MOBILITÉ DES RANGS SOCIAUX
remonter bientôt. Ptah-hotpou promet à son fils, s'il suit tous les conseils de son expérience, une longue vie, et « le don de la » faveur du roi parmi les premiers de ceux que leurs mains ont » faits nobles » K Mais ces enfants des grands ne sont que relativement des fils de leurs œuvres.
D'autres montent aussi, qui, réels parvenus, sont partis d'en bas. Tel gouverneur ne comptait pas d'aïeux et avait connu un autre état : « grand après avoir été petit, riche après avoir été » gêné, il est maintenant à la tête de la ville » '. Tel grand personnage ne cache pas qu'il dut son avancement et le rang de féal, non à ses aïeux, mais à la faveur du roi « qui le fit plus grand » que ses pères » '. Un aventuriei', sans passé de famille, conquiert de hauts commandements. Tout soldat de Sa Majesté peut, lorsqu'il part en campagne, s'imaginer qu'il porte dans son sac le bâton de commandant en chef. Tout écolier qui apprend à écrire, à dresser un compte, à rédiger une lettre, se voit déjà placé dans un bureau, puis à la tète d'un petit service, puis, de poste en poste, parvenant aux grandes administrations, admis au Palais, ministre de Pharaon. Cela s'est vu^.
Le mérite personnel n'abrite pas contre tous les coups de la fortune. Cependant, il vous pousse en avant et vous aide à vous relever; il demeure lorsque les flatteurs vous laissent aux prises avec l'adversité, ou que les protecteurs font défaut :
« Ses qualités (?) voilà ce qu'un homme possède complètement. Gela a plus d'impor- » tance que sa noblesse ; celle-ci est chose (qui passe) de l'un à l'autre. Le mérite du fils » de quelqu'un lui est avantageux ; et ce qu'il est (réellement) vaut mieux que le souve- » nir (de ce que fut son père) s. »
Fort bien! mais encore qu'entend-on par la valeur personnelle? quelles qualités désignent mieux pour tel ou tel poste? et comment se prépare-t-on à le bien remplir?
' Ptah-hotpou, Préceptes, | 44 (Pap. Prisse, pi. xix, 1. 7-8). 2 Ptah-hotpou, | 30 (Pap. Prisse, xin, 6-7). ^ Anna, xvm« d. {R. Tr., XII, 107, 1. 15).
* C'est à peu près l'histoire d'Amden (Cf. Maspbho, Deux fonctionnaires: Et. Eg., II, 113-246).
s Ptah-hotpou, | 35 (Pap. Prisse, xv, 3-5).
Dans les biographies sommaires ou développées, ou même réduites à des énoncés de titres, une chose frappe tout d'abord, la variété des cursus honorum. Ni tous ne suivent la même carrière; ni chacun ne parcourt une série de fonctions, définie de telle sorte que l'une étant connue on puisse préjuger les autres. Ce sont d'incessantes compénétrations. Sans doute les épitaphes renferment tantôt des listes de dignités cumulées, tantôt des séries de fonctions occupées successivement. Dans l'un et l'autre cas, on s'étonne de la facilité avec laquelle dignités ou charges d'un certain ordre, religieuses, militaires, administratives, financières succèdent ou coïncident à des fonctions d'un ordre tout différent.
A certains points de vue, le travail en Egypte semble très divisé, et la spécialisation poussée à outrance. Les administrations sont nombreuses; les bureaux pullulent, et les emplois s'y subdivisent à l'infini. Mais on passe sans peine de l'un à l'autre. La division du travail, extrême pour les choses et les fonctions, n'existe plus pour les hommes et les fonctionnaires. Des aptitudes spéciales ne semblent pas requises; ou bien on supposait à chacun des aptitudes universelles. Plus le rang s'élève, plus augmente en général cette diversité de fonctions et d'aptitudes nécessaires. Les personnages qui approchent le plus près du roi cumulent tout.
Un seul titre semble à peu près généralement exigé de tous pour tous les emplois : celui de scribe ^ De grands personnages, ministres ou vice-rois, s'en parent aussi bien que de très minces gratte-papiers. Pour l'obtenir il suffit sans doute d'une instruction très rudimentaire. Cette instruction n'ouvre pas toutes les portes, mais aucune ne s'ouvre sans elle. Comme la sagesse, selon Platon, elle « tire de la classe des artisans et des gens du commun » quiconque l'a acquise » ^. Ce sera le gagne-pain, au jour le jour, d'humbles subalternes ; ce sera la source de la gloire et des honneurs pour le lettré ; ce sera le gage de la richesse et des
' Cf. Introduction à l'étude de la morale égyptienne, ch. iv : Du moraliste. 2 Platon, Epinomis.