DES CONCLUSIONS XIII
vie et rhumanité demeurent, comme la nature. Le bien ni le mal ne dépendent d'un caprice même royal: car le pharaon qui impose sa loi aux hommes, ne change rien de la loi immuable de la création qu'il continue, nétant lui-même qu'un avatar éphémère du dieu auteur de la loi, « vivant à toujours et à jamais ». La vie, idéal universel et permanent, en même temps que réalité présente, porterait donc son sens en elle-même.
Peut-être philosopherait-on longtemps sur ce thème. Je ne veux cependant pas insister. Pour égyptiens, en efï'et, que soient les éléments de cette théorie, il ne me semble pas que les Egyptiens les aient amassés et disposés dans un tel ensemble. Je ne me crois pas le droit de me substituer à eux pour édifier un système général de morale : ils s'en passaient bien. Un pieux archéologue, recueillant les pierres éparses d'un monument disparu sous un tertre de poussière et de limon, reconstitue légitimement le portique ou le temple détruit. Mais ce serait pure fantaisie, si, agençant suivant un plan plus ou moins ingénieux des blocs tirés de divers monuments antiques avec des pierres toutes neuves, on prétendait faire admirer comme ancien un édifice qui n'aurait jamais existé. On aurait beau joindre, suivant le dicton, portail de Reims, nef d'Amiens, chœur de Beauvais et clocher de Chartres; on construirait sans doute une admirable cathédrale gothique : on ne ressusciterait pas un chef-d'œuvre du moyen-àge. Certaines restaurations m'inspirent une invincible méfiance.
Cependant ne jugerait-on pas mon étude incomplète si elle se bornait à un tableau purement historique et à l'histoire d'un seul peuple, pour longtemps qu'il ait occupé la scène du monde? Un relevé de trait de mœurs, une analyse d'idées morales exprimées dans des épitaphes particulières, une synthèse de confessions ou d'apologies individuelles, un exposé des obligations réciproques par lesquelles les hommes se croyaient liés les uns envers les autres dans tous leurs rapports sociaux, même, si l'auteur s'effor-