CULTURE, ÉLEVAGE, GRENIER, COMMERCE
« J'ai ramassé du blé. Aimant le Bon Dieu (ou le dieu Épi, Nofri), j'ai été attentif à » l'époque de la semaille. Lorsqu'une famine éclata, en beaucoup d'années, j'ai donné du » blé à la ville pendant chaque famine. »
C'est le procédé de Joseph et l'on a fait remarquer que Baba pouvait bien être à peu près le contemporain du patriarche'. Sous la xxn® dynastie, Zodkhonsou se vante de services analogues :
« Je suis fort pour distribuer les grains des Thébains, faisant subsister les pauvres de » ma ville. Je ne me rebute pas du manque de récompense (ou de gratitude) 2. »
Le dernier trait montre que la tâche n'était pas toujours facile ni agréable, et c'est bien ce que confirme le procès-verbal d'une grève causée par l'irrégularité des distributions de blé aux travailleurs ^ Tout à fait au crépuscule de la monarchie nationale, le nomarque de Tanis, Zaho, exprmie toujours les mêmes préoccupations. Petit-fils d'un autre Zaho qui s'intitulait « palmier » qui fait vivre les gens » \ celui-ci fait valoir la vigilance et l'équité de son administration. Sous lui marchaient à merveille tous les services, finances, police, irrigation. C'est à l'exactitude de ce dernier service qu'il rattache l'idée traditionnelle de bienfaisance : « L'eau est dans ma ville quand les deux terres en » manquent. Je fais vivre Tafîamé dans mon nome. » Cependant il ne négligeait nullement le commerce devenu plus intense que jamais avec les étrangers : « garde de Sa Majesté, il va sur les » chemins ou s'éloigne de l'Egypte en toute saison de l'année » pour transporter des provisions » ^
Nourrir les affamés, c'est la principale des oeuvres de bonne administration et de bienfaisance, non la seule. Le corps a d'autres besoins.
A la mention de cette œuvre se joint souvent celle d'avoir habillé et abrité les pauvres. Le climat d'Egypte est clément ; il brûle souvent, mais ne gèle jamais; encore faut-il s'y défendre.
* Brugsch, h. d'Eg., p. 177-178.
2 Statue de Zodkhonsouaoufànkh, Louqsor (Daressy, R. Tr., XVI, 60).
3 Voir infra, ch. xiv, | 4.
'^ Statue de Zaho (Takhos) fils d'Ouahabrâ (Apriès), à Tanis, 1. 3 (Mariette, M. D., 107, la; BnuGscH, Dict. géogr., 303; Daressy, R. Tr., XV, 152-153). 5 Statue de Zaho, fils d'Ounnofir (Mariette, i/.Z).,107,II b; Daressy, Tï. Tr., XV, 154-155).
selon les saisons, ou de la chaleur trop vive, ou de la trop grande fraîcheur, sinon du froid. Le travailleur des champs se contente facilement d'un pagne autour des reins; la femme, d'une robe de toile légère et sans ampleur, attachée sous les seins : encore est-il besoin de ce minimum de costume. La nudité complète ne sied qu'aux enfants des deux sexes avant l'âge de la puberté.
Au fonctionnaire, responsable de la vie et du bonheur des populations, revient donc aussi le soin de leur entretien. « J"ai » donné des vêtements à ceux qui étaient nus* », aimera-t-il à dire^; ou « Je fus le vêtement du nu » ^
D'autres ont subvenu au logement du pauvre et le rappellent dans des termes analogues : « J'ai donné un abri à celui qui était » nu* » ; ou bien, avec la synecdoche que nous avons déjà rencontrée : « C'est l'abri de l'expulsé » ^, ou « l'asile du voyageur » ^; ou, plus hardiment encore : « J'ai été la salle qui a tenu au chaud » ceux qui avaient froid dans Thèbes^ »
Cicéron recommande vivement parmi les œuvres de charité celles qui ne coûtent aucun sacrifice comme d'indiquer son chemin au passant. Les Égyptiens pratiquaient celle-ci envers les voyageurs et les étrangers, dût-il leur en coûter quelque chose. Ils se vantent assez fréquemment d'avoir « remis dans son chemin » le dévoyé », d'avoir « conduit soi-même le dévoyé dans le » chenal »% d'avoir « donné une barque au naufragé »^ C'est devenu même une métaphore du langage courant. Ounnofris, pour signifier qu'il s'efforce de venir en aide à chacun, dit qu'il agit comme il fait, littéralement : « pour faire le bac de tout le
^ Hebes n hau (hauu, hati).
2 iv-vi'= d. : Stèle d'Henkou, 1. 13 : « J'ai donné des vêtements au nu de Douf. »
(Davies, Deïr-el-Gebrawi, II, 24 ; Sethk, Urk., I, 76). — x-xni« d, : Stèle de Khouou [R. Tr., XI, 83); Stèle d'Antef, fils de Bouta [R. Tr., XI, 85). — xviii«-xxii« : Rekhraarâ (Newberry, r., VIII, 22). — xxvi'-xxx» : Hor-ar-aâ (Mariette, M. D.,^^ a, e 2; /Ë. Z., 1887, 120-122); Haroua (Stat. Louvre A 84 : Sharpe, Eg. In., II, pi. 35; Piehl, y.Js5., 1881, 172).
3 Stèle de Pétharpekhroudi {supra, p. 505, n. 6).
* Ab n huit : Stèle de Pesnozeinhâtinach (31. M. C, I, 377).
E Ou de l'orphelin (Antef : Louvre G 26, 1. 18; cf. infra, p. 513, n. 12).
6 statue de Zaho (infra, p. 511).
7 Stèle de Montounsisou, xu» d. (Louvre G 1 : Maspero, B. Eg., VII, 158).
8 Stèle de Khouou (R. Tr., XI, 83; Bouriant : « J'ai traversé ceux qui avaient fait » naufrage, sur mon propre bateau, moi-même »).
9 Cf. Stèle anonyme (Mariette, Abydos, III, n» 544-546).