SOINS AUX MALADES, AUX VIEILLARDS, AUX MORTS
valables des absents de celle dernière liste, le surveillant avait admis une indisposition de leur femme ou de leur fille ^ . La compassion pour les malades a donc existé avant qu'on lïnsérât officiellement parmi les titres de bienfaisance.
Le vieillard craint et souffre comme Tenfant ; il a besoin de la même protection. Un grand sera « le frère du vieillard » ^, ou « le bras » qui le soutient ^ ou encore « le bâton » qui lui sert d'appui '*. Il fera « prospérer le vieillard » ^ ; il fera retomber sur le coupable « le mal fait au vieillard » *^. Pendant ses dernières années, il se montrera pour lui « le fils qui l'aime de qui n'a pas de » fils » ^; et il s'occupera de lui jusqu'au delà de la mort : faute d'un fils pour l'ensevelir, il lui rendra ce suprême et si précieux service.
Assez rarement on mentionne les soins que l'on aurait pris des morts. Peut-être le faut-il expliquer par le caractère essentiellement familial de ce devoir ^ Toutefois il se rencontre quelques exemples de ce genre de services. Le prince prophète d'Edfou, Harméhhâti, a « donné la sépulture aux vieillards » ^. Le grand prêtre Ouza-Har-risi-nti, « a fait des tombeaux à ceux qui n'en avaient pas ))"\ Le prince Haroua « a fourni l'eau en abondance » à qui résidait dans la tombe » et donné soit « uncercueil »^' , soit
1 Ostracon du British Muséum (Birch, Insc. hîérat., pi. 20-21; Erman, ^Ey., 181-182).
- Sobkou à El-Kab (L. D., III, 18 c; BnmcHE^^, Felsentempel von Abu-Simbel, p. 25sqq.; l'iERRET, R. Tr., I, p. 41).
3 Haroua, xxvi« d. (Louvre A 84, à dr., I. 8).
'^ A?nas aouï : Montounsisou. xii» d. (Louvre G 1 : B. Eg., VII, 157). — Maraoui, censeur des prêtres de la pjTamide d'Amonorahâit III, <'éda sa fonction à son lils à condition de remplir pour lui l'office de « bâton de vieillesse » (Griffith, Kahun, XI, et p. 29-31 : Maspero, B. Eg., VIII, 436 et 438). — Ptah-hotpou implore un « bâton de vieillard )> (Pap. Prisse v, 3 : Préceptes, préambule). Une glose du temps de la xix» dynastir explique : « qu'il me soit donné que mon fds soit en la place de qui lui enseigne les M préceptes anciens! » (Ostracon Garnavon, 1. 4 : Maspero, R. Tr., XXXI, 147).
^ Sroud-n-a aaou : Rekhmarâ, mur S.-O. (Newberry, Life of R., vu, 1. 22).
6 Rekhmarâ, xviu" d. [M. M. C, V, p. 165; supra, p. 485, n. 8.
7 Si mer-f chou n si : Stèle d'Hor, f. d'Arithorou, ép. S. (Louvre G 112; Pierret, Rec, II, 33; PiEHL, /. H., pi. 17, p. 20).
8 Dans l'éloge de Sénouserit III, du pap. Pétrie I (Maspero, B. Eg., VIIl, 409), on remercie le roi d'avoir permis par ses bienfaits « d'élever nos enfants et d'ensevelir » nos vieillards »; si par là on vante la bienfaisance universelle du roi, pour chacun il s'agit de morts, comme d'enfants, de sa propre famille.
^ Kras aouïou : Stèle d'Harméhàti, Edfou, xin= d. (Mariette, M. D., pi. 40, p. 11).
1" Statue naophore du Vatican.
" ilor, fils d'Arit-horou. dit même : « Je suis... un cercueil pour les féaux » {(.c, n. 7).
« une statue funéraire à ses féaux » * . C'étaient des présents estimés, qu'ils vinssent du roi ^ ou de particuliers; dans le Conte de Solni, le prêtre qui donne à Nénofirkaptah les fameuses formules de Thot lui demande un échange de cadeaux : « Tu me donneras » cent pièces d'argent pour ma sépulture et tu me feras faire deux » cercueils de prêtre riche ^ »
Un passage du Livre des Morts permet de ne regarder le fait ni comme récent, ni comme exceptionnel. Le chapitre suit une allure mystique : c'est envers Osiris que le défunt proclame avoir rempli tous ses devoirs et donné toutes sortes de marques de générosité habituelle envers le prochain :
« J'enveloppe celui qui est nu ; je remonte le fleuve vers Abydos *. »
Le dernier trait se rapporte évidemment à lensevelissement ; le pauvre en vie ijui demande des vêtements pour se couvrir n"a que faire d'être convoyé vers Abydos ; seule y a intérêt la momie. Si donc il y a bien parallélisme entre les services rendus au dieu et les bienfaits répandus sur les hommes, on croyait méritoire de s'occuper de la sépulture des morts.
Tout passant, d'ailleurs, était invité à participer par une prière au culte des morts. Quel qu'il fût, grand ou petit, prêtre appelé par ses fonctions dans le quartier funéraire, ou visiteur occasionnel, membre d'une famille en deuil, simple promeneur ou curieux, une inscription le sollicitait, en termes analogues à ceux-ci :
« 0 vous qui vivez sur cette terre ! tous prophètes, prêtres, scribes, etc.. tous hommes » (et toutes femmes) qui pénétrez dans ce tombeau (ou passez devant cette stèle !) vous )> qui aimez la vie et détestez la mort,... ; — si vous voulez être aimés et loués des dieux » de votre ville, si vous voulez transmettre vos biens à, vos enfants ; — soit en récitant » les paroles gravées sur cette stèle, si vous êtes instruits, soit en les écoutant, — dites : » — Adoration à Amon, etc.. pour qu'ils donnent le repas funèbre, milliers de pains, » etc.. au double de X... ^ »
Les défunts qui imploraient ainsi des prières, réclamaient à
1 statue d'Haroua, Louvre A 84, xxvi° d. (Piehl, /. As., 1821. -170 et 172; cf. Ebebs, Zeit. d. Morg. Ges., 1873, 137-145).
2 Voir supra, ch. viii, p. 351-358).
3 Satni-Khâmoïs (Contes, p. 170).
* Livre des MoiHs. GXLV, 80.
3 Cf. Stèles d'Antef (Louvre G 26), Amoni [Ib., G 172), Snib et Antefànkh-Nehten (Bologne, n» 1028 : Piehl, pi. 33, p. 42), etc.