EXEMPLES DES DIEUX JUSTICIERS
la vertu et observe dans son administration judiciaire la procédure suivie au tribunal des morts. Ilorus, succédant sur le trône à son père Osiris et son aïeul Gabon (Sib), devient comme eux justicier '; et de même chacun de ses héritiers en son tribunal. Disons plutôt qu'Osiris et les dieux rois et juges sont la copie des premiers rois justiciers, plus ou moins idéalisée selon les temps, mais conservée avec un soin jaloux et servant à son lourde module aux nouveaux venus.
« Je suis avec les rois de la (double) justice (souleniou mdiiou) qui sont devant Anion- » Râ, roi des dieux, et devant le Vigilant (Osiris), souverain de l'Éternité! 2 »
déclare Uamsès III, en terminant la harangue dans laquelle il institue le tribunal chargé de juger l'affaire de magie couvrant une conspiration de sérail, et adresse aux membres de ce tribunal une belle exhortation sur leurs devoirs. Que par ces « rois de la » justice » il désigne ses prédécesseurs, admis en la compagnie des dieux ^ ou les génies assesseurs des dieux ^, il n'en proclame pas moins l'assimilation de la justice royale ou de lajustice divine. Amon-Râ de son côté olïre au roi le modèle de l'impartialité, cette qualité suprême du juge'. Le soleil, roi du ciel, chasse les ténèbres et luit pour tout le monde ; il répand ses bienfaits sur tous les hommes également sans distinction des petits et des grands. Le roi, soleil terrestre, jette la lumière sur les crimes cachés ; il rétribue chacun selon ses mérites sans faire acception
* « Les Seigneurs de la justice, qui y sont réunis pour disposer de l'iniquité, sont » ravis de rendre gloire dans la grande demeure de Gabou au Seigneur de la justice;.... » Horus a trouvé sa parole de justice:.... il a pris la royauté ;.... il juge le monde dans
» ce qu'il contient Le respect est immuable pour ses lois:.... la justice est affermie
» par son Seigneur qui menace rini(}uité. » Hymne à Osiris., stèle d'Amonmès, 1. 17-19, 23-24 (Ghab.\s, B. Eg., LX, 109-110 et 113).
2 Pap. jud. de Turin lU, 4-b (Devéria, p. 17; Chadas, Mél, III, p. 10).
3 Gh.vbas, Ibid., p. 36.
■i Parmi les génies, assesseurs d'Osiris, le Livre des Morts donne une place à part aux compagnons de Thot, les Huit, les Chinounou, que l'on adore à Thèbes sous la l'orme de 8 singes cynocéphales sur le parvis d'Hàthor. comme les Grandes Assises se tiennent sur le parvis d'Amon (Ghabas, MéL, IV, p. 157 et 167 ; Pap. Bologne 1094, p. M. L. des M., ch. XVI, tableau. Ghabas, Pap. magique Harris, p. 91). Comme la déesse Mâït, ils » résident à l'avant de la barque du Soleil » ; dans la Grande Salle du jugement, ils tiennent la balance; ils «vivent et se nourrissent de justice», « détestent le mal », « dégagent le défunt de toute iniquité », et enfin «jugent le malheureux et le puissant » ap maar hend ousor (L. d. M., GXXVI, 1-3).
5 C'est devant le Disque solaire que Bitiou veut se disculper et par Phrà-Harmakhouiti qu'il jure de son innocence {Les deux frères : Maspeug, Contes, p. 14-15).
284 JUSTICK DU PHARAON
des personnes. Dominant au-dessus de la crainte et de Tintérêt, il écoute la plainte des humbles et redresse les abus de la force. Comme Hor-Behoud, invoqué à Edfou, il « protégera le faible » contre le fort » \ Comme Amon-Rà, invoqué au papyrus de Boulaq, est :
« Celui qui exauce la prière de (]ui est dans l'oppression — doux de cœur avec qui » crie vers lui , — délivraoL le timide de l'audacieux (violent de cœur), juge du malheu- » reux et du puissant ^ »,
le roi sera Tespoir et le recours de Topprimé contre la partialité et la vénalité des juges.
De tout temps, on a suspecté lintégrité des juges ^ ; on les a soupçonnés ou accusés ouvertement de corruption, de complaisances coupables en faveur du riche et du puissant. Le texte d'un autre hymne en l'honneur d'Amon, prouve qu'en Egypte, comme ailleurs, on redoutait l'influence des présents, et qu'on attribuait aux financiers d'alors plus d'un accroc à la justice. Le dieu est invoqué comme le modèle divin et incorruptible des juges terrestres :
« 0 Anion! prête l'oreille à celui qui est seul devant le tribunal!
» S'il est malheureux et son adversaire opulent^, la justice l'opprimera,
» car l'argent et l'or des scribes de la comptabilité et les vêtements des corrup-
» teurs séduisent les gens.
» Mais qu'Aniou prenne le rôle de magistrat suprême (sat) s pour l'aire sortir un
» homme de la misère !
» (alors) le misérable trouve protection devant la justice; le misérable devient véri-
» tablement puissant.
» Le chef savant (lui-même) invoque la grâce d'Amon, qui est le gouvernail [excellent].
» C'est toi (ô Amon!) qui donnes du pain à qui en manque, et qui fais vivre
» les serviteurs de ta demeure ^. »
« Tu es (ô Râ!) un juge équitable, — qui n'exige point de baqchich,
» lorsqu'il relève l'anéanti, — [ou qu'il protège le petit]. » Tu ne donnes point la main au fort. ^ «
1 Nakht mar md ousor, N.vville, Textes, xxii, 21-22; Mél. d'arch., I, p. 300.
2 Hymne à Amon-Rd : Pap. Boulaq, iv, 3-5 (Grkbaut, p. 11-12).
3 Cf. Exode, XXIII, 8; Lévitique, XIX, 15; Deutéronome, 17 et XVI, 18-1'J; Proverbes, XXIV, 23; Ecxléslaslique, XLU, 1.
^ Le déterminatif marque la force, non la richessse.
s Dans un papyrus de Bologne, Amon-Rà est appelé « le dieu de la créatioji, le sat du » malheureux » (Gh.vbas, Mél., III, 166; cf. inf'ra, p. 289).
fi Pap. .\naslasi II, p. vm, 1. 5, à ix, 3 (Chabas, Mél.. iV, 59-64; Revillout, Actions, p. 26).
' Hymne à Itd d'un oslracon thébain (DAnEssv, Catal. Oslraca; Euman, .E. Z., iïJOO, XXXVIll, 27). Deux autres hymnes, sur des ostraca de la même collection contiennent également des appels à la justice de Rà (Ehman, ib., p. 23 et 28 ; Piehl, Sphinx, IV, 145-158).