CADASTRE, RECENSEMENT
serment au bureau du comte devant plusieurs témoins. Le premier connu des papyrus grecs d'Egypte, la Charta Borgiana^ renfermait des listes de paysans corvéables employés au terrassements du nome Arsinoïtique, en 191 (ap. J-C). La collection des papyrus de Kahoun contient aussi des listes de corvéables avec le procès-verbal d'une séance de recensement à Hotpou-Sénouserit, sous la xn^ dynastie : on y donne « l'état nominatif des journaliers {meniou), traînant la pierre, qui » sont attribués au district » et « des exemptés {ànztou) du » canton- ». Ces individus soumis à des prestations ne sont pas des esclaves, mais des gens de conditions très diverses, petits bourgeois et fonctionnaires, hommes au rouleau, portiers, greffiers, membres de confréries, etc.
Les tableaux et inscriptions du tombeau de Zaïnni montrent en voie d'exécution un enregistrement plus général encore : bêtes et gens sans exception, tout y passe, s'il en faut croire le titre :
<c Recensemcnl de la terre entière par devant Sa Majesté, inspection de tout le monde, » compte des soldats, des prêtres, des gens du roi, de tous les artisans de la terre quant » ils sont, des bœufs, des vol.iilles, de tout le petit bétail. »
Et, en effet, on voit le scribe des soldats, « qui passe en révision » les classes des conscrits et qui fait connaître à chaque homme » sa position dans l'armée entière » ^ Dans sa grande stèle de Karnak, Amonhotpou, le ministre d'Aménôthès III raconte qu'en sa qualité de basilicogrammate en chef, il avait sous son autorité tout le peuple ; il a recensé les classes de la population et compté les millions ; il range toutes les troupes sous leurs chefs ; il a de plus imposé les maisons d'après leur nombre, à l'exclusion des travailleurs (astiou) et de leurs maisons^. Ainsi donc, ces recensements ont pour but l'assiette de l'impôt et les réquisitions de corvéables ; tous les habitants de l'Egypte y sont soumis aussi bien que les esclaves. Il n'est pas
* Charta Borgiana, édit. Schow, Rome, 1788.
2 Pap. de Kahoun (Griffith, Pap. Kahun, p. 40-42, pi. xiv sqq.; Maspero, Journal des Savants, 1898, 146 = B. Eg., VIII, 447-451). ^ Tomb. à Thèbes, xvw d. (j^. Tr., IV, 130-131 ; M. M. C, Y, 601; Bhugsch, yEg., 294).
* Stèle de Karnak, 1. 29 et sqq. (Mariette, Karnak, pi. 31 ; cf. Brcgsch, JEg., 297-298, Maspero, H. Or., l, 311; supra, p. 452, n. 5 et 464-465).
jusqu'aux dieux que l'on ne recense ' ; et peut-être les soucis financiers ne sont-ils pas étrangers non plus à cette dernière opération.
On pourrait se demander si le « bureau de chancellerie » auquel s'adressait Bokniamon avait bien pour but d'enregistrer des déclarations de propriétés, ou seulement des contrats de location de travail, sous la seule forme usitée, l'unilatérale. Il a accueilli sans enquête la déclaration du maître marinier qui a pris à son service le fugitif. Était-ce une faute ? Mais il ne recourt a aucune dissimulation délatoire, ce qu'on attendrait tout naturellement d'une administration en faute ; et quand Bokniamon vient demander des renseignements, il ne reproche rien au dit bureau, ce qui serait peu naturel de la part d'un homme lésé dans ses droits par une bévue administrative. Si le préposé renseigne avec tant de précision le maître frustré, et se montre beaucoup mieux instruit que lui sur l'origine et le nom même du travailleur, n'était-ce pas qu'il s'occupait d'autre chose que des droits de propriété, de simples embauchages par exemple, et jouait le rôle d'une sorte de bureau de placement officiel. Les dernières lignes de la lettre de Bokniamon se comprendraient mieux. Un travailleur, engagé pour une moisson, en allant chez un autre maître, a fait tort d'un été : qu'il donne un autre été en compensation d'un travail omis, un autre travail déjà dû par ailleurs. Cette hypothèse sur l'état social du cultivateur (honou) syrien, expliquerait l'abstention de la police et du gouverneur qui refusent de s'occuper de l'affaire et la renvoient aux tribunaux.
Mais ce n'est pas là un cas isolé. L'appréhension d'un « esclave » fugitif appelle, chaque fois que nous en surprenons la trace, l'intervention des magistrats-. Est-ce seulement parce qu'il y a litige entre l'ancien et le nouveau possesseur? Est-ce parce que la dou-
• « L'an IX, le 29 phaophi, sous la Majesté du roi Ménùptah^ S. M. confia au scribe » royal, chapelain et gouverneur du palais, Atéfato, le soin de faire une grande receu- » sion des dieux et déesses, maîtres de la H*» et de la B"" Egypte. » Médinet-Uabou, petit temple, façade du reposoir (Dahussy, M.-H., p. 10).
^ Loc. cit., Fap. Anastasi VI, 1. 12, 1-i, 16, etc.; Pap. de Lcide I, 368, pi. 179.— Quoiqu'il ne s'y agisse pas d'esclaves fugitifs, mais de services d'esclaves louées, on peut en rapprocher l'intervention des magistrats de la ville de Pa-osiris (qoahil sod?niou n Pa-asir) dans les contrats et les procès de Masouaa [loc. cit., supra, p. 560).