RELATIONS DIPLOMATIQUES
saient pénétrer parfois comme dans les contes. Dans un autre contrat, où un Égyptien achète une maison à Ninive, figure en première ligne parmi les témoins un nommé Sekhons, Egyptien aussi, et qualifié hatanou, gendre du roi '.
Mais l'Egypte ne se borna pas toujours à l'exportation de ses fils. Onou-Amon raconte que sur la côte de Syrie, le roi de Diro lui «fit amener Tent-Nouït, une chanteuse d'Egypte, qui se trou- » vait auprès de lui pour lui réciter des chants, afin que son cœur » ne prenne pas d'idées fixes» -. Si Aménôthès 111 refusa au roi de Kardouniach de lui donner en mariage une princesse de son sang^ plus tard Psioukhanou accordera ses filles à Salomon et à Iladacl riduméen*. Les dieux mêmes accomplissent de lointains voyages: les roisdelMitani envoient à leurs filles mariées au roi d"Égypte la statue d'Istaret % et, suivant une légende officielle, Ramsès Miâmoun envoie de même au pays de Bakhtan pour guérir sa belle-sœur le dieu Khonsou-le-bon-conseiller ^ . Des scribes accompagnent le dieu, à la fois savants, prêtres et médecins, dont descendront directement les isiaques rencontrés à Cenkhrée ou à Rome par Lucius, l'âne d'or d'Apulée".
I 4. — Relations diplomatiques.
La politique et la diplomatie corroborent les effets de l'immigration, des conquêtes et du commerce. L'édit de Sénouserit sur les étrangers, mesure d'ordre intérieur, était unilatéral. Le premier traité avec obligations bilatérales, dont nous connaissons le texte, est celui de Ramsès II avec les Khétas. Il les a battus sans pouvoir les soumettre à sa domination ; il conclut la paix avec
1 Cité par Revillout, Lettre à Paturet, p. xxxiii.
2 Voyage d' Onou-Amon, \)di\^. Golénischeff, 1. 68-69 (Golknischeff, R. Tr., XXI, 97; Maspero, Contea, 3« éd., p. 200).
3 Lettre de Bournabouriach (Winckler-Abel, Thontafelfund, p. 3; Delattre, Mariages princiers, Rev. Quest. Hist., 1892, LI, 232 ; Maspero, H. Or., II, 297, n. 2).
* Rois, III, 1 (Maspero, H. A., 333, 3o6).
" Lettre de Douchratta (Bezold-Bvdge, Tablets, n" 10, p. 24-25, L 13-32, et p. xlii-xlii : Maspero, H. Or., II, 282).
« Stèle de Bintrochit (Maspero, Contes, p. 218-222). ' Métamorphoses, 1. XI.
eux par des promesses réciproques de boniie amitié et de bons offices ^ Dans ce document officiel, les Egyptiens traitent d'égaux à égaux avec des étrangers : l'expérience a profondément modifié les idées dune race! L'alliance dura- pendant plusieurs générations ; Khitisar vint en Egypte visiter son allié ^ ; une année que la disette sévissait sur les Khétas, le fils de Ramsès, Ménéptah Baïenrâ leur envoya une cargaison de blé ^, et les Khétas par reconnaissance se tinrent à l'écart de la coalition des peuples de la mer ■'. Plus tard, Psamitik IV envoya même du blé aux Athéniens, et Hakori au roi de Chypre Égavoras ^ .
Ramsès n'innovait pourtant point en traitant avec Khitisar : lui-même rappelle les traités antérieurs conclus entre Séti P*" et Moutallou, entre Haremhabi et Sapaloulou'. Mais la xix^ dynastie suivait les errements de la xvnl^ Résultat imprévu des conquêtes et de l'extension de l'empire, la chancellerie des pharaons avait appris une modestie relative. La découverte des archives d'Aménôthès III et d'iVménôthès IV à Tell-el-Amarna ^ a révélé l'existence de rapports officiels suivis entre l'Egypte et les pays asiatiques. Aux princes voisins de l'Egypte, Syriens ou Phéniciens, Pharaon parlait comme un maître, il écoutait leurs doléances, leurs dénonciations réciproques, et leur imposait ses volontés avec sa protection ^. A raison des distances, les liens de vassahté
1 Traité de l'an XXI : Ramesséum et Karnak (Champollion, Mon. II. 195-204, 585, 586 ; L. D., m, UG ; Bbugsch, Rec, I, pi. 28 ; Gesch, 518-525; Bouriant, R. Tr., XIII, 153-160 et XIV, 67-70). Un exemplaire en cunéiformes a été trouvé par le D'' Winckler à Boghaz- Kévi sur le Halys.
2 Chabas, MéL, II, 151 ; Maspkro, G. Ep., I(i2; H. A., 224-227, 255.
■i Stèle de l'an XXXIII (L. D., III, 196 ; Bouriajit, R. Tr. XVIII, 164-166; Maspero, H. Or., II, 405-406. Cf. L.D., III, 193, 1. 26, sqq. ; Pap. Anastasi II, pi. i; IV, pi. vi, 1. 79).
■* Karnak, mur de Ménéptah (Dumichkn, H. In., I, 3, 1. 24; Cuabas, Et. p. 194).
ti Fap. Anastasi II, v, p. 5-6 (Chabas, Recherches, p. 93 sqq.; Erman, ^. Z., 1879, p. 29 sqq.).
6 Philochore, p. 90, ap. Fr. //. Gr. I, 398-369; Diodore, XV, 3.
7 L. 5-7. Cf. Bkugsch, GescU, p. 456-457; M. Mûller, Asien und Europa, p. 392; Maspero, //. Or. II. 368 et 372.
8 En 1887. Cf. Pétrie, Tell-el-Amarna, p. 23-24; Winckler-Abel, Z)er Thontafelfand von El-A (MiUheil. d. Museen su Berlin, 1889-90); Bezold-Budge, The Tell-el-Amarna Tahlets in the Brit. Mus. (bibliog., p. lxxvh-xcii); Maspero, H. Or., II, 271-288; Moret, An pays des pharaons, ch. n, p. 49-87.
9 Lettres d'Azîrou et de Ribaddou, Abdikhipa, roi de Jérusalem, Abimilki, roi de Tyr, etc. Cf. Winckler (n. 31, 58, 72); Bezold (n. 12, 13, 28, 30, 36, 45) Delattre, Asirou et Lettres de T.-el-A. [Pr. SB A, 1870, XIII et XV et Rev. Q. Hisl. LIV, 354-382); Zimmern, Keibchriflbriefe ans Jérusalem; Halévy C'o/t. d'Aménophis lll (Rev. Sémit, II, 20) Maspero, H. Or. II, 274-275.