DES CONCLUSIONS XV
tance de l'esprit hiérarchique et insisté sur la ressemblance tant louée du roi aux dieux. Par le jeu de celte sorte de mécanisme psychologique, les idées morales ont évolué en Egypte, comme évoluent dans le monde toutes les idées et les institutions et les êtres eux-mêmes. J'en suis les différentes étapes à travers les âges, depuis la barbarie relative, qu'atteignent les premières données historiques et qui succéda soit à une sauvagerie primitive soit à un âge d'or, jusqu'au seuil du christianisme. Leur développement aurait pu différer ; mais tel quel, il s'enchaîne et forme un ensemble lié et logique : je ne puis me défendre d'y voir un progrès à peu près continu. Enfin je me demande quels arguments toute cette étude peut fournir aux principales théories que la métaphysique propose pour fondement à la morale. L'évolution, que souvent j'invoque, se vérifie-t-elle comme doctrine ou sert-elle seulement comme hypothèse et comme fondement d'une méthode ? En somme, les données égyptiennes ne semblent ajouter aucune force aux hypothèses qui font reposer l'obligation morale sur l'habitude et l'hérédité ; l'histoire des vertus sociales en Egypte s'accommode mieux d'une explication par la nature et la force des choses ; mais celle-ci même ne dispense pas de l'alternative d'une explication suprême par le hasard ou par une cause première.
Puissé-je satisfaire à la fois les amis de l'histoire et les dévots de la philosophie, sans chagriner les esprits religieux !