‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 2)Chapitre 46 sur 184 · CORPS DE MÉTIERS ET LEURS CHEFS · texte numérisé non relu

CORPS DE MÉTIERS ET LEURS CHEFS

milice ç'astiou. Parmi ces captifs il « choisit une élite >■> ; une lacune empêche de savoir ce qu'il fit d'eux; mais la suite permet de le conjecturer : en effet, il usa du môme procédé pour défendre les bouches du Nil, « encadrant (ses captifs) par ses gens d'élite » et les incorporant aux astioti de la flotte royale » '. De môme Ramsès III a converti en astiou des navires ses prisonniers Libyens marqués au fer rouge; il les emploie à l'expédition en Pouanit. sous la conduite de chefs des barbares-.

On trouve des chefs et une hiérarchie semblable môme là où on l'aurait le moins soupçonnée. Ainsi les « serviteurs » (cheirisou) ont beau appartenir à toutes les conditions sociales, des marches du trône à l'ergastule, on rencontre parmi eux des chefs {herouY, des surveillants {sehazou)'\ des porte-bannières {saï)''. Même entre les femmes esclaves, il existe une hiérarchie. Ainsi, dans une scène funéraire, on voit s'avancer une procession de porteurs d'offrandes; en tête marche la commandante (khorpit), puis la suivante de maison [khelit pî), ensuite un homme, enfin deux servantes (honii)*^.

Chaque corps de métier a ses groupements pour le travail et le bon ordre. Par exemple, les gardiens des oies d'Amon ont un chef particulier '. Des tailleurs de pierres obéissent à des contremaîtres nommés hououttiou^. La Bible fait connaître l'organisation des travailleurs étrangers fabriquant la brique. Ils obéissent à deux sortes de chefs : des chefs de tâche, les chôterim. Hébreux eux-mêmes, répondent de la besogne à faire, servent d'inter-

' statue de Karnak (Mariette, à'., pi. 37, 1. 31-34).

- Pap. HaiTi.s, p. 7", 1. 4-G et 8-11 (Cuab.vs, XIX' dyn., p. 52-3'j et tJU-OI ; Biau.scii, -E(j., p. 252 et Dici. s. ». ab; J. Baillet, Noms de l'esclave, p. 34 et 59) : « Je pri.s leurs chels » militaires dans les forteresses à mon nom; je les plaçai comme chefs d'auxiliaires {lier » pettiou) et grands de tribus marqués pour agir comme matelots des vaisseaux à mon )) nom. J'ai équipé des galères et baris, pourvus de nombreux matelots {astiou) et de » serviteurs {chamsou) en nombre. Leurs chefs d'auxiliaires des vaisseaux s'y trouvaient » avec des vérificateurs {roudou) et des sergents {houtoutiou) pour les approvisionner. «

•^ Par exemple le her des chemsou du temple d'iïor-chéfi, à Héracléopolis. Autel de Chéchonq I«^ ii, 1. 3 (Ahmed-dey-Kahal, H. Tr., 190'J, xxxi, 35).

1 Cf. supra, p. 527.

■' Cf. infra, 530, n. 9.

•> St. de Sikherta, 3"= registre (Louvre G 196 : Pierret, Rec, II, 55; G.4yet, XII' d., pi. 59).

^ Her ariou apedou n Amori : .Màhou dans la stèle de son frère., le sofmou de la nécropole, tailleur de pierres ou sculpteur Karo (Stèle 169 de Turin : MAsPF.nn, /?. 7'r..n.106)

^ Pap. de Turin, pi. v (Pleyte, p. 13; Maspeho^ G. Ep., p. 17).

prêtes, répartissent la paille, activent le travail et travaillent euxmêmes, comme aux champs les chefs de corvée. Au-dessus d'eux, des surveillants égyptiens les nôgheçim, constatent si la tâche est accomplie et punissent les délinquants'. Les peintures de Rekhmarâ montrent ces surveillants armés de bâtons -.

L'usage de donner aux travailleurs étrangers des chefs de leur nationalité parlant leur langue, est bien égyptien, quoique nous ayons vu Ouni^ et Amonhotpou ' agir autrement. Il se vérifie par la déclaration de Ramsès III qui, des chefs vaincus, a fait les chefs de ses soldats auxiliaires et de ses chiourmes\ Dans l'inscription des carrières de Nubie, on voit aussi les Apourou obéir à ses chefs de file au nom oriental, les marina ^. Les captifs eux-mêmes et les esclaves n'étaient donc pas tous égaux, et tel d'entre eux possédait une autorité refusée à bien des Égyptiens de naissance '' .

A la tête de beaucoup de métiers on voit, à l'époque thébaine, un « conducteur » ou « porte-bannière » {zaï, zaï serir). Le papyrus de Leide I 348 cite un certain nombre de zaï, dans le recensement que doit faire le scribe Kaouisar : ceux des serviteurs {chemsou), des messagers de la culture, de la droguerie, des contrôleurs- goûteurs du vin, des métallurgistes, des tailleurs de pierre, et le conducteur des conducteurs ^ Qu'étaient ces zaï? quel rôle jouaient-ils? « Les corps d'état », dit Chabas^, « avaient tous un porte-bannière qui marchait à leur tête dans » les cérémonies publiques et qui remplissait dans la corporation » certaines fonctions, celle de conducteur par exemple ». C'est possible. xMais encore ces porte-bannières étaient-ils des dignitaires honorifiques, ou des chefs supérieurs donnant le mot d'ordre aux simples mirou et autres chefs de groupes ou d'atelier? des

1 Exode,N, 10, U, 14; cf. Chabas, Mél, II, 116, 119-120.

2 Tombeau de Rekhmarâ (Virey, M. M. C, V, p. 61, pi. 17). ^ Supra, ch. v, p. 189.

* Supra, ch. xr, p. 452, n. 5, et, p. 329, n. 1.

5 Pap. Harris, p. 77, 1. 4-9.

6 Ramsès IV à Hammamàt (L. D., III, 219 e; cf. V, 9).

7 Cf. J. Baillet, Noms de l'esclave, p. 6, 15, 25, 41, 48; infra, p. 534. « Pap. de Leide I 348, p. x, I, 4-6 (Chabas, Mél., IV, 133-136).

9 Chabas, Mél., IV, 33, n.

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