‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 2)Chapitre 60 sur 184 · MAÇONS · texte numérisé non relu

MAÇONS

plus élevés ^ xMais le scribe prend soin de recommander « que » nul homme ne reste oisif.,.; car sache que, si le nombre » d'hommes qui se trouve là est divisé convenablement, la force » est multipliée » -. Les Égyptiens connaissaient donc bien le mérite et l'efficacité de la discipline et de la bonne répartition du travail.

Les matériaux préparés, il faut construire sous l'œil et le bâton des surveillants. Le métier est dur et sale. Les scribes, qui touchent à la corporation des maçons par leurs dessins et peintures d'hiéroglyphes, se moquent de leurs vils collaborateurs :

« L'ouvrier en maçonnerie, — la maladie le goûte. — Exposé à tous les vents, — il » bâtit avec une ceinture (pour tout vêtement), — tandis que le bouquet de lotus (qu'on » attache) aux maisons (terminées) — est (encore) loin de sa portée. — Ses deux bras » s'usent au travail; — [ses prov' ùons sont] pêle-mêle avec toutes ses ordures; — il se mange » lui-même : ses pains (ce sont) ces doigts; — il ne se lave qu'en une seule saison. — Il » s'épuise beaucoup et fort, — car il y a (sans cesse) un bloc (à traîner) dans cet » édifice-ci ou dans celui-là, — un bloc de 10 coudées sur 6 ; — il y a (sans cesse à » traîner) un bloc dans ce mois-ci [ou celui-là, — jusqu'aux] mâts (où l'on attache) les » lotus des maisons. — Quand tout le travail est achevé, — (alors), s'il a du pain, il se » rend à sa maison, — et ses enfants ont été roués de coups (pendant son absence) '^. »

Pour la construction des grands monuments, outre la pierre réservée aux temples, on se servait beaucoup de briques. Châteaux forts, palais, maisons, greniers, magasins, étables étaient de briques; également de briques ces longueurs d'enceinte, qui à Karnak, par exemple, se développent sur plusieurs kilomètres. Pour confectionner toutes ces briques, travail peu compliqué exigeant plus d'endurance que de force, les rois belliqueux se procuraient le monde nécessaire, en suppléant par la guerre aux insuffisances de la corvée ; et c'est ainsi que les grands conquérants ont pu être de grands bâtisseurs. A Gournah, un grand officier et grand administrateur de Thotmès III. Rekhmarà, a fait peindre « les captifs ramenés par Sa Majesté pour la cons-

* Il s'agit de traîner trois grands blocs de pierre qui sont à la porte du temple de Maout; on dispose de 601 hommes divisés en 3 escouades de 200 chacune avec son capitaine. Si chaque escouade se charge d'un bloc, c'est à peu près le même nombre qu'au tombeau de Thothotpou ; sinon l'accord est encore plus beau.

2 Hanofir, Lettre à Hora (Pap. de Turin, p. iv, 1. 3 à vi, 1 ; Maspero, G. Ep., 16-18).

3 Douaouf-si-Khrom, Satire, % 9-10 (Pap. Sallier II, pi. vi, 1. l-;j : Maspero, G. Ep., p. 53-j5; h. Or., I, 312-313; Chabas, XIX<=cbjn., p. 144).

» truction du temple de son père Amon ». On les voit arroser et pétrir la terre, etc., sous la surveillance de contremaîtres*. La brique que Ton moule y est nommée bakit, c'est-à-dire Touvrage servile par excellence, si le mot bok désignait bien l'esclave-. Un scribe nous apprend qu'on taxait d'avance la besogne à livrer par les briquetiers et qu'on réprimait sévèrement les négligences ^ Ce sont les travaux auxquels, d'après le livre de l'Exode'', peinaient les Hébreux, que l'on doive ou non les rattacher aux Apouriou^ Après leur disparition d'autres leur succédèrent, comme peut-être les Ascalonites, capturés par Ménéptah, dont parle la stèle d'Israël*^. Captif ou indigène, le briquetier connaît ses misères ; pour se consoler, il les met en chanson :

« Le mouleur est dans l'eau parmi les poissons. — Il cause avec le silure [narou) ; — » il échange des saluts avec l'oxyrrhynque {ahou). — Occident! votre mouleur est un » mouleur d'Occident ! » '

Grâce aux conquêtes, ni l'agriculture, ni l'industrie ne manquent non plus de bras. Le roi met sur ses terres et celles des temples les captifs qu'il ramène : il en remplit les atehers publics. Sans admettre qu ils fussent nombreux « comme les grains de sable des » torrents », ou que Ton comptât leurs familles « par centaines » de mille », chiffre que ramènent à déplus humbles proportions

1 Tombeau de Rekhmarâ. {Magasin Pittoresque, 1837, p. 284-285 ; L. D., III, 40-41 : WiLKi^iso^, Manners, I, 344; Prisse, ^rf Ég.; Rosellini, Mon. civ., 47 et 49 ; Brugsch, Hist. d'Ég., p. 106 : Virey, M. M. C, \, pi. 17, p. 59-62}.

2 Khet bakt (Ibid.; Chabas, X/X' dyn., 143-150^

3 Pap. Anastasi III, p. 3 (Chabas, Mél., ii, 121-123). Cf. Pap. du Louvre et tombeaux thébains (Virey, M.M.C, I, 488-489 et V, 59, n. 4).

* Exode, L 14; V, 7, 8, 14, 16, 18-19 ; XVI, 3.

G Chabas, Hébreux en Èqypte : Pithorn et Ramsès (Mél. I, 47-54 ; II, 116-120, 142-148) ; Identification (C.-R. Acad. Inscr., 1873, IV« s.. I, 174 = i?. ^-^r., XII, 373-377); XIX' dyn., p. 101-104; Eisenlohr, Tr. S.B.A., I, 355-384; Maspero, Les Aperiou {C.-R. Acad. Inscr., 1873. 117 = B. Eg., VII, 131-134); Contes, p. 157. — Le nom A'Apouriou subsista pour une part des ouvriers publics, maçons ou matelots, soit qu'il désignât comme nom commun une catégorie d'ouvriers (Maspero), soit qu'une partie des Hébreux l'ùL demeurée en Egypte (Chabas), soit que leur nom se fût transmis à leurs remplaçants, Apouriou au même titre que Petit-Jean était Suisse.

6 Stèle de Ménéptah, 1. 27 (FI. Pétrie, Six Temples, pi. 13-14; Griffith, ibid., p. 26-28; VniEY, Note sur le pharaon Ménéptah et les temps de l'Exode, p. 4).

7 Tomb. de Ti (Brugsch, Dict., p. 5'J; JUg. Grœberwelt, pi. i, n»» 35-36; B.sdeker, Unter-JEgypten, p. 427: Erman, lEgypten, p. 515; Maspero, Et. Eg., II, p. 74; H. 0., \, 340 : lire se/îhti au lieu de beti).

Page 1