‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 2)Chapitre 35 sur 184 · SUBSISTANCE AUX AFFAMÉS · texte numérisé non relu

SUBSISTANCE AUX AFFAMÉS

une place parmi les plaisirs de la vie, à la libéralité pour les meurt de (aim :

« Donne du pain à qui n'a pas de champ, et tu auras un bon nom pour toujours *. »

Enfin Phibefhor ressaisit la chaîne des anciens préceptes et la relie au christianisme, il renchérit sur ses devanciers ; il prône la charité qui non seulement prend de son superflu, mais sacrifie de son nécessaire :

» On n'est pas coupable seulement si on fait avoir faim à son prochain, mais si on ne » le fait pas vivre. — Que dos approvisionnements soient laissés pour les dons à tous les » hommes. — Bonne est la misère de celui qui est satisfait de rassasier (les autres) de la » nourriture qui est son surplus. — Bonne est la faim de celui qui sait rassasier ; la » honte ne lui parviendra pas 2. »

L'enseignement est constant. Aussi lison.s-nous fréquemment, sur les stèles funéraires, cette formule : « J'ai donné du pain à » Taffamé » ^ qui se retrouvera au Livre des Morts *. Les variantes abondent; par exemple : « Moi, j'ai donné du pain aux sans » pain^ », ou plus énergiquement encore, par une figure hardie : « Je fus le pain de Taffamé » ^ ou « la nourriture de l'abattu » ^ Plus explicitement d'autres, après : « J'ai donné du pain à Laf- » famé », ajoutent : « J'ai rassasié celui qui n'avait rien y>^; ou bien « Je fus l'eau de l'altéré » ®; ou « J'ai donné de l'eau à celui » qui avait soif » "^, « des viandes et de l'huile à celui qui en man- » quait »". Sous d'autres formes, la même idée s'affirme en ces mots : « J'ai fait vivre les hommes des biens de ma maison »*^

I Chant du harpiste, in fine (Maspero, B. Eg., VII, 406).

^ Sentences Ae Phibefhor, eh. vi, 16-17; eh. viii, 22 et 42-44 (/. As,, 1905, p. 200, 225, 232).

3 Rdu-nî tau n haker : Stèle de Khouou, f. d'Antouf, ix-xf d. (R. Tr., XI, 83) ; — Stèle d'Amonemhàït, f. d'Antouf, xii« d., Musée de Hanovre, n" 11 (R. Tr., XVII, 4) ; — Statue d'Haroua, xxiv« d. (Louvre A 84; Piehl, /. cit., 171) ; Anonyme (Dauessy, Ostraca, p. 97, n» 25,374).

* Livre des Morts, ch. cxxv, 1.

s Stèle de Pahâà Akhmim, ép. saïte (Bourunt, M. M. C, I, 374).

* Stèle de Pétharpekhrodi, ép. S. (Dûmichen, Kalendar. Inscr., pi. 42 ; Bergmann, H. /., pi. vi-vii; trad. Chab.^s, /E. Z., 1869, p. 42-43 = B. Eg., XII, 52),

7 stèle de Montounsisou, I. 11 (Louvre G 1 ; 5. Eg., VII, 158).

8 St. de Nakht-Khem, xvm« d. (Louvre C 55 : Piehl, /. H., pi. 9, p. 12).

9 Stèle de Pét-Harpekhrodi (supra, n. 6).

10 Stèle de Pesnozemhàtiuach, Akhmim, ép. S. (Bouriant, jV. M. C, I, 377); — Stèle d'Horaràâ (Mariette, Mon. div., 29 a, 3; Piehl, JE. Z., 1887, 122).

II Inscr. de Rekhmarâ (Newberry, Life of R., pi. vu, 1. 22). i^Sarc. de Pnohemisit (Bergmann, p. 11).

« J'ai fait vivre les pauvres » '. « Palmier qui fait vivre tous » les gens » '.

L'assistance aux pauvres et indigents se bornait-elle à des distributions sportulaires à la porte des riches ? Ou bien l'Egypte, terre bénie des scribes, a-t-elle connu quelque organisation rudimentaire analogue à l'inscription des bureaux de bienfaisance ou à une caisse corporative d'assistance mutuelle? On serait tenté de le croire en relevant dans les papyrus du moyen empire au Fayoum l'expression de « pauvresses des carriers du canton » nord » appliquée à une veuve et à des enfants d'ouvriers^, puis en retrouvant celle de « pauvresse de la ville » au temps des Ramessides '*, en voyant noter, parmi des comptes du Ramesséum, des pains distribués aux pauvres de Paasir ^, en découvrant même l'exemple d'un employé pensionné pour infirmités ^,

En tout cas, tout administrateur de ville ou de nome considère comme le premier de ses devoirs de ne laisser périr de misère aucun de ses subordonnés ^ Dès l'ancien empire, le baron Henkou a été le bienfaiteur de son nome : il « a donné des aliments à tout » affamé de Douf, élevant des digues pour les gros bestiaux, ou- » vrant des bassins pour les petits bestiaux S). Montounsisou, gouverneur de Thèbes, sous la xii^ dynastie se dit « la nourrice » des enfants, le pain des affligés, qui jamais ne fit défaut à la » ville du midi » ^ Un gouverneur du nome Panopolite aux premiers temps de l'ancien empire Thébain, Antouf fils de Bouta, résume ainsi l'histoire de son administration :

1 Sdnkh ket : Stèle d'Hor, fils d'Arit-Horou, ép. S. (Louvre C 112 : Pierret, Rec. II, 53 ; PiEHL, Inscr. II, p. 21). — Cf. Boknikhonsou, [supra, p. 478, n. 3).

2 Statue de Zahô fils d'Ouahabrâ, 1. 2, ép. Gr. (Caire : Daressy, R. Tr., XV, 152).

3 Pap. hiérat. de Kahoun (Griffith, pi. xi, 1. 1-7, p. 19-23; Maspero, B. Eg., VIII, 427-431).

''(Mariette. Abydos, Ca^, 854; Max Muller, ^. Z., 1888, 89, n. 1), — Cl", infra, p. 509, n. 2.

s Comptes : Pap. de Leyde I, 350, v. 8 (Spiegelberg, R. Tr., XVII, 160).

6 Pap. Anastasi IV, xix» d. (Maspero, Notes, % 8 ; Pr. S.B.Â., 1890-91, p. 423-426 ,H. 0., I, 287, n. 2).

7 Un anonyme se vante d'avoir nourri sa « ville, une année de disette, par amour, et » garde ses paysans, car il l'ut un bon chef de sa ville » (Mariette, Abydos, Cat., p. 97, n» 544-546).

8 Tombeau de Henkou à Déir-el-Gebrawi, 1. 11-12 (Davies, D. el G.. III, 24; Sethe, Urk., I, 77).

9 Stèle de Montounsisou, xu« d. (Louvre G 1 : Maspero, B. Eg., VII, 158 ; //. 0., I, 338),

Page 1