœur » de plus grand que sa bienfaisance ? » ^. On célèbre « le cœur » bienfaisant jusqu'au terme de son existence », et « dont le » souvenir est étabh à cause de ses bienfaits » ^, ou celui « dont » la bonté est comparable à l'eau des deux mondes » ^
La douceur doit conquérir le monde. Phib-ef-hor rend peut-être un écho du Beaii mites de TÉvangile par cette maxime : « Celui » qui est doux et dont la nature est bonne fera sa félicité lui-
1 Ourkhouou, v d. (L., D., II, 43 ; Maspero, B. Eg., II, 469).
2 II ajoute : « C'est le bien que j'ai dit aux frères royaux, jamais je n'ai dit calomnie » contre homme au monde par devant la Majesté de mon Seigneur. » Samnofir à Gizéh, v« d. (L. D., II, 81; Maspero, B. Eg„ II. 469).
3 Anonyme (Daressy, Ostraca, p. 97, n" 25374).
* Anok meti dar sef. « Je suis équitable, je repousse le provocateur, je n'acquiesce » pas à la parole des méchants. » (Cône: Pierret, Voc, p. 517).
5 Germa (Stèle 32, Vestib. Boulaq : Brugsch. Dict. 1517); — geru md : Nebséni « pos- » sesseur de vérité, exempt de reproches, aimable pour tout le monde. » (Naville, Todt., p. ol).
6 Horaràà : Statue, Caire (Mariette, M. D., 29 a ; Piehl, M. Z., 1887, 120).
" Amonbésef, xvnp d. : nt-t m hdti n ddt n monkh-f (Louvre G 65 ; Devéria, B. Eg., V. 64).
^ Ilaroua, XYIII" : monkh hdti r sdrk hd (Louvre A 84 : Sharpe, Eg. In., II, 35 ; Devéria, B. Eg., Y, 310, n. 33).
9 Voyage d'un Égyptien (Pap. Anastasi I, xxvui, 6-7). Pourtant au début le scribe qualifiait son patron d' « humeur farouche » ou au moins « aventureuse » (Ibid., xxviii, 1).
» meme^ », ou dans cette autre : « La bonne destinée est réser- » vée à l'homme bon, à celui qui lui donne (au pauvre) son cœur » à lui-môme '-. » Mais bien des siècles avant sa naissance, on se louait d'être « doux de cœur » % et par là « ami des hommes »*, ou « palme (ou datte) d'amour pour les hommes » °. L'humeur pacifique assure la paix, ce bien fort envié depuis Ourkhouou, « qui a passé en paix » *^, jusqu'à Pét-harpokratès, « qui a aimé la » concorde et fui le trouble... car Dieu aime la paix et déteste la » discorde » ^ en passant par les Thébains invocateurs de Khonsou, « qui aimes les pacifiques », et de Thot, « maître des paci- » fiques », pour « obtenir leur paix » et « voir leur paix »^ On se fera aimer comme Montounsisou, si pas plus que lui on ne montre un « visage de crocodile », si on n'agit pas en caïman®.
Du cœur la douceur remonte aux lèvres et fait apprécier les ordres ou la conversation de Thomme « suave de bouche, doux » de langage » ^^\ de « celui dont la bouche est rafraîchissante » pour tout le monde » ", de « celui qui chasse le chagrin par » ses paroles et réduit au silence le fanfaron » ^^ de celui « par » les lèvres duquel jamais mal n'a passé » ^^ Les moralistes recommandent également l'aménité du langage. Le vieux sage Ptah-hotpou requiert des égards dans la discussion envers un contradicteur :
1 Phib-ep-Ror, Sentences , ch. vu, 52 (Pap.mor. dém.Leide : Revillout, 7. ^«.,1905, p. 215).
2 Ibid., ch. VI, 19 (p. 201).
3 Ouah hdti. — « Bon merveilleusement, de cœur doux, ami des hommes » : nofr batu, ouah hdti, merru remdu (Stèle 32, vestib. Boulaq : Brugsch,, Dict., 1517). — Antef « doux pour écouter les requêtes » : ouah hdti r sodm spru (Louvre G 26, 1. 16). — Cf. Montouhotpou « doux pour écouter les paroles » (1. 5 : Piehl, /. H., p. 10, n. 10).
* Haroua, xxvi" (supra, p. 472, n. 1).
5 Zémàït, fils d'Hor, akr bant mer nerau, basse ép. (Louvre G 117 : Pierret, Rec, 11,12 ; PiEHL, /. H., p. 29, pi. 24). — Zahô, fiis d'Ouahabrâ, banr mer, ép. ptol. (Daressv, R. Tr., XV, 133). — Amoni, 111s de Tekh, nebamt, banr mertu, xii» d. (Louvre G 172 : Sharpe, I, 82; Piehl, pi. xii, p. 16).
6 Ourkhouou, v» d. (L. D., 11,43; Sethe, Urk., I, 46).
7 Petharpekhroudi, basse ép. (Louvre G 232 : de Rougé, Not., p. 170; Pierret, Rec, 11,22; BRUtiscH, Dict., SuppL, 1,068).
8 St. de Paï et Nofrironpit, Turin, n» 299 et 218 (Maspero, R. Tr., II, 118 et 120).
9 Gf. supra, p. 471, n. 2.
10 Banr rô, nez zod (Ghadas, Mél., IV, 135).
11 Nebséni, kobh rô /cher bu neb (N.^. ville, Todt., p. 51).
12 Kemnel'-Horbcka, xxx« d. (Sarcoph. Turin : Piehl, /. //., pi. 89, p. 75). — Cf. Antef, Louvre G 26, 1. 7).
13 Zémâït, supra, n. 5.