‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 2)Chapitre 38 sur 184 · ABRI, VÊTEMENTS, HOSPITALITÉ · texte numérisé non relu

ABRI, VÊTEMENTS, HOSPITALITÉ

» monde » ^ . Même, un ancien se disait « la barque des » petits » -.

L'hospitalité s'exerçait largement. Le bon chef protégeait le voyageur contre les périls de la route. La marche creuse lestomac et dessèche le gosier ; le voyageur rentrait donc dans la catégorie des affamés et des assoiffés à secourir ; et le bon chef l'accueillait, lui procurant bon souper et bon gîte. « Ses portes étaient ouvertes » à ceux qui venaient du dehors et on leur fournissait ce qui était )) nécessaire au soutien de la vie » ^ Il était le « palmier qui fait » vivre tous les gens, asile de qui vient du dehors » *. La renommée publiait au loin son bon accueil, et marchands ou aventuriers aimaient à passer sur son territoire. Ainsi florissait la terre d'Aïa sous linteUigente direction de Sinouhit :

« Lorsqu'un messager allait et venait à l'intérieur, il se détournait de sa route pour » venir vers moi ; car je rendais service à tout le monde : je donnais de l'eau à l'altéré ; » je remettais en route le voyageur qu'on avait empêché de passer, je châtiais le bri- » gand ô. »

L'hôte laissait peut-être quelque souvenir : s'il commerçait, de sa pacotille sortaient des marchandises variées pour l'agrément et le profit de tous ; en tout cas, il pouvait payer son écot d'un de ces récits dont l'oriental se montre toujours friand ; pour n'égaler pas toujours en fantastique l'odyssée du naufragé à lîle du double, les aventures du voyageur ne s'écoutaient pas moins avec plaisir. Quoi qu'il en fût des motifs, on tenait en honneur l'hospitalité.

La httérature romanesque offre de multiples exemples de cette bonne hospitalité tant en Egypte même qu'à l'étranger. Avant de l'exercer sur son domaine, Sinouhit en avait éprouvé les bienfaits. Il raconte sa fuite au désert d'Arabie et poursuit :

« Alors la soif s'abattit sur moi ; je défaillis ; mon gosier râla ; je me disais déjà : » « C'est le goût de la mort 1 » quand je relevai mon cœur et je rassemblai mes forces ; » j'entendais la voix forte d'un troupeau. Les Bédouins (Sittiou) m'aperçurent et un de » leurs cheikhs qui avait séjourné en Egypte me reconnut. Voici qu'il me donna de l'eau

1 Sarcoph. d'Ounnofri, fils de Néftis (Mariette {M. D., pi. o9, p. 19). - Tombeau d'Henkou, 1. 7 (Davies, Deir-el-Gebrawi, II, pi. 24 ; Sethe, Urk., I, 76). 3 DûMiCHEN, Abou-Simbel , p. 23 sqq.; Pierret, R. Tr., I, 41).

*Stat. de Zaho, fils d'OuahabRâ, 1. 2, ép. Gr. (Caire, Mariette, M. Z>.,167; Daressy, R. Tr., XV, 152). — Cf. « l'abri de Texpulsé «, supra, p. 511, n. 5. 5 Sinouhit (Contes, p. 105).

s 12 DEVOIRS ENVERS LES INFÉRIEURS

» et me fit cuire du lait. Puis j'allai avec lui dans sa tribu et ils me rendirent le service

» de me passer de contrée en contrée ^. »

Le chef de Tonou supérit^ur fit mieux ; il lui donna sa fille aînée et le constitua chef de tribu ^. Le prince prédestiné ne reçoit pas moins bon accueil au Naharina. Il a recontré sur sa route des princes Syriens prétendants à la main de la fille du roi ; ce sont eux qui l'hébergent :

« Ils conduisirent le prince à leur maison, ils le mirent au bain, ils donnèrent la pro- » vende à ses chevaux, ils firent toutes sortes de choses pour le prince : ils le pari'u- » mèrent et lui oignirent les pieds ; ils lui donnèrent de leurs pains ; ils lui dirent en » manière de conversation : « D'où viens-tu bon jeune homme ? »... Ils le serrèrent dans » leurs bras ; ils le couvrirent de baisers 3. »

On remarquera la conduite délicate de ses hôtes; comme à Ulysse chez Alcinoos, on ne lui demande son nom quaprès l'avoir bien traité. Mais notre prince se mettra sur les rangs des prétendants, l'emportera sur eux, et après colère et résistance du père, finira par où commençait Sinouhit, par épouser la princesse. Dans le conte de Satni, Nénofirkaptah ne voyage pas incognito comme le prince prédestiné ; il est chargé d'une mission royale et emmène lui avec sa femme Ahouri et son petit garçon Mériab. Il aborde à Coptos : aussitôt qu'on l'annonce, l'archiprètre et les prêtres d'Isis viennent au-devant de lui jusqu'au fleuve sans tarder; leurs femmes descendent au-devant d'Ahouri. Nénofirkaptah offre un sacrifice;

« Puis on nous emmena, raconte Ahouri, dans une maison qui était fort belle et » pleine de toutes sortes de bonnes choses. Nénofirkaptah passa quatre jours à se diver- » tir avec les prêtres d'Isis de Coptos, tandis que leurs femmes se divertissaient avec » moi. »

Le cinquième jour seulement, Nénofirkaptah songe à accomphr sa mission. En Orient, le temps n'est rien ; mais l'hospitalité a des lois sacrées.

Parmi tous les faibles et les déshérités du sort, les veuves, les enfants, exposés à tous les outrages, à toutes les vexations, sont objets d'attentions spéciales.

Un grand remplacera le chef ou le soutien de famille disparu.

1 Sinouhit (Maspero, Contes, p. 99, 3» éd., p. 63).

2 Ibid., p. 104-105.

3 Le prince prédestiné (M.'ISpero, Contes, p. 233).

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