‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 2)Chapitre 57 sur 184 · OFFICE DU TRAVAIE. — CHOIX DES MÉTIERS · texte numérisé non relu

OFFICE DU TRAVAIE. — CHOIX DES MÉTIERS

ceur des mœurs met l'esclave sous la protection de la loi, et lui reconnait des droits? Cela déjà le placerait au-dessus de la condition classique de l'esclave. Serait-ce que le prétendu esclave fugitif était bel et bien un travailleur libre, infidèle seulement à un contrat de travail ?

D'autres indices permettront-ils de distinguer sûrement les véritables esclaves des travailleurs vraiment libres ?

I 2. — Les travaux manuels.

Leurs travaux ne différencient pas les indigènes libres des esclaves et des étrangers captifs. Les uns et les autres partagent les mêmes misères.

Parmi les scènes de travaux champêtres, dans les tombes de l'ancien empire, on voit livrés à la culture ou aux soins des bestiaux, des individus qui ne semblent pas de même race que les autres. Aussi légèrement vêtus que les purs Égyptiens, ils portent autrement la coiffure et la barbe qu'ils ne se rasent pas ; peut-être frisent-ils sans être nègres. Sans soulever ici une question ethnologique, on peut reconnaître en ces gens une couche inférieure de la populatikon ; car jamais on ne les voit commander. Seulement, on doit reconnaître aussi que ces individus sont en petit nombre et que d'autres exécutent tous les mêmes travaux, en tout semblables par l'extérieur aux chefs qui dirigent la besogne.

A toutes les époques, il semble en avoir été de même. A Saouietel-Méïtin, dans le tombeau de Kounas, on voit des « esclaves royaux » {souton honou), mis à la disposition du « chef de grand château » ' et mêlés à ses travailleurs pour faire la moisson. La main-d'œuvre servile supplée aux déficits de la main-d'œuvre libre ; mais il n'y a pas de métiers serviles et de métiers réservés aux hommes libres.

A quoi rimeraient les conseils des scribes à leurs disciples- dans

' Tombeau do Kounas, Saouict-el-Mcïlîn (L. D., II, 187; J. Baillet, Noini;, p. 10).

2 Satire des métiers (Pap. Sallier II, iii-xi; Anastasi VII, i-vii : — Goodwin, Cambridge Essays; Maspero, G. Ep., p. 24-7o, H. A., 116-119; H. 0., I, 311-314 : Lauth, Sitz.-ber. Akad. Mûnch, 1872, I, 37 sqq.; Erman, ^gypten, passim.; Loret, jugypte, 20-26).

l'hypothèse contraire? s'ils s'adressaient à des jeunes gens qui ne fussent pas libres de leurs préférences, quelle dérision ! s'ils se fatiguaient à les détourner de professions abandonnées aux esclaves, que de peines perdues et de ridicule encouru !

Mais non ! les scribes ne croient pas gaspiller leur encre et leur esprit. Ils s'adressent à des hommes libres et ne disent « Applique » toi à devenir scribe ' » ni à un esclave qui n'y pourrait atteindre, ni à un héritier qui le deviendrait forcément. Ils leur peignent, sous de sombres couleurs, des métiers qu'on aurait pu embrasser, que certains ont déjà choisis, par paresse ou par de mauvais calculs, mais qu'ils peuvent quitter : « Pourquoi dis-tu que Toffî- « cier d'infanterie est plus heureux que le scribe? » ". Est-ce pure jalousie? N'est-ce pas plutôt que l'élève, las du papyrus, a envie de s'engager dans l'armée du pharaon? « On me dit que tu » abandonnes les lettres » ^ sert souvent de début pour amener la satire des autres métiers, dont le maître veut dégoûter l'élève, aussi bien de ceux des armes ou de l'agriculture, que des métiers manuels :

« Que Ion cœur ne néglige plus ce qu'il est bon qu'un homme fasse Il ne brille pas

» celui qui l'ait les travaux manuels d'un journalier. Ses compagnons (vivent) selon leur » bon plaisir, car leurs serviteurs les aident : l'homme qui n'a point de cœur s'occupe à » des travaux manuels * .»

Il est vrai que l'élève n'aspire pas au labeur, mais au plaisir ; et le scribe lui présente les travaux manuels vraisemblablement comme une conséquence forcée soit de la dissipation de son patrimoine (il ne le dit pas expressément), soit de son manque de position.

Quiconque n'occupe pas un poste administratif, est un raté : il végète dans le prolétariat; or tout prolétaire est condamné aux œuvres serviles. Seulement il dépend du prolétaire de changer d'état : il n'a qu'à s'instruire ou à revenir aux écritures :

' AiMONEMAPiT. Lettres à Penbésa, (Pap. Anastasi III, pi. v, 1. S). 2 Amonemanit, Lettres à Pentaour (Pap. Anastasi IV, p. ix, 1. 4).

^ Ibid. (Pap. Sallier I, p. v, 1. H, et Anastasi V, xv, 6; Pap. Anastasi IV, xi, 9, et Sallicr I, ix, 10).

* Ibid. (Pap. Sallier I, p. v, 1. 4 sqq.).

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