‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 2)Chapitre 5 sur 184 · QUALITÉS DES CONSEILLERS · texte numérisé non relu

QUALITÉS DES CONSEILLERS

fils au trône*. Jusque sous les Ptolémées, pour les affaires religieuses tout au moins, sinon pour les affaires d'État, le roi réunit et consulte de telles assemblées, où il convoque les gouverneurs des temples avec les prêtres et prophètes du midi et du nord. On connaît divers conciles ainsi réunis : celui de Sais sous Ptoléméell pour Fapotliéose d'Arsinoé', celui de Ganope sous Ptolémée III pour l'apolliéose de sa fille Bérénice et Tinstitution des années bissextiles, '\ celui de Memphis sous Ptolémée V, pour régler le culte du roi^.

En ces circonstances et le plus souvent, ces conseils se contentent d'approuver et d'enregistrer, sans discuter ni donner d'avis. Cependant le roi demande parfois sérieusement Topinion de ses conseillers ; il arrive môme que ceux-ci l'expriment au lieu de se répandre en louanges vagues ; le roi les écoute, quitte à se fâcher ensuite et n'en faire qu'à sa tète comme Thotmès III aux gorges d'Alouna^. En effet, même en campagne, les conquérants les plus fins et les plus redoutés s'entourent d'un conseil de guerre. Avant la bataille, Ramsès II réunit les chefs de son armée, les grands, pour leur communiquer ses informations et leur demande leur avis sur les rapports qu'il a reçus. Il expose les faits, attend le jugement de ses généraux et ne conclut qu'après*'.

En dehors de ces tableaux d'ensemble, les épitaphes mettent en relief nombre de personnages, conseillers particuliers, revêtus de divers titres curiaux, dont elles exaltent la sagesse. La confiance du roi et du pays se peint en images expressives. Le préfet Amonhotpou était « muni de conseils, muraille excellente qui » protège l'Egypte » ^ Les souverains dont Montouhotpou et Sehotpouabrâ étaient les « amis divins» et la « pensée unique^»,

* Pap. Harris, p. 75, 1. 1 (Chabas, XIX" dyn„ p. 6).

2 Louvre G 223 (Piehl, /. H., 1,27; Revillout, R. Eg.. I, 183-186). s Décret de Canope : Stèle de Tanis.

* Décret de Memphis : Pierre de Rosette, Stèle de Damanhour.

s Annales de Thotmès III, l'an 23, i""' mois de Ghômou, le 6 (L. D, III, 31 b ; Maspebo, R. Tr., n, 51-54).

« Bulletin de la bataille de Kodcch, Ibsamboul (L. D., III, 187 ; R. Tr., VIII, 128-129. 1. 22-29).

7 Inscr. d'Amonhotpou à Déïr-el-Bahari (L. D., IV, 67 d; Piehl, ^. Z., 1887, 118),

* Oud lidti.

Sénouserit P' et Amonemhàït III « les appréciaient comme » colonnes du sud de leur palais ^ ».

Toutes les ressources de l'intelligence, la pénétration, la lucidité, la fertilité concourront à cet éloge avec la dignité du caractère non moins qu'avec les qualités d'exposition et le talent oratoire .

Le rôle de conseiller requiert d'autant plus de mérites personnels qu'il est plus en vue et plus en butte aux critiques tant du maître que des émules. Ptah-hotpou en fait voir les difficultés et la beauté. Il faut savoir parler à propos, ni trop ni trop peu, avec prudence, mais avec précision et sans flatterie :

« Si tu es un homme sage, siégeant dans le conseil de son seigneur, dirige ta pensée » vers ce qui est sage. Tais-toi plutôt que de répandre tes paroles. Quand tu parles, » sache ce qu'on peut fobjecter. C'est un art de parler dans le conseil, et ta parole est » critiquée plus que tout autre travail ; c'est la contradiction qui la met à l'épreuve 2. »

A ceux qui parlent pour ne rien dire et ménagent toutes les opinions sans oser dire au maître ce qu'ils pensent, le moraliste adresse cette semonce :

« Déclare ta ligne de conduite sans réticences ; donne ton avis dans le conseil de ton » seigneur. Il y a des gens qui retournent sur eux-mêmes quand ils parlent, de manière » à ne pas chagriner le préopinant. Ils ne répondent pas, d'après ce raisonnement : » « C'est au grand à connaître l'erreur ; et quand il élèvera la voix pour la rél'uter, il » gardera le silence sur ce que j'ai dit '. »

Les grands, dont nous lisons les épitaphes, ne tombaient point dans ces défauts. C'étaient au contraire, à les en croire, des modèles de sagesse :

Antef : « unique sage, nourri de connaissances, il juge exactement ce qui est régulier, » discerne l'ignorant de l'homme instruit et distingue l'officier habile de l'homme sans » mérite... N'ignorant rien de ce qu'il faut, plein de sagacité, il connaît les paroles de l'in- » térieur ; ce qui n'est pas sorti des lèvres, ce que l'homme dit en face de son cœur, rien » ne lui est caché » *.

Montouhotpou : « le soutien de son seigneur contre la parole qui viole la loi, le » savant par rapport aux sentiments, à l'esprit et à la parole près de son seigneur, très

» Stèles d'Abydos, xii* d. {R. Tr., X, 148).

2 Préceptes de Ptah-hotpou : Pap. Prisse, xi, 8-U, | 24.

3 Pap. Prisse, viii, 11-14, | 15.

* Stèle d'Anlcf, Louvre C 26.

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