‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 2)Chapitre 34 sur 184 · AIDE AUX MALHEUREUX · texte numérisé non relu

AIDE AUX MALHEUREUX

De grands personnages, comme Montouhotpou et Sehotpou-ab-Râ, se rendent ce témoignage : « Il n'y eu pas un petit qui fut misé- » rable en mon temps » *. Le prince Amoni donnait à tous « sans » distinction entre le grand et le petit en tout ce qu'il donna » -. Amonemhâït était « le père des petites gens » ^ ; Montounsisou, « l'avocat des petits » *.

Au temps du second empire thébain, on se décerne des compliments analogues. Sobkou d'El-Kab se vante d'avoir « agi en » frère des vieillards », en père des malheureux, sans « inspirer de » haine à personne » ^ Anna rappelle « son amour pour les petits » '^. Amonemhâït se fait un mérite d'avoir, « agissant en vizir fort, sauvé » les misérables avec les puissants, protégé les veuves et les indi- » gents » \ Le grand-prêtre d'Amon Boknikhonsou se dit « celui » qui énonce la justice,... qui donneladouceur (au cœur), qui tend » la main au malheureux ; dont les bras agissent pour le bien » chaque jour » ^

Au temps de l'empire saïte, les malheurs publics ont multipHé les misères privées, et rendu plus nécessaires la compassion et la bienfaisance ; la renaissance du pays n'a pas tari la source des sentiments charitables. On en trouve de belles expressions dans l'inscription du sarcophage d'Ounnofri, fils de Néftis :

« Je suis l'appui inébranlable de qui est dans le besoin, vers qui se rejette tout le » monde... Je suis le noble bienfaisant... Je suis celui dont la main est toujours ouverte » à qui n'a rien, sans que mon cœur ait jamais dit : « j'ai déjà donné 9. »

Le baron Haroua se comptait à diversifier l'éloge de sa charité :

1 An nezesmar m ha-i. Stèle de Montouhotpou, 1. 10 (Mariette, Ahydos, III, n" 617; Griffith, Pr. S. B. A., 1896, 202). Cf. Sehotpou-ab-Râ (M.^riette, Abydos, n» 670; Maspero, Guide, n° 125).

2 Hypogée d'Amoni à Béni-Hassan (L. D., 122; R. Tr., I, 174).

3 Atef n nehm, Amonemhâït, fils d'Antef, xu» d. St. de Hanovre n" 11 [R. Tr., XVII, 4); Sobkou d'El-Kab (L. D., III, 13 c; cf. infra, n. 5).

^ Noum n «e/tmoM, Montounsisou, xn^ d., Louvre G 1 (Maspero, B. Eg., VII, 158; H. Or., I, 338).

5 Sobkou, El-Kab, tomb. n" 10 (L. D., III, 13 c; Dûmichen, Felsentempel von Abu- Simbel, p. 25 sqq.; Pierret, Rec, I, p. 41).

« Stèle d'Anna (Bouriant, R. Tr., XIV, 73; Sethe, Urk., IV, 62; Boussac, M.3I.C.,X\IU).

7 St. d'A[monem]hàit, xvni" d., à Gheik-Abd-el-Gournah (Piehl, jE. Z., 1883, 132).

8 Statue de Boknikhonsou (Devéria, p. 2).

9 Sarcophage d'Ounnofri (Mariette, M. D., pi. 59, p. 19).

« Doux de parole, il fut gracieux envers le grand et le petit, rassérénait le visage du » craintif... ; gracieux de main (libéral), il approvisionnait les hommes, et apaisait l'indi- » gent en sa misère.... Il donnait le nécessaire à qui ne l'avait pas; il réconfortait le » misérable dans sa ville.... Son souvenir est établi à cause de ses bienfaits; son double » affermi à cause de sa bonté.... Il donnait des richesses au misérable, des provisions à » qui avait la main vide, des trésors à qui n'avait rien.... Le double pays sait ses bienfaits : » il consolait l'afiligé, montait l'eau en abondance à qui résidait dans la tombe.... Il » donnait du pain à l'atramô, un vêtement au nu ; il chassait la maladie, détruisait la » saleté (?) ; ensevelissait les féaux, servait d'appui aux vieillards, et chassait le cha- » grin du pauvre *. »

De tous les devoirs du puissant, le plus impérieux est d'assurer la vie de tous. Mais, entre toutes les œuvres de bienfaisance, la plus urgente et la plus commune est de donner à manger aux indigents. C'est une honte que de se détourner du pauvre sans le secourir, de « se voiler la face devant Talfamé » ^ .

A toute époque, les moralistes ont observé des exemples et tiré de Texpérience des leçons charitables. Ptah-hotpou constate que les petites gens ne vivent que de la bonté du grand. C'est « au- » près de lui qu'ils trouvent leurs provisions de bouche » ; c'est aussi « de ses cadeaux qu'ils couvrent leur dos » ; c'est enfin parce qu' « il étend sa main bienfaisante » que « pour eux le bien » s'ajoute au bien » ^ L'administrateur qui laisserait mourir de faim ses administrés serait un incapable ou un méchant homme*. Le cœur dur qui ne sympathise pas aux souffrances ne mérite aucune estime : le peuple lui tient rancune ; le sage le taxe d'imprévoyance ; le ciel prépare son châtiment. L'émule thébain de Ptah-hotpou fait ressortir Tinstabilité de la fortune, et, poussant à redouter la loi du talion ou à escompter celle de la réciprocité des services, il recommande la générosité au riche :

« Ne mange pas le pain pendant qu'un autre reste debout, sans que tu étendes ta » main pour lui vers le pain... L'un est riche, l'autre mendiant; et les pains sont stables » pour celui qui agit charitablement s. »

Le harpiste de Nofrihotpou, dans son chant sceptique, accorde

< Stat. d'Haroua, xxvi« d. (Louvre A 24 : Sharpb, Eg. In., II, 35: Piehl, J. As., 1881, 159-178).

2 Hebes r heqer.

3 Ptah-hotpou, Préceptes, % 27 (Pap. Prisse, xii, 10-13). * Cf. infra, ch. xiii, p. 536 : lettre de Pentaoïir.

6 Ani, Ma.vimes (Pap. Boulaq 4, xxi, 3-6 : Chabas, § 38, II, p. 54-58 ; Amélineau, | 41).

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