CULTURE
d'autres bulletins officiels des victoires de Ramsès III sur les peuples de la mer, on peut voir en eux un appoint important à la population ouvrière des domaines royaux ou divins. Que d'ailleurs le roi confiât ces captifs à l'administration des temples ou qu'il les gardât sous sa coupe directe, il n'en oubliait pas ses intérêts, et les produits ou profits étaient partagés selon son gré. Ramsès III ayant établi les captifs européens dans une forteresse à son nom. « les taxa tous d'étoffes et de blé pour les temples et pour les » greniers, chaque année »*.
Aux champs, la vie est dure. Beaucoup de travail et peu de repos. La terre n'est pas ingrate ; mais il faut Tarroser de ses sueurs et de l'eau du Nil, piocher dans la boue de l'inondation, se courber sur une charrue basse, monter l'eau avec le chadouf, moissonner sous un ciel torride, pousser l'attelage du labour ou se garer des bœufs pendant le dépiquage - tout en les excitant, éviter le bâton des surveillants, vivre d'une maigre ration et coucher sur la dure. Les tableaux de Saqqarah et de Béni-Hassan montrent cette existence champêtre, assez semblable à celle du fellah moderne ^ La correspondance d'Amonemanit et de Pentaour décrit la chaleur et la sieste des moissonneurs à midi :
« Mais, à l'heure de midi, est-ce que les blés ne sont pas brûlants? Tous les ouvriers » qui coupent les épis se mettent à l'écart *. »
La verve des scribes est féconde sur les malheurs de Thomme des champs. Ses vêtements en loques, sa voix cassée, sa vie en pleins champs, loin de sa maison, exposée aux intempéries, au milieu des bêtes, excitent leurs sarcasmes. Ses malheurs ne lui valent guère que la pitié orgueilleuse de T homme repu. Douaouf-si-Klirodi s'y reprend à deux fois pour peindre ses misères :
1 Pap. Ilarris, p. 76, 1. 8-9 (Chabas, XIX" dijn., p. 37).
2 « Repousse-les. si tu tiens à la vie. » (Mariette, Et . Eg., Il, p. 95).
3 Maspkro, La culture et les bestiaux dans les tableaux des tombes de l'ancien Empire (Cours du Collège de France, 1887-1888); Et. Eg., Il, 07-112; Cf. //. 0., 1, 326-344).
* Pap. Sallier I, v, 1 (Guievsse, R. Eg., VI, 26-27).
« Le cultivateur, ses vêtements sont pour l'éternité.— Éléve-t-il la voix, c'est l'oiseau abou » (à voix rauque ?). — Ses doigts agissent pour moi (?), ses bras sont desséchés par les » vents ; — il se repose, comme il convient, sur les terrains inondés. — Comme c'est un » ouvrier de choix, — quand il est en bonne santé, il est en bonne santé avec les chèvres ; » — quand la maladie le goûte, — son logis est la terre au milieu d'elles. — (A peine) » arrive-t-il à son verger, — arrive-t-il à sa maison, le soir, — il lui faut s'en aller i. »
Voilà les épreuves quotidiennes ; s'il essaye d'y échapper, il peut rencontrer pire :
« L'humble ouvrier aux champs, — il passe la durée de sa vie au milieu des bestiaux ; ,> — il s'épuise pour ses légumes et ses pourceaux, — cuisinant en pleins champs. — » Ses vêtements se raidissent par leur poids ; — le lien de ses instruments se coupe. — » S'il va à l'air, il souffre ; — s'il vient à son foyer, il est en bonne santé. — Il a une )> entrave (?) aux jambes ; — et s'il s'en délivre lui-même, — s'il force le seuil (?) d'une j) maison quelconque, — il est battu (et emmené) à l'atelier ~. »
Le scribe Amonemanit fait ressortir la quantité d'ennemis au milieu desquels se débat le cultivateur, et le traitement qui l'attend, si, avec ce que les insectes, les oiseaux et les voleurs lui laissent, il ne peut satisfaire les exigences des collecteurs d'impôts :
« Ne t'es-tu pas retracé la condition du cultivateur ? Dès avant la moisson, les vers » emportent la moitié des grains, les pourceaux mangent le reste ; il y a des rats nom- » broux dans les champs ; les sauterelles s'abattent, les bestiaux dévorent, les oisillons » pillent ; si le cultivateur néglige ce qui reste sur l'aire, les voleurs l'achèvent. Le lien » des instruments de métal s'use ; l'attelage se tue à tirer la charrue. Le scribe de la » douane est sur le quai à recueillir la dîme des moissons ; les gardiens des portes avec » leurs bâtons, les nègres avec leurs lattes de palmier (crient) : « Çà, des grains ! » S'il » n'y en a pas, ils le jettent à terre tout de son long; lié, traîné au canal, il y est plongé » la tête la première. Tandis que sa femme est enchaînée devant lui, (et que) ses enfants » sont garottés, ses voisins les abandonnent et se sauvent pour veiller à leurs ré- » coites 3. »
Le garçon de ferme n'a rien à envier au fermier qui remploie. Des coups et un bain forcé régaleront le patron. Il est à la merci des bêtes, des choses et des gens. Une autre formule plus brève le menace de la ruine, la dispersion de sa famille et la chute dans un état encore plus pénible *.
1 Douaouf-si-Khrodi, % XII (Pap. Sallier II, p. vi, 8-9; p. vn. 1-2).
- Douacuf-si-Khrodi, I vni (Pap. Sallier II, pi. v, 1. 7-'J).
3 Amonemanit, Lettre à Pentaour : Pap. Sallier I, vi, 2-9 ; Pap. Anastasi V, xv, 6 à xvni, 3 (Ghabas, Rev. Arch., 1861 = B. Eg.,X, 91-10o ; M.\sPEno, G. Ep., 39).
* « Le chef de culture vaque à son travail {bokou) ; — son cheval s'enfuit-il du champ : ), alors s'enfuit le grain de sa femme, — (et) de ses enfants, loin du sillon ; — alors » sa servante (est contrainte) aux travaux de l'atelier de tissage; — son serviteur (est