VILLES ET MONUMENTS
» Ramsès II le Victorieux » que chantèrent les poètes '. Les villes anciennes n'étaient point négligées pour cela. L'activité des rois s'exerçait d'un bout à l'autre de la vallée. Telle ville émergeait à peine au-dessus du niveau de l'inondation- : le roi, qu'il fut Sésostris ou Sabacon^ envoyait des corvéables creuser des canaux dans les environs, amonceler en levées les terres retirées, exhausser enfin le sol même de la ville *. Telle autre était en ruines : le roi ordonna de la faire revivre; en qualité de fils du dieu local, il rebâtit ou répare le temple, l'orne de statues, de colonnes et de portiques en pierre, tandis que les maisons en briques crues des particuhers s'élèvent d'elles-mêmes alentour. Aussi le « directeur » de tous les travaux du roi"' » sousl'ancien empire, 1' « exécuteur » des travaux d'art du maître du double monde *^ » à l'époque thébaine, n'est pas un subalterne quelconque, un spécialiste, architecte, ingénieur, peintre, mais un ministre qui commande et dirige les travaux avec l'aide des professionnels compétents ; à la cour il a ses entrées et occupe un rang distingué après les flabellifères.
En résumé, sans le roi il n'y aurait ni richesses, ni bien-être, ni vie môme. Ramsès II, quand il fait honte à ses compagnons d'armes de leur désertion, a raison de leur reprocher leur ingratitude : « Si je ne m'étais pas tenu debout comme votre seigneur, » vous ne seriez que des miséreux ; c'est moi qui vous fais vivre » en grands dans mes biens chaque jour ^ » Sans lui, ils ne jouiraient de rien, ils ne seraient rien.
1 Pap. Anastasi II, pi. 1; IV, pi. 6; III, pi. 3 (Chabas, MéL, II, 132-134, 151; Maspero, G. Ep., 105-106).
2 II semble bien que ce soil pour cette raison principalement que les Thotmès rasèrent le grand temple de Karnak bâti sous la xii" dynastie et reconstruisirent le leur sur le sol exhaussé des décombres. (Cl'. Legralx; 2" rapport Ann. Serv. Ant., 1903, IV, 30-35).
3 HÉRODOTE, II, 137; DiODORE, I, 65.
* Bubaste parut aux Grecs la plus surélevée.
s Mir katou niboii ni souton », passim.
8 « Iri katou khouït 7iib tooui ». Pap Hood, 1. 15 (Cf. Maspero, Et. Eg., II, 26-27; H. Or., I, 403, n. 3.
'' Poème de Pentaoïir {Vap. Sallier I, vi, 1; Louqsor, 1. 46; Karnak, 1.40 : de Rougé, R. Eg., VI, 86-87).
268 PHARAOïV BIENFAITEUR ET VIVIFICATEUR
C'est bien le roi qui garde les travailleurs, et donne au sol sa fertilité ; il collabore à la production de toute la richesse publique qui, sans lui, ne pourrait pas même exister. Un ministre du plus lointain héritier des pharaons invoquait encore devant moi ce principe pour justifier et la propriété universelle du souverain et l'établissement d'impôts à merci. Un tel régime sera ruineux, appliqué à la mode turque ; il peut devenir bienfaisant, s'il est réellement paternel comme Tétait, en théorie du moins, le gouvernement des fils du Soleil.
La circulation de la richesse profitait de toutes les mesures favorables à la sécurité des routes et des relations sociales, au commerce intérieur et extérieur, à l'application de la justice, à la transmission régulière des biens par l'hérédité.
L'impôt prélevait la part du roi, qui n'était pas toujours la part du lion. Il servait à subvenir aux dépenses et aux largesses du souverain, à ses constructions, à l'entretien de ses soldats et de l'armée non moins importante des fonctionnaires. Il revenait normalement au peuple sous forme de sécurité et d'abondance. La rentrée de l'impôt était, pour le gouvernement et l'administration à tous les degrés, un gros souci, comme pour toute administration et tout gouvernement; mais le grossissaient en Egypte l'absence de numéraire et le paiement de toute dette en nature. Khnoumhotpou montre le roi Sénouserit s'occupant de le répartir et de le proportionner aux facultés contributives de chacun : (( il réglait l'impôt selon l'évaluation du produit' ». La bonté et l'indulgence, la justice et la rigueur trouvaient alternativement des occasions de s'exercer.
L'assistance publique fonctionnait sous la forme de greniers d'abondance. Nulle fierté ne rougissait de recevoir des subsides royaux. Grands et petits ne vivaient-ils pas également des grâces du roi? Sous le gouvernement despotique, l'aumône distribuée aux humbles nécessiteux, et les présents accordés aux grands procèdent du môme principe et diffèrent en quantité non en nature.
1 Bénihassan (R. Tr., I, 16i2).