‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 2)Chapitre 68 sur 184 · SALAIRES · texte numérisé non relu

SALAIRES

l'importance de l'emploi se proportionne l'élévation relative de la paye.

De pareilles considérations n'interviendraient pas dans le traitement de l'esclave à qui Ton ne croit rien devoir que lui entretenir la vie et dont on exige tout. Elles dénotent, pour toute la partie de la population qui en bénéficie, un régime de salariat substitué au régime de l'esclavage.

Beaucoup des divers métiers qu'exercent les petites gens paraissent bien avoir pour stimulant, au lieu de la crainte servile. la perspective d'un salaire. J'entends : même parmi les métiers qui le plus semblent le lot exclusif des esclaves ou des serfs. Les fabricants de briques, comme les Hébreux de TExode, peuvent bien passer pour les plus maltraités des travailleurs. Cependant l'arbitraire, môme vis-à-vis d'eux, avait des limites. Ils trouvaient dure leur tache, du moins c'était une tâche fixée et connue par avance : leur sort était encore susceptible d'aggravation : on le leur fit bien voir, après l'intervention de Moïse, en exigeant d'eux la paille qu'on leur fournissait auparavant, ce qui laisse supposer qu'ils disposaient de quelques ressources ^ Un scribe contemporain confirme l'existence de cet usage d'une tâche délimitée, en notant sur un papyrus un rapport sommaire au sujet de mouleurs de briques, amenés pour les travaux d'une maison : « ils devront » faire leur nombre de briques journellement ; ils ne doivent pas » se relâcher des travaux dans la maison neuve » -. En revanche, si les ouvriers doivent accomplir toute leur tâche, il est interdit de leur demander davantage. Ce serait un crime prévu au Livre des morts, où, dans la confession négative, on déclare « n'avoir » jamais fait, comme chef d'hommes, travailler au-delà de la » tâche » '\ Mais admettons que, dans les cas précédents, la limite de la tâche conditionnât la menace d'un châtiment, plutôt que la promesse d'un avantage. D'autres exemples annonceront plus clairement le salaire.

1 Exode, V, 6-19.

2 Pap. Anastasi III, p. m, v, I. 2 (Chabas, Mél., 121, XIX^ dynastie, p. 149).

3 Livre des Morts. CXXV, 4-5.

Dans une scène de moisson, un surveillant dit aux moissonneurs pour les exciter à la besogne : « Qui de vous dira : Cama- » rades, bon courage ! c'est ici l'orge du jour! ^ » ; et dans une autre : « Dites-vous, camarades : c'est le blé du jour; moisson- » ner c'est là ce qu'il est bon de faire- ». On peut, il est vrai ne voir là que l'idée de la tâche fixée sous menace du bâton ou de quelque autre peine. Mais on y peut aussi voir l'idée d'un travail dont le produit reviendra pour une part au travailleur et le paiera des fatigues de la journée. Que la maîtresse du champ fasse distribuer à boire aux moissonneurs et que le flûtiste leur chante : « Sa bière vaut mieux que galettes de dourah ! » ^ ou que l'un d'eux regarde boire un camarade en disant : « Comme c'est bon ! » '\ on peut penser à une simple gratification bénévole. Mais ce grain qu'on moissonne, c'est celui dont le patron nourrira ses chents toute l'année : « Ce qu'il reçoit » de toi fera vivre ta maison », dit Ptali-hotpou, à propos du « maître auprès de qui l'on trouve la subsistance^ ». Peut-être même le moissonneur en emportera-t-il de suite quelques pochées. Ainsi le voudrait l'analogie avec une scène de chasse. Les hommes qui tirent le filet peinent par ordre non par plaisir ; cependant pour s'encourager, il se disent : « Amène ce qui est » dedans, car il y a une oie pour toi*^ ». Leur corvée est donc rétribuée, et probablement rétribuée en proportion des prises.

Dans d'autres cas, il ne s'agit pas seulement d'un prélèvement sur les fruits du travail, mais d'objets quelconques fixés d'avance ou de denrées déterminées à remettre en prix du travail effectué, en un mot d'un salaire véritable. /Vinsi, d'après la Satire des métiers, « le batelier descend jusqu'au Delta pour gagner son » salaire », littéralement : « pour que lui soit donnée sa taxe^».

< Tombeau de Ti (Brugsch. ^g., Grœbertrell. pi. v. n» 167; Dûmichen, Resultate, I. I, pi. X, p. 14-13; Maspero, Et. Eg., II, 83).

2 Tomb. de Sokheinànkhplali (Mariette, Mast., 288; Maspero, ib., 84).

3 Tomb. de Uotpuuhikhouit (Mariette, Mast., 347; Mariette, ib., 84). * Tomb. de Khalràànkh (L. D., II, 9; M.\spero, ib., 85).

5 Ptah-hotpou, Préceptes : Pap. Prisse, xii, 10-12.

8 DiiMiCHEN, Resultate, I, pi. viii; ap. Maspero, R. Tr., I, p. 38 = B. Eg., VIII, p. 39.

' R-dih-n-f sounnou — Dou.\ouf-si-Khroui)i, | viu (Pap. Sallier II, v, 5).

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