‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 3)Chapitre 11 sur 182 · XII PREFACE · texte numérisé non relu

XII PREFACE

bon droit l'assassin passe pour le plus grand criminel, parce qu'il supprime la vie ; le brigand, le violent, le voleur commettent des crimes, car ils diminuent la vie, ses soutitms ou ses agréments : c'est pourquoi les prennent en horreur dieux, pharaons et gens de bien. La justice, c'est l'épanouissement normal de la vie, comme le jour est l'épanouissement de la lumière : Râ a créé l'une et l'autre. Les obstacles doivent céder : le soleil dissipe les ombres ; la force, aspect particulier de la vie, réprime le mal et les méchants. La guerre, que les dieux soutiennent contre les mauvais esprits et les pharaons contre les fils de la rébellion, permettent à l'Egypte de vivre en paix et en prospérité. Les arrêts des tribunaux rendus au nom du roi par les grands et leurs assesseurs, chefs de clans et anciens de village, traquent les malfaiteurs qui troublent la vie. La vertu imite le rôle vivificateur du roi et des dieux. Le soleil fait naître les végétaux et animaux qui servent à l'aUmentation de l'homme ; le roi est le père nourricier de son peuple ; les grands veillent à ce que nul ne souffre de la faim ou de la soif parmi leurs subordonnés ; les simples particuliers assistent le pauvre qui traîne une vie misérable auprès d'eux. Bonne administration et charité se confondent ou s'engendrent, car l'une et l'autre partent d'un même principe et tendent au même résultat : elles perpétuent la vie humaine sur la terre. Elles multiplient les êtres ; elles sauvent les existences menacées ; elles répandent la joie de vivre ; elles « font exister », prospérer, se succéder les générations. Par de là le tombeau, l'Egyptien entrevoit encore la vie comme le bien suprême : il espère s'unir à la vie immortelle des dieux, par son double se nourrir des mets de leur table, par son âme ailée revenir comme eux visiter invisible la vallée du Nil, par son esprit lumineux parcourir avec eux leurs devenirs indéfinis. Si donc le souverain bien c'est la vie, le bien et le mal n'ont rien d'individuel et de subjectif, comme on l'a reproché, par exemple, à la volupté dans le système épicurien. L'individu n'a aucun droit de sacrifier la vie d'autrui à la sienne propre ; il diminuerait dans le monde la somme de la vie au profit d'un seul être qui doit bientôt disparaître : l'individu passe ; la

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